Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
| Novembre 2009 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | ||||||||||
| 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | ||||
| 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | ||||
| 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | ||||
| 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | ||||
| 30 | ||||||||||
|
||||||||||




Le chef contre-attaque / Chef, la recette / Vive la cantine : La machine Cyril Lignac est en
route et elle n'est pas prête de s'arrêter. C'est le rouleau à patisserie d'M6, vachement plus glamour que Maïté qui n'attirait ni les hommes ni les femmes, Cyril Lignac attire les gays chauds de
la toque et les femmes aux cuisses zines. Tu es un homme et tu ne fais pas la cuisine ? Honte à toi, Cyril le fait, et mieux que ta femme en plus, tu as intérêt à te mettre aux fourneaux sinon
elle se barrera pour déguster des plats chauds avec un maître-queue (ça fait beaucoup pour un seul homme). Dans ses émissions Cyril Lignac te dira toujours que tu manges mal, gras et que du
micro-ondé alors qu'il faut aimer les produits du tiroir et les choses vraies, que le sous vide c'est de la merde, mais Jean-Pierre Coffe le dit mieux. Par devant il t'apprend à manger sain, et
par derrière il te montre ta triste vie précaire dans laquelle tu n'as même plus envie de réchauffer tes pâtes que tu manges crues devant ses émissions en rêvant de saveurs exotiques.
mission est un peu le cassoulet de la psychologie. Accepter son image c'est une chose, mais les milliers de femmes qui regardent ont leurs complexes
aussi, et la psychologie d'une femme c'est pas : "je suis rassurée, je ne suis pas la seule à avoir de la cellulite", c'est "mon dieu ça fait comme ma cellulite, je suis un monstre". Donc plus on montre les défauts des autres et plus les autres voient les leurs, c'est
exponentiel.
nts (c'est la même chose que le t-shirt "je t'aime papa" avec les enfants dessus, mais là c'est un badge donc c'est fashion). Dans l'émission, les cobayes s'appellent Brittany, Orlando, Jedjega, ce sont des
gens comme vous et moi, enfin plutôt vous quand même. Et quand c'est
Brittany qui porte des bottes ça va pas du tout, mais quand Jedjega les met c'est trop top. En fait il faut un doctorat en coordination vestimentaire option matières et couleurs
pour saisir les subtilités de la choses. Le plus important étant de ne pas prendre en compte la
personnalité du cobaye et d'habiller en hippie décontracté un militant sarkozyste et de mettre un tailleur jupe à une vendeuse de Décathlon.
La version l'Amour est dans le pré est plus buccolique, elle
sent bon le tiroir, le composte et l'aisselle de travailleur. On dépoussière l'image du fermier et on lui envoie les filles qui n'avaient pas été retenues pour Maman cherche l'amour parce
qu'elles sont trop grosses.
chez les Groseille pour leur apprendre la vie et les coups de pied au cul, le tout avec une équipe de tournage de 4 personnes qui déstabilise
franchement les gosses qui sont filmés. En une semaine Super Nanny (chignon tailleur nettement moins sexy que Britney dans Womanizer) va faire l'impossible en couchant des enfants de 6 ans avant
le film du soir, en débranchant la télé de la chambre, en imposant les légumes verts dans les assiettes et après tout le monde dit : "je t'aime Super Nanny". Mais on n'a jamais vu combien de
temps ça durait ce monde parfait. J'aimerais voir deux ans plus tard une famille nannysée qui passe à Pascal le Grand-frère parce que le fils de 12 ans est devenu un mac qui pousse ses soeurs à
vendre de la coke à leurs clients. Pendant ce temps le père est toujours un super macho qui dit "je peux pas leur faire les nuggets y a Turbo y commence" pendant que la femme pleure parce que son
fils a vendu tous ses anti-dépresseurs pour s'acheter un scooter. Super Nanny a en commun avec Mary Poppins un don particulier pour la poudre aux yeux (poudre que d'ailleurs le fils vend du côté
de Montrouge). L'enfant roi ne se mate pas en une semaine, tous les royalistes le savent, il faut une révolution, des têtes qui tombent, et surtout on ne force pas le peuple à se rebeller. Et les
parents dans Super Nanny ont quand même du mal à se lever contre le roi, du coup quand Super Nanny s'en va, pour fêter on commande des pizzas pour devant la Nouvelle Star.
ère très important : n'avoir aucun sens des réalités et être têtu. tous les couples qui cherchent leur maison de rêve finiront toujours par dire :
"cette terrasse n'est pas assez au sud", la chambre est trop grande", 180 000€ c'est trop cher, on avait dit 175 000 maxi", ou le superbe "on cherche un appartement qui ne soit pas ordinaire,
avec du cachet, mais les fenêtres au plafond et les cloisons amovibles c'est trop bizarre". Je critiquais toujours les agents immobiliers en disant qu'ils servaient à rien sauf à faire grimper
les prix, mais quand je vois le boulot qu'ils font avec leur clientèle je serais prêt à leur accorder le droit de vie et de mort sur les acheteurs/loueurs.
Dans un
monde parfait Ladyhawke serait sur le plateau de la Star Ac' et en rotation sur Virgin Radio (je l'ai entendu une fois à Cora, rien n'est perdu). Ladyhawke est une vingtenaire comme moi qui a
oublié de grandir après les années 80, comme moi aussi. Quand elle était petite elle écoutait Blondie, INXS, Depeche Mode, Nena, et ça s'entend ; elle aime les refrains grandiloquents, les
arrangements putassiers, les envolées lyriques à la guitare. Il paraît que la petite Australienne a un début d'autisme, mais c'est le grain de folie qui fait les grands
artistes.
Sur la pochette on peut lire que la plupart des morceaux ont été écrits entre 2004 et 2006. Un vieux truc donc qui a eu le temps d'être pillé par Timbaland et 50Cents avant sa sortie. Je me
souviens il y a deux ans sur un CD de Trax, un obscure groupe qui remixait les Klaxons pour un truc hyper péchu tout en sirènes, sons stridents et rythmes compressés. J'avais craqué dessus. Ben
en fait c'était eux, un rouleau compresseur digital qui défonce les tympans sur son passage, alors ça passe ou ça casse, mais si vous aimez le rock qui démonte, voici le versant électronique de
la guitare électrique.
Je dois le
reconnaître, je ne suis pas impartial. MAIS, comment expliquer qu'une BO non sortie suscite autant d'attente ? En un an on a eu droit à plus leeks "officiels" (dont un de John Murphy himself), et
au moins trois fakes ? 20th Century Fox a senti un peu tard qu'ils étaient en train de perdre de la thune dans cette histoire donc ils ont sorti l'album sur itunes en 128kps (oui, on est en 2008,
c'est comme de sortir un 78 tours). Enfin bref, il est là il est beau, il fout des frissons dans le dos tellement les cordes sont tendues à faire pleurer des cordes. Une grande musique de film où
l'association instrumental/électronique est parfaite.
2007 avait sonné le glas de
l'union NIN avec Universal, Trent Reznor était tout content d'annoncer le divorce de 2008. Dans son élan il sort un double album instrumental. Quatre paysages, quatre ghosts qui se développent en
9 pistes à chaque fois. Disponible en plein de versions différentes (du téléchargement au coffret dédicacé à 300$), chaque piste est accompagnée d'une photo, Trent Reznor est l'un des premier à
inventer la pochette évolutive pour chaque mp3. A l'heure du tout numérique il est toujours très fort. Musicalement on retrouve du grand NIN, tout en retenue, du piano, des guitares qui hurlent,
mais toujours en silence. Les mélodies priment, les arrangements, les accidents, tout est ciselé pour nos oreilles. Surprise inattendue vendue seulement sur nin.com, Reznor a ensuite fait un
cadeau à ses fan en offrant "The Slip" (le nom est nul) gratuitement au téléchargement "this one is on me". La classe.
L'année
dernière c'était Chromatics, cette année ce fut Glass Candy. Le label Italians Do It Better a remis au goût du jour l'italo disco et les années 80, Sébastien Tellier s'est engouffré derrière, en
moins bien, mais Glass Candy c'est beau, c'est triste, c'est 80's, c'est trompette numérique, tellement rétro qu'ils reprennent Kraftwerk sans complexe.
Cauchemar des femmes, rêve des hommes, Scarlett Johansson a tout pour plaire. Depuis Match Point les clubs de ping pong ne désemplissent pas. Quand on l'entend pousser la voix dans
Deux soeurs pour un roi ça fait un peu peur, dans Lost In Translation elle est déjà plus craquante avec sa voix cassée. Et là pour un premier album elle décide de reprendre des standards
de Tom Waits. Country très amérique profonde (pléonasme) avec voix brûlée au whisky. J'aime Tom Waits comme acteur, pas comme chanteur... J'aime Scarlett Johansson, tout court.
Sortie
discrètement pendant l'hiver 2008, cet album est vraiment chaud, avec des basses rondes à faire trembler les dents des vieux, une voix suave toute en douceur. C'est un peu dansant, mais c'est
surtout très cotonneux, ouaté, super beau, parfois un poil triste, mais la voix d'Astrid nous emmène toujours vers des sphères éthérées pleines d'un soleil qui brille même à deux heures du matin.
La house, la vraie, sans filtre, non coupée. La nuit sera longue.
Retour
franchement attendu, l'album sera adoré par les fans de rock, démonté par les fans d'électro, ils étaient forcément sur la sellette. La voix de Beth Gibbons est toujours aussi belle, frémissante,
la musique est cependant moins chaude, loin des crépitements et des scratches qui les ont rendus célèbres. Mais les atmosphères restent feutrées, vaporeuses. S'il existe un équivalent musical au
film noir, Portishead a écrit son Faucon Maltais.
Après des
errances destructurées, flirtant avec l'accident rythmique et la mélodie aléatoire, Autechre continue de construire un monde où rien ne se répète. Tout est bancal en tenant droit.Ici, ou plutôt
nulle part, l'humain n'a aucun droit de citer, c'est la machine qui règne en maître sur 20 morceaux-diamants, encore tranchants. Dans un monde instable, Autechre est l'architecture invisible qui
maintien tout. Les machines parlent, aiment, pleurent, rient, écoutez les.
Le XXIe
siècle a offert à la musique le métissage, la "fusion" comme on disait en 90. Maintenant tout va avec tout, on peut mixer Britney avec Aphex Twin et ça passe tout seul. Pyramids a tenté
l'impossible (où presque puisque c'est possible) de mêler du Shoegazing (My Bloody Valentine) à du Black Metal (Dimmu Borgir). Entre double pédale et larsen de guitares, la voix vacille entre le
guttural satanique et l'envolée aigue et lyrique. C'est beau et violent comme un crash d'avion, il y a des morts mais c'est puissant, on ne peut rien faire, juste attendre en brûlant dans les
débris.
Quand j'ai écouté leur premier single, Couleurs, je me suis dit : "ils ont réussi à
compiler en 8 minutes l'équivalent de 20 ans de musique." Car après un début house 80's très "Chicago", on passe par l'ambient de Brian Eno, la pop de Kate Bush, le rock de Cure, la new wave de
Propaganda, le R&B de Timbaland. J'exagère un peu, mais sur l'album on a tout ça (encore une influence 80's évidente). Si M83 reste le meilleur "groupe" (Anthony Gonzales est seul maître à
bord) de rock en France, c'est parce qu'ils chantent en anglais. Mais il y a aussi un song writing de qualité, des synthés à faire pleurer JM Jarre, et des guitares qui font des solos comme dans
New Order. Et pour ses envolées (encore), ses nappes épiques qu'on a envie de chevaucher jusque à tomber dans le soleil couchant. ou dans les étoiles juste à côté. Pour tout ça M83 reste
supérieur à tout rocker actuel, même si au départ c'est de l'ambient électronique. Comme quoi il n'y a pas de mauvais chemin pour arriver aux bonnes choses.
Pour plus d'information se référer à l'article de novembre dernier. Je vais
quand même pas me répéter pour dire que Mr Oizo c'est trop de la balle et que les pensionnaires de l'Hospice de Saint Mort dans les fossés danse nt encore sur les beats de Positif.
La France mène la danse en matière de techno, encore. Kiko c'est le son
de Grenoble, et le grand ami de The Hacker et Miss Kittin. Avant cela il avait sorti un album sous le nom de Sinema, qui reste l'un des meilleurs albums house toutes périodes confondues. Sur
Slave of my mind, le son est plus sombre, s'approchant parfois de Depeche Mode, pas mal de sonorités electro aussi (au sens Anthony Rother du terme).
souvenez vous quand vous étiez gosse, vous chantiez les chansons
de Nitzer Ebb à tue-tête. (groupe EBM qui démonte tout) Et le temps a passé, vous avez oublié Douglas Mc Carthy le chanteur, il est devenu camé, rebut de rien. Vous, vous êtes mis à la musique
vous faites de la techno, et un jour vous rencontrez votre idole, Mc Carthy, et vous vous entendez pour faire un groupe ensemble. C'est le rêve un peu fou que vit Terence Fixmer, musicien lillois
qui sort son deuxième album avec son chanteur fétichiste. Alors encore une fois ça sent les années 80, mais versant belge, style Front 242.
L'Electronic Body Music c'est un style violent, froid et industriel, un peu comme dans les clubs sado maso. Into The Night a été sorti par Citizen, le label de Vitalic, gage de qualité.
Même style que Fixmer / Mc Carthy, mais tirant plus vers la techno
tout en étant plus accessible. C'est techno, italo disco, sons de pistolasers et moustaches top moumouttes et boule à facettes.
Faux branleur de la musique, il a su populariser le retour de
l'italo disco avec des morceaux comme Sexual Sportwear ou Fingers of Steel. Après une grosse branlette autour du suicide français de l'Eurovision (Divine est un morceau de merde), Sébastien
Tellier est quand même un sacré compositeur qui s'est fait pomper partout (dans tous les sens du terme). Il est volontairement kitsch, et souvent avec talent. Mais souvent ça sent le camping en
Italie.
Ils sont deux, ils sont rockers, ils sont jeunes, ils
sont beaux et l'un des deux est une fille. On dirait une description de Eurythmics ou de plus récemment The Kills (la drogue et la déchéance en moins). The Ting Tings c'est un mec à la batterie
et une blonde au chant, et c'est super dansant avec ses rythmes bien carrés et ses fesses bien rondes.
ls sont deux, ils sont rockers, ils sont jeunes, ils sont beaux et l'un des deux est une fille. On dirait une description de The Ting Tings, mais en
fait Olivia est norvégienne. Ce qui change tout en fait parce leur musique est plus calme et lorgne vers un hip folk de campagne. Ils sont devenus connus avec une pub pour des cahiers qui bavent.
En live ils sont hyper charismatiques, surtout Olivia qui a des yeux qui chantent vraiment bien.
Katy Perry n'a pas inventé l'eau chaude, mais c'est justement
pour ça qu'on l'aime. Quand elle a sorti I Kissed A Girl, ma première réaction fut : "elle a piqué la basse dévastatrice de Monstertruckdriver de T.Raumschmiere !" Mais en fait personne
ne connaît Monstertruckdriver, mais tout le monde a dansé cet été sur Katy Perry (enfin, pas sur elle, sur sa chanson). Le reste de l'album fait très Avril Lavigne en fait (moins de skate plus de
sucre).
Elle a perdu 3 places depuis le dernier bilan annuel, mais bon,
c'est la seule avec NIN a avoir sorti deux albums coup sur coup. Blackout, qui est son meilleur album a ce jour, a été démonté dans tous les sens et Britney s'est fait motocultée une fois de
plus. Elle se fait changer quelques pièces, on retape la carrosserie, on refait la peinture, mais le résultat est moins fort. Malgré un Womanizer bulldozer, le reste ne suit pas.
Elle se place entre Britney et Katy Perry, ce qui permet d'imaginer un fantasme
sympa. Son clip est plutôt marrant, les sonorités sont 80's (encore) et le rapper ressemble à Peter Petrelli dans Heroes. C'est du R&B d'inspiration Timbaland, mais sans lui et c'est tant
mieux.




3. Pour elle, Fred Cavayé :
J'aime bien Diane Kruger en photo, moins quand
elle joue. J'aime pas Vincent Lindon, surtout quand il ne joue pas. Avec le casting de Pour elle, c'etait pas gagné. Et pourtant, avec une ambiance bien moite, une déchéance progressive,
un abandon total à une cause perdue, et un scénario rondement mené, on se retrouve à se ronger les ongles encore plus que d'habitude devant ce thriller à la française qui marche sur les traces
d'Olivier Marchal qui y fait d'ailleurs une apparition. On découvre la mini pègre de Paris, la vie d'un père célibataire qui se fait draguer sur les bancs publics (si vous n'avez pas de voiture
de sport, faites un enfant, la gente féminine vous appartiendra).
Un premier film tout en retenue, avec des personnages qui respirent la sympathie (sauf la gardienne de prison, mais bon, on dit "aimable comme elle"), des scènes de non dit où le respect
transpire du cadre, et une intelligence comme il en faut pour ce genre de film.
Et je viens de voir que mon top 3 est constitué de premiers films. Chapeau à cette nouvelle génération de réalisateurs.
4. Entre les murs, Laurent Cantet :
Palme d'Or pour un quasi-documentaire (encore),
Entre les murs ne la méritait pas. Mais il mérite cependant d'être vu, au moins pour voir la vie d'un collège moyen. C'est pas un collège à problème comme on a pu l'entendre, c'est
juste une école, avec son lot de misère, de joie, de difficultés, d'incompréhension et de clichés.
"ça fait 20 ans que je fais ce boulot, j'ai jamais vu ça". Mais cette phrase est dite tous les ans. Et au moins on peut voir un conseil de discipline (un cas particulier, certes), chose rare (et
heureusement) pour des parents d'élèves.
5. La Personne aux deux personnes, Nicolas & Bruno :
Avec un marketing viral sur le net qui frôlait le génie (Grandet), en particulier le myspace de Gilles Gabriel, La personne aux deux personnes est un film difficile, il faut aimer le ridicule, les années 70 et le pire des années 80 et Alain Chabat
quand il se la pète. Pour ceux qui veulent se faire une idée, il suffit de regarder les Messages à caractère
informatif qui sont vieux comme ma tente, mais avec des vidéos à coucher dehors. Le scénario c'est pas le César de l'année, mais Jean-Christian Ranu de la COGIP a enfin son film, et ça
c'est vraiment très intéressant.
Meilleures séries en 2008 :
En mars dernier sortait le premier film de Philippe Claudel, dans l’ombre d’une autre histoire de province au chauvinisme exacerbé (aussi par le foot), Bienvenue chez les Ch’tis. France 3 – Lorraine mettait en boucle la bande-annonce de Il y a longtemps que je t’aime, le vendant comme un produit local destiné à l’exportation. Parmi les Nancéiens, après la curiosité, c’est l’overdose de B-A qui ennuyait le téléspectateur lambda, celui qui se retrouvait tous les jours devant Kristin Scott Thomas pleurant sur Jean-Louis Aubert.
La publicité peut faire du tort, surtout quand on ne la contrôle pas.
Une fois passé le tapage médiatico-chauviniste, les échos des premières projections furent plutôt positifs. Je me souviens d’un ami me disant : « les cinq dernières minutes sont inutiles, sans ça le film serait mieux. » Encore une fois je me demandais pourquoi les gens n’aimaient un film qu’en fonction de sa fin. Si la fin d’un film faisait tout, Le Seigneur des Anneaux serait le plus long navet du grand écran.
Malgré mon amour pour Kristin Scott Thomas que j’avais classée dans mon top 5 des femmes les plus séduisantes alors que j’avais 14 ans, je ne suis pas allé voir le film à sa sortie. Je préférerais le laisser vivre avant. Et le voir deux fois.
Première séance un matin à Metz dans un cinéma quasi-vide. Je mets ça sur le compte de l’horaire. Je suis heureux de voir ma ville d’étude et d’adoption à l’écran. Nancy et sa beauté crue, sa faculté devenue sale à force de grèves, et sa lumière triste la nuit. Voir sa ville défiler sur écran, c’est un peu se la faire voler, avoir la sensation étrange de ne plus lui appartenir.
Je n’ai pas pleuré à la fin, j’avais cependant une grosse boule dans la gorge, celle des films qui jouent sur la corde raide du non-lacrymal. Sans violon, le sentiment devient réel, il gagne en vérité ce qu’il perd en tyrannie.
La seconde séance fut accompagnée de mon amie, à Nancy cette fois ; je jouais à domicile. Et l’avantage, c’est que le public vient en nombre. Salle comble un mois après la sortie. Le plus drôle, ce sont les petits murmures quand on reconnaît un coin de ville, où un bout de figurant ; à trop connaître la réalité, on en oublie la fiction. Pendant que mon amie pleurait, j’essayais de faire passer cette boule qui squattait encore mon œsophage.
Pour ce deuxième essai, j’ai fait quelque chose que je n’avais plus fait depuis Le fabuleux destin d’Amélie Poulain (autre film d’un Nancéien qui apprécie les titres interminables) : j’ai pris des notes. Ecrire dans la clarté de l’écran d’une salle obscure est un combat de chaque instant, il faut guetter les quelques secondes de chemise blanche ou le gros plan sur les assiettes, pour pouvoir écrire ce que le film inspire.
J’ai tenté de décortiquer Il y a longtemps que je t’aime, essayé de l’analyser. Car en bon écrivain, Philippe Claudel aime les figures de style et les symboliques subtiles ; et le passage des mots aux images n’est pas si évident. On trouve des qualités qui font du film de m. Claudel un bon film, mais pas un grand.
Sans surprise, les qualités essentielles résident dans l’écriture alors que les défauts viennent plus des aspects techniques de la mise en scène.
Commençons par le plus facile, le scénario. On lui reproche souvent d’être irréaliste, pourtant comment peut-on croire qu’un auteur ne se renseigne pas sur son sujet ? Car la réalité dépasse souvent la fiction dans l’invraisemblance et le grotesque.
L’histoire repose sur un secret révélé en deux temps, mais ce n’est pas le plus important ; le fil narratif, c’est surtout la reconstruction d’une vie après une expiation de 15 ans. Le secret n’est pas un grand twist final hollywoodien, il est juste humain et logique.
Plus important que l’histoire dans ce film, les personnages sont finement taillés, et c’est sans doute la plus grande qualité de Il y a longtemps que je t’aime. Chaque personnage a ses manies, ses défauts, et c’est dans les détails que le réalisme s’épanouit (Il faut également saluer le casting, le jeu, et la direction des acteurs qui y est pour beaucoup).
Juliette fume. Beaucoup. C’est rare de nos jours. Elle semble coincée dans ses vêtements trop stricts, qu’on croirait trop étroits, parfois elle se cache sous un tablier, enfilant son costume de mère. Elle sursaute à chaque bruit, rappelant son enfermement et la peur qui en résulte quand plus rien n’est contrôlé. Et elle ne pleure jamais, elle a dans les yeux une lueur froide qui ne demande qu’à être allumée.
Léa est une petite sœur. Avec sa bouche pincée et ses petites chaussures. L’absence de Juliette pousse Léa à l’idéaliser, ce qui lui donne un côté fleur bleue adolescente, surtout quand on découvre les agendas. Elle aime se détendre à la piscine, mais quoi de plus logique qu’une Fontaine qui se ressource dans l’eau.
Tous les personnages sont pétillants, la rudesse de Luc est adoucie par son t-shirt CNRS (sauf qu’il parle de ce t-shirt, ce qui donne un effet « eh regardez ma blague, elle est drôle », qui détruit une blague effectivement drôle), P’tit Lys qui écrit des poèmes dans un livre qui se ferme à clé mais qu’elle ne ferme pas, ou le père de Luc dont les post-it sous-titrent la pensée (alternative idéale à la bulle de BD).
Mais dans tout ce petit monde, le personnage qui ressort est le capitaine Fauré. Comme le compositeur, dont le nom apparaît étrangement sur une partition de La Claire Fontaine. Malgré son statut de second rôle, c’est le personnage le plus soigné, on sent l’écriture amoureuse (peut-être trop) de l’auteur qui veut accorder une place de choix au seul personnage qui meurt pendant l’histoire. Il semble lucide sur les petites choses comme sur les grands combats, mais c’est le pessimisme qui parle, c’est pour ça qu’il a l’air clairvoyant. Il a droit à d’excellentes répliques, et surtout, il est attendrissant. C’est un bon flic, un gentil maladroit qui ne sait pas faire de café. Quand il dit « et vous, ça va en ce moment ? », on sent qu’il va mal, on compatit, mais on voit qu’il n’est pas pour Juliette, il le voit aussi. Sa sympathie auprès du spectateur est primordiale pour que sa mort ait un impact.
L’un des axes les plus surprenants dans le film, c’est le parti pris de la diversité. La « famille Benetton » décrite par Léa s’étend au-delà des Fontaine. On compte des noirs, des Arabes, des handicapés, des obèses… tout le monde est immigré, déraciné, que ce soient des Irakiens, des Polonais, des Arméniens ou des Parisiens qui fuient la capitale.
Enfin il y a les dialogues. Ceux-ci forment un entre-deux étrange, à la fois réaliste, à la fois trop écrits. Quand on lit une réplique comme « non s’il vous plaît, je suis encore un peu loin » pour refuser un baiser, on salue la patte de l’auteur. Quand on entend une réplique comme ça au cinéma on se dit que la langue est trop belle pour être vraie. C’est le grand mensonge du cinéma, copier la réalité. Tous les personnages ont le sens des mots, de la répartie, ce qui fait que Gérard la grande gueule est encore plus désagréable, parce qu’il parle comme un livre. Le parti pris du réalisme (HD, décors naturels, plans séquences dans la rue) oblige à être réaliste dans tous les aspects, ici les dialogues sont imposés. Dans un film au style clairement affirmé (ambiance, décors, couleurs, costumes) les dialogues peuvent participer du style global et être plus fleuris.
Après un ensemble positif dans le domaine de l’écriture, les défauts apparaissent dans les aspects techniques. D’abord le choix de filmer en HD est étrange. Rien ne justifie l’équipement, et surtout la texture souvent froide de l’image nous met en retrait face à l’action. La scène du repas entre amis en est un exemple. Beaucoup sur Internet ont critiqué l’éclairage, sans doute la partie technique la plus compliquée d’un film, en particulier en décors naturels. Malgré quelques défauts de clarté, il n’y a pas d’erreur de luminosité sur les contrechamps et l’aspect naturel des lumières accentue la réalité de l’histoire.
Je soulignais plus haut la direction des acteurs, cependant l’utilisation des figurants est parfois abusive. Ca circule devant et derrière les acteurs, le cadre se fait manger, l’œil se perd sur des silhouettes inutiles alors que Juliette et Michel se rencontrent au Musée des Beaux-Arts. Et chez les Nancéiens, le jeu consiste à retrouver les gens qu’on connaît.
Contrairement à la littérature, le cinéma impose les images, elles doivent être le plus lisible possible et doivent s’enchaîner logiquement. Et c’est là le problème principal du film. On ne peut pas reprocher à Philippe Claudel d’être classique ; il développe un langage personnel à base de gros plans sur les visages et les mains, des dialogues évitant l’habituel champ / contrechamp (au café avec Fauré, dans la cuisine avec Luc). Ce vocabulaire est justifié, les gros plans nous indiquent ce que Juliette voit et ressent. Malheureusement l’originalité peut gêner parfois, mais il faut bien se détacher pour se faire une place.
Le souci se situe plutôt dans les placements de caméras. Le plus souvent on sent que la caméra est placée là parce qu’elle ne peut pas être ailleurs. Cela engendre des plans et des cadrages illogiques, détonant souvent au montage et cassant la narration. Le plus flagrant est le plan Cluedo en plongée quand Léa fait découvrir sa maison à Juliette. Ce plan est tellement incohérent avec le reste qu’il m’est resté en mémoire dès la première vision. Et ce n’était pas pour ses qualités intrinsèques. Ce que Léa montre, le spectateur ne le voit pas ; il est donc coupé de la narration.
Les problèmes de cadrage apparaissent essentiellement dans la maison. Il est vrai qu’il y a des contraintes techniques dues au lieu, mais il n’est pas logique d’avoir deux fois le même plan de la balustrade à l’étage. La seconde fois c’est d’ailleurs quand Kristin Scott Thomas hurle « vous auriez pu faire quoi ? » ; le rapport avec la caméra (et donc le spectateur) est presque frontal, le fait que l’actrice nous regarde accentue le malaise du public à la fin. Enfin il y a la scène du petit déjeuner entre P’tit Lys et Luc qui fait un peu trop pub Lactel.
Hormis ces défauts, Il y a longtemps que je t’aime contient une série de plans que de nombreux réalisateurs détestent (et confient à leur assistant), et que Philippe Claudel transcende. Il s’agit des scènes de voiture. Au cinéma, la scène de voiture est incontournable ; Hitchcock les affectionnait particulièrement pour leur côté intimiste, la proximité forcée des personnages et l’expression symbolique de leurs sentiments. Ces dernière années, deux réalisateurs ont révolutionné ces scènes en faisant des plans séquences dynamiques (A. Cuaron pour Les fils de l’homme et S. Spielberg pour La guerre des mondes) ; mais il s’agissait de films d’action. Philippe Claudel utilise quant à lui la voiture pour réunir les deux sœurs et faire évoluer leur relation. Pour leur première discussion, Léa et Juliette sont séparées, dans deux cadres opposés, le paysage est très visible, symbolisant la liberté de Juliette. Elles finiront par être ensemble dans le même cadre, dans un plan fixe frontal et hitchcockien, allant toutes deux dans la même direction.
Outre l’image, l’autre dimension du cinéma est le son. Les dialogues ont été abordés plus haut pour leur contenu, mais il faut prendre en compte la musique et l’ambiance. Il y a longtemps que je t’aime offre une lecture intéressante du montage sonore. On n’est pas dans les films multi-oscarisés dont les sons sont tous recréés, ici il s’agit plus de l’utilisation.
Le film s’ouvre sur un écran noir annonçant un générique. Pas de musique. Le spectateur entend des bruits de verrous, des claquements métalliques. Il sait par la bande-annonce et les multiples articles que le personnage principal sort de prison. Il s’attend donc à une ouverture sur Juliette sortant de prison. Et finalement le spectateur est pris à contre-pied puisque Juliette est déjà sortie, elle est à l’aéroport, dans un cadre qui se resserre, symbolisant son emprisonnement. Elle sursaute au moindre bruit, on sait que dans sa tête elle est n’est pas encore libre ; cependant on entend des oiseaux chanter au loin, la liberté est en train de naître. On retrouvera ces « sons de prisons » à différents moments, dans la foule au Blue Note, dans la voiture…
Le coup de maître revient cependant à Jean-Louis Aubert qui signe une bande vraiment originale. Les accord furtifs, les distorsions et saturations, on est dans des textures rugueuses mais pourtant les notes sont douces. La référence à la BO de Dead Man (J. Jarmush) par Neil Young est évidente, avec cette construction progressive, par touches pointillistes, qui nous mène jusqu’au point d’orgue, quand Léa découvre la vérité au téléphone. La guitare se fait lointaine, fine, P’tit Lys chuchote, tout converge vers la larme qui va couler en un riff désespéré. Dans le genre shoegaze, c’est la meilleure musique de film depuis Kevin Shields pour Lost In Translation.
Pour finir l’analyse, le plus intéressant est d’aborder ce dont le film de Philippe Claudel regorge le plus, les symboles. On a appris à l’école que dans les textes il y a toujours plus que ce
l’auteur dit. Ici la transition entre les deux média ne passe pas toujours, mais il faut souligner l’effort fait dans un cinéma actuel qui oublie le symbolisme pour créer des films directs,
faciles à comprendre.
Les premiers symboles se trouvent au sein de la famille, dans l’image qu’on peut avoir du père, de la mère et des enfants. Le père on le voit d’abord à travers Luc, puis à travers son père à lui, devenu muet. Il a l’air joyeux mais il est forcé à se taire. Il y a aussi l’absence du père, le mari de Juliette, celui qui a témoigné contre elle. L’image du père n’est finalement pas très reluisante, Luc apporte la neutralité en n’étant ni bon ni mauvais. Le Capitaine Fauré est aussi père, mais il ne peut plus voir sa fille malgré ses efforts. Le dernier père qu’on croise dans le film, et qui semble le plus parfait, c’est Samir, qui montre son attachement à ses enfants morts, mais qui ne perd pas le courage d’en faire un autre. Mais de manière générale, l’image du père n’est pas idéale.
La mère est plus présente dans le film, les étapes de la maternité sont marquées, on a Kaisha enceinte, Léa qui a adopté ses filles, la mère de Juliette et Léa qui perdu tout aspect de mère avec sa perte de mémoire, et enfin Juliette qui reprend un rôle de mère par procuration ; elle soulage Léa et réapprend à vivre à travers les enfants. Elle s’occupe de la cuisine, de la lecture avant le coucher – où le rôle de la maternité est flagrant, « une lune pleine comme le ventre d’une femme ». Le film parlant de la reconstruction d’une femme, la maternité est un passage obligé pour Juliette. On a plusieurs aspects de la mère, mais ici l’image est plus positive ; seule la grand-mère Fontaine montre le côté négatif (involontairement, comme le père de Luc). On a Juliette, la mère infanticide, le monstre en surface qui s’avère être pleine d’amour pour son fils, et on a Léa, qui refuse la maternité, qui ne voulait pas d’enfant de son ventre, mais qui a adopté deux filles qui répètent le duo d’enfants que devaient former Juliette et Léa.
Et il y a enfin les enfants. Ils vont à l’école, mais surtout ils s’amusent dans la maison d’amis, ils rappellent à Juliette ce qu’elle a perdu, mais ce aussi pour quoi elle se bat ; des enfants qui peuvent vivre pleinement. Le film regorge d’images sur l’enfance et la maternité, et le suicide de Fauré est immédiatement compensé par l’accouchement de Kaisha. Il y a aussi les enfants morts de Samir, mais a-t-on vraiment besoin de savoir cela ? La peine de Juliette est déjà suffisante…
L’autre trame symbolique dans le film, c’est l’enfermement. L’épisode de prison est tu. Le premier à l’aborder frontalement c’est l’employeur, tous les autres sont dans le déni. La métaphore de la prison commence avec le poisson rouge dans son bocal, les singes de la Pépinière sur leur rocher… Et il y a les deux parents : le grand père qui s’enferme sous les escaliers dans ses livres et sa radio polonaise, et il a la mère qui est enfermée dans une maison de soins. Juliette n’est pas la seule à s’enfermer, mais c’est la seule qui se libère vraiment.
En contrepoint on trouve l’évasion par les livres. Les livres il y en a partout, au café, à la maison, on les cite, on les lit, on les utilise comme métaphore, mais ils donnent le désagréable sentiment que Philippe Claudel est à côté de nous et nous donne des coups de coude en disant « eh n’oubliez pas que je suis romancier au départ ». On sait que les personnages évoluent dans un univers littéraire et cultivé (d’ailleurs Juliette est appelée « héroïne de roman » puis référée à l’absente de Giono), mais trop de livres dressent un rempart entre le monde et le film. C’est d’ailleurs quand un livre se ferme sur un banc de la Pépinière que le spectateur se dit que le film est fini. Et que la dernière scène est un épilogue de trop.
La relation de Juliette avec Michel est toujours implicite, jamais évidente et grossière. Ici la subtilité est de rigueur. Le piano chez Michel pourra être celui sur lequel Juliette jouera à quatre avec lui, la main sur l’épaule vaut plus qu’un baiser, le plan en contre-plongée dans les escaliers à côté de l’ange vient souligner la béatitude dans laquelle baigne le couple. Et la dernière réplique « Je suis là » vient contredire le « je suis loin » et détruit l’image de l’absente.
Le dernier symbole se trouve dans le titre du film, qui annonce intrinsèquement : « Jamais je ne t’oublierai ». La Claire Fontaine constitue le fil rouge du film, le repère explicitant l’évolution de la relation entre les deux sœurs qui ne se sont jamais oubliées. Il y a d’abord le capitaine Fauré qui fait le constat désolant des fontaines qui disparaissent des places. Et la famille Fontaine est explosée, le père est mort, la mère a Alzheimer, les deux sœurs se sont perdues de vue ; la source est tarie. Mais c’est sur la place d’Alliance que Juliette et Léa parleront de leurs parents, place avec une fontaine. De la place Stanislas, on ne verra que les grilles et l’arrière d’une fontaine d’angle. Philippe Claudel va jusqu’à mettre une fontaine Culligan dans un arrière-plan.
La comptine de La Claire Fontaine rappelle à Juliette et Léa leur enfance, l’époque où elles étaient unies. Juliette réintègre la famille et reprend son rôle de mère en apprenant à P’tit Lys à jouer au piano. Cet apprentissage à quatre mains qui se profile au fur et à mesure dresse un parallèle avec les liens qui se tissent entre Léa et Juliette. L’aboutissement aura lieu quand les deux joueront côte à côte, s’associant dans un but commun, la beauté d’une comptine, deux mères s’unissant pour une chanson d’enfant.
A la fin, les deux sœurs pleurent l’une dans les bras de l’autre. La caméra s’en va filmer un carreau sur lequel les gouttes de pluie s’écrasent doucement, les larmes s’oubliant dans l’averse qui vient laver la culpabilité et le secret. La vie des Fontaine peut enfin recommencer. Mais comme pour le « merci » de la surprise d’anniversaire, le plan sur les larmes de la fenêtre est coupé trop vite (voir K. Kieslowski pour le temps nécessaire à la contemplation).
Film sur la culpabilité et l’expiation, Il y a longtemps que je t’aime n’est pas centré sur le deuil ou les liens familiaux. C’est avant tout l’histoire d’une femme qui doit répondre de ses actes, mais devant elle seule. C’est le conflit entre l’amour d’une mère pour son fils et l’horrible rationalité d’une médecin qui veut abréger les souffrances de l’être qu’elle aime le plus au monde. Toute cette dualité se résume dans le poème de Pierre. On lit l’amour et la vie écrits en rouge au dos de la science et de la mort écrits en noir.
Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ont connu, mais c'était vraiment des gosses.
L'été 99, la 8ème saison de Summer of Love pour ceux qui ont suivi la série. L'été n'était pas exceptionnel, canicule signifiait encore "pratiquer l'amour anal avec un chien". Au milieu de ça tous les jeunes se faisaient chier sévère avec internet qui tournait à 56kps et une télévision à six chaînes. A cette époque les mp3 restaient sur les ordinateurs, et on voyait encore des livres sur les plages (recueils de blagues compris).
Voilà pour le contexte, dit-il avec sa subtilité proverbiale. Maintenant passons au personnage principal. Il s'appelle Eric ; il est jaune, poilu, il a des yeux en méat, et il a l'apparence d'une serpillère usagée. Flat Eric est le héros d'un clip stupidement ingénieux racontant le quotidien ennuyeux d'un singe (ou un truc comme ça) patron d'entreprise. A l'époque on pouvait se moquer des riches sans se faire licencier. Le petit Flat Eric était la création de Mr. Oizo, Quentin Dupieux de son vrai nom de pornstar. En fait Eric avait une tronche de gant de toilette (usagé également), mais il avait tellement une sale gueule que Biactol n'a jamais voulu de lui pour ses pubs. En revanche Levi's en a bien profiter, alors que Flat Eric ne porte même pas de pantalon. La musique s'appellait Flat Beat. De là à penser que Flat Eric avait une Flat bite, il n'y a qu'un pas. D'ailleurs il roulait en Flat Uno et la mélodie de la chanson était composée de Flat Ulances. Il paraît.
Flat Beat est un morceau que l'on pourrait qualifier de Pop Corn '99 ou de pré Crazy Frog, sauf que la bébête elle était pas numérique. Tout ça pour dire que la jeunesse du temps se faisait telllement chier que tout le monde s'est mis Flat Beat en tête et tous les magasins l'ont en tête de gondole. Ca se vendait comme des écrans plats, tout le monde avait le CD deux titres entre le cabillot qui décongelait et le pain cuit sur filet sous plastique.

La grosse surprise dans toute cette histoire, c'est que derrière cette marionnette se cachait un label techno, the label techno pour n'importe quel chauvin éléctronique. F Communications. France Communications. Euh non merde Fnac Communications. Comme quoi on peut être des vendus et rester indépendants. (enfin non, c'est plus compliqué que ça, mais si ça vous intéresse vous avez qu'à chercher tout seuls. Non mais.)
En 1994, F Com voyait le jour grâce à deux papas, Laurent Garnier et Eric Morand. Tiens, un Eric, Mr. Oizo ne cherchait-il pas à se foutre de la gueule de son patron par hasard ? Quand je pense à Flat Eric, je me demande toujours si Eric Morand avait conscience d'avoir un nounours à son effigie qui traînait dans la chambre de toutes les adolescentes prépubères de France. De la pédophilie par doudou interposé je dis. Bref passons.
Laurent Garnier, tout le monde le connaît, même la reine d'Angleterre (pour qui il a bossé). Il reste l'immortel auteur des célèbres Lard Fris, Ville Coloriée, ou encore l' Homme au visage rouge. Quand on sait qu'à l'origine ce DJ aurait du être forain, on se dit que la face du monde des auto tamponneuses aurait été changée. En fait on aura la musique électronique à la place. On ne peut pas tout avoir.

Tout ça pour dire que Mr. Oizo a rapporté plein d'argent à F Com qui s'est empressé de produire des tonnes de musiciens inconnus qui faisaient de la musique sans instruments (vraiment aucune notion de l'argent ceux là). Ensuite il a fallu sortir un album pour faire du blé sur le dos de Flat Eric. C'est la sortie d' Analog Worms Attack, dont le titre ne joue pas du tout sur le succès du tube et dont la pochette ne reprend même pas la tronche de Flat Eric. C'est dire si le monde de l'underground refuse d'attirer le grand public.
Ironie mise à part, l'album Analog Worms Attack est un album qui ne m'a jamais plus, faut vraiment aimer le hip hop sans parole et sans mélodie pour écouter ça (Jean il faudra que tu m'expliques comment ce disque peut être encore considéré comme un jalon dans l'électro, parce que là, je cale.) D'ailleurs l'album est tellement particulier que quand le dernier morceau arrive, Flat Beat, on a l'impression que c'est une chanson bonus genre remix.
Aujourd'hui Flat Beat est un système de mesure dans les concours de tuning pour savoir qui à les plus grosses basses. Comme quoi tous les héros meurent un jour.
En 2005 tout le monde a oublié Mr. Oizo, les peluches Flat Eric ont perdu leurs yeux en boutons, les poils jaunes sont tombés, et les gamines qui l'avaient dans leur chambre on désormais onze boyfriends chacune. Quentin Dupieux d'ailleurs veut reconquérir cette putafrange de la population en metttant sur la pochette de son nouvel album une poupée gonflable modèle homme. Manque de pot il a oublié qu'à 18 ans les filles n'aiment plus les poils qu'elles affectionnaient tant sur les peluches de leur enfance. Bref l'album Moustache ne plaît pas, d'ailleurs sur la pub il y avait une citation de Laurent Garnier (qui a dépensé de l'argent pour sortir cet album) qui disait : "ce disque est insupportable", c'est dire s'ils ont la notion de marketing chez F Com.

Pourtant, en une seule écoute, Moustache (Half a scissor) lave mieux les oreilles que deux barils de disques ordinaires. Les instrus sont graves au sens propre comme au sale, et en plus d'être très travaillés, ils sont très polis. Par exemple ils nous disent souvent bonjour : "hello hello whoever you are, this is computer music". Merci Mr Oizo pour tant de sollicitude.
Dans Moustache il n'y a pas un seul single sortable puisque tous les morceaux vivent les un avec les autres, se suivent sans se ressembler ; d'ailleurs la musique de Mr. Oizo ne ressemble à rien, on a l'impression qu'il y a 16 disques qui tournent en même temps dans un style hip-pop-glitch-cut-bleep. Si vous ne savez pas ce que c'est tant pis pour vous.
2008, retour inattendu de Quentin Dupieux. On le pensait rangé des disques depuis qu'on l'avait vu (derrière la caméra) de Steak. Steak est un film où Michael Jackson (période 1984) joue le rôle de Ramzy et ou Flat Eric joue son propre rôle. Ce film est un peu Moustache en image, ça part dans tous les sens, tous les codes traditionnels qu'on connaît sont découpés pour faire un style comédie-horreur-science fiction-buddy movie-retro. En fait ouais c'est ça, mais avec des images.

Si la vie de Mr Oizo était d'être assis sur une branche de l'arbre de F Com, on peut dire qu'il a dû se casser la gueule cette année. Moi qui suit l'actualité de la musique électronique avec assiduité, j'ai trouvé plutôt étrange que le nouveau Mr. Oizo sorte chez Ed Banger, label de Pedro Winter, responsable de Justice. Devant ma surprise et derrière mon écran j'ai fait deux trois recherches, et je vois que F Com n'a plus rien sorti depuis mars 2008. Pour un arbre, ça sent le sapin... Sur leur site, rien ne parle de mort, aucun magazine n'en parle, ne s'inquiète, seuls quelques blogs posent la question, sans réponse...
Sauf que cette semaine un F Communiqué (le jeu de mot n'est pas de moi) est tombé :
Lors de la célébration de son 7éme anniversaire, le logo de F Communications s’était transformé en un arbre
bourgeonnant avec de multiples rameaux et bourgeons.
En avance sur son époque, le label avait exploré la diversité des musiques électroniques et aussi une vision ouverte (360° avant l’heure) du rôle d’un label.
7 ans plus tard le label a perdu des feuilles. L’automne est arrivé progressivement. Le label est entré dans un lent engourdissement après avoir poussé pendant 14 ans et écrit les premières pages
de l’histoire des labels électro en France.
L’arbre qui doit affronter l’hiver laisse tomber ses feuilles et les branches mortes. L’arbre, lui-même, n’est pas mort. La sève est toujours dans son tronc et dans les branches les plus fortes.
Un redoux, les rayons du soleil, une nouvelle vigueur et on pourrait voir de nouveaux bourgeons.
Ca fait mal au coeur, ils auraient pû mettre "ni fleurs ni couronnes" tant qu'à rester dans la métaphore naturelle, parce qu'avec le réchauffement climatique, les arbres auront du mal à passer l'hiver.
Lambs Angers est sorti lundi :

Une image vaut plus que mille discours, et ici, Flat Eric Morand se fait massacrer l'oeil dans une torture buñuelesque. Flat Com n'a pas fini de souffrir, il contemple, immobile, le nouveau succès de ce qui a été sa poule aux oeufs d'or, poule qui est tournée en ridicule dans le titre Lambs Anger. Tout ça sent l'amertume. Le morceau Positif nous offre ces paroles lues par un ordinateur : "Arrêtez de vous reproduire. Vous êtes des animaux". L'interview de Mr Oizo dans le Trax de novembre est éloquente ; il crache à la gueule de tout le monde, ceux qui réussissent, ceux qui ratent, il descend Ed Banger et Justice, il descend le monde de la techno, il parle comme un vieux con qui écrit pourtant la musique d'aujourd'hui. Car à ce jour Mr. Oizo signe son meilleur album, dance-house-funk-glitch-bleep ; il relègue Justice au rang de groupe rock FM 80's avec permanentes et baskets montantes.
Des titres comme Positif, Two takes it et Gay Dentists sont des tueries dancefloor, les autres sont des hits R&B funk en puissance. Mais comme ya pas de meuf à gros seins pour chanter, Mr Oizo ne retrouvera pas le succès des supermarchés.
Alors qu'un ordinateur répète sans cesse Bruce Willis is dead, on se surprend à penser à la musique d'aujourd'hui et on se dit :
"F Com is dead".
Myspace pour écouter : Mr Oizo