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Jeudi 19 mars 2009








Par Dirty Epic - Publié dans : Mes humeurs
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Lundi 16 février 2009
Un texte par mois, c'est pas suffisant, et même si je suis généreux vous n'en aurez pas plus. C'est la crise pour tous. Pour tous ? Non, un groupe télévisuel se bat encore et toujours pour servir à ses téléspecteurs des programmes de qualité toujours inédits. Je veux bien sûr parler de M6. Pour ceux qui ne sauraient pas ou qui seraient nés après 1990, M6 veut dire Musique 6 et c'est le verlan de W9.
Quand j'ai emménagé il y a quelques mois, les doigts, la plume et quelques autres appendices me démangeaient pour écrire un brûlot imbécile sur Valérie Damidot et son émission (également imbécile) D&Co. Et puis le temps passa, effaçant les envies et l'énergie des débuts.
Et puis un matin, j'ai zappé parmi les 250 chaînes de Free (car j'ai tout compris) et je suis tombé par hasard sur M6 Kid. Et là je suis tombé sur un reportage atroce intitulé : "Comment convaincre vos parents d'avoir un animal de compagnie". En fait c'était pas bien méchant, des prépubères du cours Kevin (la primaire du cours Florent) jouaient à "dis papa, pourquoi j'aurais pas un poney ???". C'était souriant, sympathique, sauf que la réalité m'a sauté à la gorge, la bave aux lèvres et les jambes à mon cou. Nous ne savons pas vivre. Personne ne sait vivre en France, personne ne sait faire le ménage, élever ses enfants, chanter, conduire, s'habiller, manger. Personne ne sait rien. Voici un petit florilège d'une journée sur M6.

D&Co : Je commence par Valérie parce que c'est elle qui a commencé. Dans un monde parfait Valérie Damidot serait mère maquerelle dans un lupanard (un bordel mais en bien rangé) de luxe ou tout serait baroque fluo avec des miroirs stickers et des bougies dont la cire ne fond jamais sur les meubles ikea. D&Co c'est le totalitarisme sous couvert de démocratie.

"Tiens je vais m'inscrire à D&Co, si je suis choisi j'aurai un intérieur tout neuf qui me ressemble et gratos en plus". Grossière erreur cher ami (lisez le avec l'accent damidois, c'est plus drôle), ici point de place pour la personnalité, te voilà parti pour vivre dans un catalogue pour les 10 prochaines années. Vous savez, quand on présente les meubles dans les catalogues ou dans les micro-espaces ikea, le papier est posé au scotch, la moquette est coupée à la machette, les appliques tiennent à la patafix et les tabourets montés comme des ânes à qui il faut encore serrer les vices. En 24h sans Jack Bauer, Valérie te refait la plomberie, les murs, elle maroufle (rhaaaa putain elle maroufle pas elle colle du papier peint !!) elle sticke, elle chandellise, et elle plantevertifie et à la fin elle risque l'incendie avec 216 bougies allumées dans l'appart parce que la lumière d'une bougie est vacillante, chaude et que n'importe quel taudis semble beau sous la lueur doucâtre d'un candelabre joliment chantourné. Même au Moyen-Age ils savaient ça. La photo que tu avais prise avec ton jetable aux vacances au Cap d'Agde en 96 devient une "toile" de 2m sur 2 vérolée warholée où tes gosses sont deux pixels rouges ; ton porte-manteau, seul héritage de ton grand-père dont le souvenir du galurin jeté tous les soirs te fait encore rire aux larmes, est réduit en petit bois pour faire des fagots bombés à l'argent, bref n'espère pas garder ta vie là où tu vis, c'est déjà trop tard.


Satisfaction

Voici trois anecdotes authentiques de D&Ga causés par Valérie et son esclave Franck :
- Elle a détruit une cheminée de style hausmannien juste parce que c'était vieux. (Le chancelier d'Alpasyrie pourra en parler mieux que moi)
- Elle a enduit de ciment frais une armoire marquetée en acajou. Un truc comme ça doit valoir 4000€, au moins, la nana la vendait et se payait 10 armoires qu'elle aurait pû balancer dans un bac de ciment frais.
- Elle a caché les poutres apparentes d'un bar (chaux et poutres style alsace) avec un papier collant motif "briques rouges". Quand ta maison a du cachet, Valérie vient prendre le sien. J'espère qu'il t'en reste dans la pharmacie car tu vas en avoir besoin.

Avec ses dehors de "customisation" (personnalisation pour les seniors) D&Co représente la standardisation du mobilier, tout le monde vit pareil avec des murs roses aux motifs baroques déjà démodés, et des sols taupe vraiment pas top. Moi qui aimait les stickers, je n'aime plus.



Notez l'éclairage parsemé et le filtre orange pour réchauffer les couleurs.


Voilà cher téléspectateur, ta maison est belle de partout, marouflée et stickée, maintenant il va falloir l'astiquer.


C'est du propre : Je n'ai jamais regardé, mais je sais que ça existe. Les deux sorcières de l'émission, Béatrice et Danielle, sont des Mary Poppins version Cruella, avec des plumots en véritables poils de cul récupérés dans les toilettes de la première émission. Quand on voit les pubs AntiCal, Fébrèze, Cillit Bang, on se dit que les ordis arrivent à donner un rendu super réaliste à la crasse numérique ; en guise de rendu c'est un vomi. Quand on voit les ménagères qui ne frottent même pas pour enlever les étrons incrustés depuis l'hiver 54, on se dit que des chiottes comme ça n'existent qu'en Ecosse, et dans un film de Danny Doyle. Et C'est là que des Français sans aucune dignité téléphonent à M6 pour que deux ménopausées débarquent avec quatre équipes de tournage pour briquer leur bordel (sans les putes, c'est interdit, même si M6 aime bien montrer des seins pour faire monter l'audience).
Pour bien montrer que personne ne sait tenir sa maison, le casting de M6 est très efficace : couple gay, colocation étudiante, retraités, riche patron d'entreprise, famille nombreuse ou couple fraîchement installé ; tout le monde est dégueulasse, non mais regardez votre clavier plein de peaux mortes !
Alors elles filent quelques conseils genre "mettez du sel pour nettoyer les surfaces grasses" mais si on a eu une grand-mère, les trucs là on les connaissait déjà à 4 ans, et on sait surtout que l'"huile de coude" ne s'achète pas au rayon entretien.


Un vendredi soir avec Marc-Antoine.


Voilà cher téléspectateur, ta maison est propre de partout, frottée et briquée, maintenant tu vas pouvoir recevoir des invités.



Un dîner presque parfait : Tout le monde en France sait qu'il est extrêmement compliqué de faire la fête. S'amuser est un terrible supplice dont les secrets sont chèrement garder par les gens heureux. Ah les égoïstes. Heureusement M6 est là (que ferait-on sans L M). Un dîner presque parfait explique à tous les Français qu'ils ne sont pas de bons hôtes, qu'un apéro ce n'est pas un 421 avec des apéricubes et une construction pyramidale avec des coquilles de pistaches, mais qu'il s'agit bien de se casser le cul en préparant des verrines de saumon aux salsifis comme ça. Il y aura toujours du monde pour critiquer, mais ça sera dans votre dos ; qu'importe, recevoir est une guerre qui se gagne contre ses amis, car il faut faire mieux et écraser et humilier et à la fin manger seul devant sa télé parce que plus personne ne veut manger chez vous tellement c'est humiliant de ne pas savoir ce qu'on mange. Un dîner presque parfait c'est la tour de Babybel de la bonne bouffe, le trop est l'ennemi du bien, et du coup le soufflé retombe.


mmm j'adore le turquoise, c'est au chlore ?

Les gens ont l'air de s'amuser quand ils font un karaoké en mangeant des escargots feuillantines sur leur coulis de caramel au gingembre, mais quand on a une équipe de tournage sous le nez avec trois caméras et des preneurs sons on se sent obligé de s'amuser, juste pour ne pas passer pour un rabas-joie devant 5 millions de Français à l'heure de l'apéro. Je donnerai cependant un bon point à monsieur voix off qui passe sa vie à raconter toutes les erreurs faites par le concurrent plutôt que de signaler ce qui est réussi, comme ça le lendemain au bureau Jean-Luc du service contentieux aurait du mal à garder son sang froid quand Corinne de la compta lui dira : "alors comme ça tu sais pas monter des blancs en neige ???"
Personnellement je refuserai de recevoir de parfaits inconnus, j'ouvre les paquets de Tuc pour les gens que j'aime, c'est déjà pas mal.

Voilà cher téléspectateur, tu as engraissé tes amis de cinq jours, maintenant tu peux faire un régime.


Le chef contre-attaque / Chef, la recette / Vive la cantine : La machine Cyril Lignac est en route et elle n'est pas prête de s'arrêter. C'est le rouleau à patisserie d'M6, vachement plus glamour que Maïté qui n'attirait ni les hommes ni les femmes, Cyril Lignac attire les gays chauds de la toque et les femmes aux cuisses zines. Tu es un homme et tu ne fais pas la cuisine ? Honte à toi, Cyril le fait, et mieux que ta femme en plus, tu as intérêt à te mettre aux fourneaux sinon elle se barrera pour déguster des plats chauds avec un maître-queue (ça fait beaucoup pour un seul homme). Dans ses émissions Cyril Lignac te dira toujours que tu manges mal, gras et que du micro-ondé alors qu'il faut aimer les produits du tiroir et les choses vraies, que le sous vide c'est de la merde, mais Jean-Pierre Coffe le dit mieux. Par devant il t'apprend à manger sain, et par derrière il te montre ta triste vie précaire dans laquelle tu n'as même plus envie de réchauffer tes pâtes que tu manges crues devant ses émissions en rêvant de saveurs exotiques.
Non content de donner des leçons au Français moyen, Cyril s'attaque aussi aux cantines de nos enfants, aux entreprises, aux restaurants... Cyril, le monde a besoin de toi, vient nous expliquer comment arrêter la crise, toi qui sait tant de choses, dis nous que le secret de toute chose se trouve dans une pâte brisée légère et suffisamment dorée.

Voilà cher téléspectateur, tu as perdu un peu de poids, maintenant tu peux aimer ton corps.


Belle toute nue : Tout le monde sait qu'il est très difficile d'accepter sa silhouette, tout le monde n'a pas la chance d'avoir la mienne. Heureusement William Carnimolla (styliste de M. Pokora) est là pour aider les femmes (alors qu'il est gay). Tu as des bourrelets ? des grains de beauté disgracieux ? des varices virulentes ? Tu fais un 38 et tu le vis super mal ? Tourne tes défauts en avantages et devient super bonne (dans ta tête). Bon je digraisse un peu, mais cette é
mission est un peu le cassoulet de la psychologie. Accepter son image c'est une chose, mais les milliers de femmes qui regardent ont leurs complexes aussi, et la psychologie d'une femme c'est pas : "je suis rassurée, je ne suis pas la seule à avoir de la cellulite", c'est "mon dieu ça fait comme ma cellulite, je suis un monstre". Donc plus on montre les défauts des autres et plus les autres voient les leurs, c'est exponentiel.
Avantage de l'émission : on voit des grosses poitrines pendant une heure, ça complexe jamais les mecs un truc comme ça ; par contre ils complexent leur copine en disant "tu vois, elle au moins elle en a des gros".
Et les mecs voient bien que les filles passent leur vie à se plaindre du genre "j'ai trop de ci, pas assez de ça" et que le réconfort ne viendra que d'un gay péroxydé ,alors ça ne sert à rien de dire "mais non ma chérie je t'aime comme tu es".



"Non, je ne pense pas attirer les hommes..."

Maintenant que tu te sens belle dans ton corps tu peux désormais t'habiller ûber classe avec des leggings et des tops moulants Jennyfer.


Change de Look / Nouveau look pour une nouvelle vie : Les émissions de relooking ont toujours eu mauvaise presse, mais celle là gagne encore des galons grâce à sa méthode : je prends Jennifer Love Hewitt, je lui enlève sa queue de cheval et ses lunettes et ça devient une bombe. Et ensuite Emilie l'habille. Elle lui fait des badges avec la photo de ses pare
nts (c'est la même chose que le t-shirt "je t'aime papa" avec les enfants dessus, mais là c'est un badge donc c'est fashion). Dans l'émission, les cobayes s'appellent Brittany, Orlando, Jedjega, ce sont des gens comme vous et moi, enfin plutôt vous quand même. Et quand c'est Brittany qui porte des bottes ça va pas du tout, mais quand Jedjega les met c'est trop top. En fait il faut un doctorat en coordination vestimentaire option matières et couleurs pour saisir les subtilités de la choses. Le plus important étant de ne pas prendre en compte la personnalité du cobaye et d'habiller en hippie décontracté un militant sarkozyste et de mettre un tailleur jupe à une vendeuse de Décathlon.

Je suis super belle/beau, je peux désormais aller draguer, mais où ? Dans le pré bien sûr !


Maman cherche l'amour / L'amour est dans le pré : Tu es belle, tu as quarante ans mais pas trop, tu aimes les promenades en forêt et les films de Kurosawa, tu peux trouver l'âme soeur grâce à M6 (qui ne programmera jamais un film de Kurosawa, faut pas déconner non plus). Après un casting fort utile filtrant les plus moches, les plus cons, les plus chiants et les plus pauvres, la madame elle peut se taper le mec de ses rêves de ménagère de moins de cinquante ans pour faire rêver les autres ménagères de moins de cinquante ans qui n'ont pas pu être du casting parce que trop provinciales (sauf du sud, pour l'accent), trop grosse, trop bête ou trop triste à cause de trop de solitude.
La version l'Amour est dans le pré est plus buccolique, elle sent bon le tiroir, le composte et l'aisselle de travailleur. On dépoussière l'image du fermier et on lui envoie les filles qui n'avaient pas été retenues pour Maman cherche l'amour parce qu'elles sont trop grosses.

une fois que l'hameçon l'âme soeur trouvée tu peux désormais faire plein de bébés en apprenant les détails dans le film rose du dimanche soir (ou alors pendant M6 Club avec un peu d'imagination). Je saute cette section et file directement à la partie : "mon fils a bien grandi, maintenant il a 5 ans et me frappe quand je ne fais pas des frites".


Super Nanny : Elle s'appelle Cathy, elle aurait pû être hôtesse de caisse dans un Casa, le genre de fille qui souffle dès qu'on veut payer par chèque, celle qui manipule les verres avec la délicatesse d'un Samy Naceri, bref, celle qui ne dit pas bonjour parce que ça ne lui fera pas gagner plus. Quand je la vois je pense à ça. Pendant une semaine elle débarque chez les Groseille pour leur apprendre la vie et les coups de pied au cul, le tout avec une équipe de tournage de 4 personnes qui déstabilise franchement les gosses qui sont filmés. En une semaine Super Nanny (chignon tailleur nettement moins sexy que Britney dans Womanizer) va faire l'impossible en couchant des enfants de 6 ans avant le film du soir, en débranchant la télé de la chambre, en imposant les légumes verts dans les assiettes et après tout le monde dit : "je t'aime Super Nanny". Mais on n'a jamais vu combien de temps ça durait ce monde parfait. J'aimerais voir deux ans plus tard une famille nannysée qui passe à Pascal le Grand-frère parce que le fils de 12 ans est devenu un mac qui pousse ses soeurs à vendre de la coke à leurs clients. Pendant ce temps le père est toujours un super macho qui dit "je peux pas leur faire les nuggets y a Turbo y commence" pendant que la femme pleure parce que son fils a vendu tous ses anti-dépresseurs pour s'acheter un scooter. Super Nanny a en commun avec Mary Poppins un don particulier pour la poudre aux yeux (poudre que d'ailleurs le fils vend du côté de Montrouge). L'enfant roi ne se mate pas en une semaine, tous les royalistes le savent, il faut une révolution, des têtes qui tombent, et surtout on ne force pas le peuple à se rebeller. Et les parents dans Super Nanny ont quand même du mal à se lever contre le roi, du coup quand Super Nanny s'en va, pour fêter on commande des pizzas pour devant la Nouvelle Star.


Mais comme cela ne sera jamais montré dans Super Nanny, dites vous qu'un chignon suffit à impressionner un mioche et il mangera ses brocolis à la langue de boeuf.

Mes enfants ont désormais 18 ans, ma fille a quitté le domicile familial pour courir les castings de la Nouvelle Star, Popstar, et Incroyable talent pendant que mon fils court la gueuse à l'autre bout du monde dans Pékin Express. Ma maison est bien trop grande, je vais la vendre et chercher un chalet dans les gorges du Verdon.

Recherche appartement ou maison :
Pour faire partie de l'émission il faut un crit
ère très important : n'avoir aucun sens des réalités et être têtu. tous les couples qui cherchent leur maison de rêve finiront toujours par dire : "cette terrasse n'est pas assez au sud", la chambre est trop grande", 180 000€ c'est trop cher, on avait dit 175 000 maxi", ou le superbe "on cherche un appartement qui ne soit pas ordinaire, avec du cachet, mais les fenêtres au plafond et les cloisons amovibles c'est trop bizarre". Je critiquais toujours les agents immobiliers en disant qu'ils servaient à rien sauf à faire grimper les prix, mais quand je vois le boulot qu'ils font avec leur clientèle je serais prêt à leur accorder le droit de vie et de mort sur les acheteurs/loueurs.
Dans cette émission on apprend que vivre à Paris c'est vraiment la merde, qu'il faut 1h30 porte à porte du boulot à la maison, que les voisins sont bruyants, les rues aussi, et que les prix sont exorbitants mais que c'est la crise tout ça.


Ainsi habitez-vous désormais dans 80m² avec votre mari retraité et votre chat arthritique. il vous faut décorer votre maison typique alsacienne avec poutres apparentes. C'est là qu'intervient Valérie...



Par Dirty Epic - Publié dans : Les constats alarmants
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Lundi 16 février 2009
Par Dirty Epic - Publié dans : Mes humeurs
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Mardi 20 janvier 2009

 


Par Dirty Epic - Publié dans : La brique à Braque
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Mardi 20 janvier 2009
Par Dirty Epic - Publié dans : Les constats alarmants
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Mercredi 7 janvier 2009
Comme l'a dit Nicolas Sarkozy en visite en Lorraine : "Gandrange, c'est parfait pour un voyage de noces". Alors ne boudons pas notre plaisir et nos loisirs en ces temps de crise. Grâce à la crise on peut partir en vacances à Marrakech pour le prix d'un week-end à Vesoul, on peut acheter un écran plat qui coûte seulement un demain SMIC, on peut acheter une voiture et en avoir deux et on peut quand même râler qu'on peut pas rouler à cause des routes glacées alors que l'essence n'a jamais été aussi peu chère depuis deux ans au moins. Y a plus de saison ma bonne dame, réchauffement climatique mon cul, il gèle en hiver, où va le monde.
Ma différence entre 2007 et 2008 ? Je n'ai presque pas lu, donc je ne ferai pas de catégorie littérature, j'ai acheté très peu de CD, mais alors j'achète du mp3 à tour de bras. Moins de plastique, moins de pollution. J'espère.
Une année musicale moins prenante que 2007, même s'il y a eu son lot de surprises, surtout dans le "tout public", et une année cinéma plutôt décevante, sauf pour le cinéma français dont j'ai trouvé la production excellente si on oublie les deux locomotives Bienvenue chez les Chtis et Astérix aux jeux olympiques qui occultent un cinéma français excellent cette année.




Meilleurs albums internationaux 2008 :


1. Ladyhawke - Ladyhawke

Dans un monde parfait Ladyhawke serait sur le plateau de la Star Ac' et en rotation sur Virgin Radio (je l'ai entendu une fois à Cora, rien n'est perdu). Ladyhawke est une vingtenaire comme moi qui a oublié de grandir après les années 80, comme moi aussi. Quand elle était petite elle écoutait Blondie, INXS, Depeche Mode, Nena, et ça s'entend ; elle aime les refrains grandiloquents, les arrangements putassiers, les envolées lyriques à la guitare. Il paraît que la petite Australienne a un début d'autisme, mais c'est le grain de folie qui fait les grands artistes.
Les trois perles de l'album : Magic, Dusk Till Dawn, Crazy World.


2. Crystal Castles - Crystal Castles

Sur la pochette on peut lire que la plupart des morceaux ont été écrits entre 2004 et 2006. Un vieux truc donc qui a eu le temps d'être pillé par Timbaland et 50Cents avant sa sortie. Je me souviens il y a deux ans sur un CD de Trax, un obscure groupe qui remixait les Klaxons pour un truc hyper péchu tout en sirènes, sons stridents et rythmes compressés. J'avais craqué dessus. Ben en fait c'était eux, un rouleau compresseur digital qui défonce les tympans sur son passage, alors ça passe ou ça casse, mais si vous aimez le rock qui démonte, voici le versant électronique de la guitare électrique.
Les trois perles de l'album : Untrust Us, Love And Caring, Crimewaves.


3. Underworld & John Murphy - Sunshine OST

Je dois le reconnaître, je ne suis pas impartial. MAIS, comment expliquer qu'une BO non sortie suscite autant d'attente ? En un an on a eu droit à plus leeks "officiels" (dont un de John Murphy himself), et au moins trois fakes ? 20th Century Fox a senti un peu tard qu'ils étaient en train de perdre de la thune dans cette histoire donc ils ont sorti l'album sur itunes en 128kps (oui, on est en 2008, c'est comme de sortir un 78 tours). Enfin bref, il est là il est beau, il fout des frissons dans le dos tellement les cordes sont tendues à faire pleurer des cordes. Une grande musique de film où l'association instrumental/électronique est parfaite.
Les trois perles de l'album : Capa Meets The Sun (To Heal), Adagio in D Minor, Mercury.


4. Nine Inch Nails - Ghosts I-IV

2007 avait sonné le glas de l'union NIN avec Universal, Trent Reznor était tout content d'annoncer le divorce de 2008. Dans son élan il sort un double album instrumental. Quatre paysages, quatre ghosts qui se développent en 9 pistes à chaque fois. Disponible en plein de versions différentes (du téléchargement au coffret dédicacé à 300$), chaque piste est accompagnée d'une photo, Trent Reznor est l'un des premier à inventer la pochette évolutive pour chaque mp3. A l'heure du tout numérique il est toujours très fort. Musicalement on retrouve du grand NIN, tout en retenue, du piano, des guitares qui hurlent, mais toujours en silence. Les mélodies priment, les arrangements, les accidents, tout est ciselé pour nos oreilles. Surprise inattendue vendue seulement sur nin.com, Reznor a ensuite fait un cadeau à ses fan en offrant "The Slip" (le nom est nul) gratuitement au téléchargement "this one is on me". La classe.
Pas de perle, tout s'écoute comme un ensemble.


5. Glass Candy - B/E/A/T/B/O/X

L'année dernière c'était Chromatics, cette année ce fut Glass Candy. Le label Italians Do It Better a remis au goût du jour l'italo disco et les années 80, Sébastien Tellier s'est engouffré derrière, en moins bien, mais Glass Candy c'est beau, c'est triste, c'est 80's, c'est trompette numérique, tellement rétro qu'ils reprennent Kraftwerk sans complexe.
Les trois perles de l'album : Beatific, Candy Castle, Life After Sundown.


6. Scarlett Johansson - Anywhere I Lay My Head

Cauchemar des femmes, rêve des hommes, Scarlett Johansson a tout pour plaire. Depuis Match Point les clubs de ping pong ne désemplissent pas. Quand on l'entend pousser la voix dans Deux soeurs pour un roi ça fait un peu peur, dans Lost In Translation elle est déjà plus craquante avec sa voix cassée. Et là pour un premier album elle décide de reprendre des standards de Tom Waits. Country très amérique profonde (pléonasme) avec voix brûlée au whisky. J'aime Tom Waits comme acteur, pas comme chanteur... J'aime Scarlett Johansson, tout court.
Les trois perles de l'album : Falling Down, Anywhere I lay my head, I wish I was in New-Orleans.


7. DJ Yellow & Astryd Suryanto - Intermission

Sortie discrètement pendant l'hiver 2008, cet album est vraiment chaud, avec des basses rondes à faire trembler les dents des vieux, une voix suave toute en douceur. C'est un peu dansant, mais c'est surtout très cotonneux, ouaté, super beau, parfois un poil triste, mais la voix d'Astrid nous emmène toujours vers des sphères éthérées pleines d'un soleil qui brille même à deux heures du matin. La house, la vraie, sans filtre, non coupée. La nuit sera longue.
Les trois perles de l'album : In Your Voice, You are..., Light on me.


8. Portishead - Third

Retour franchement attendu, l'album sera adoré par les fans de rock, démonté par les fans d'électro, ils étaient forcément sur la sellette. La voix de Beth Gibbons est toujours aussi belle, frémissante, la musique est cependant moins chaude, loin des crépitements et des scratches qui les ont rendus célèbres. Mais les atmosphères restent feutrées, vaporeuses. S'il existe un équivalent musical au film noir, Portishead a écrit son Faucon Maltais.
Les trois perles de l'album : The Rip, Machine Gun, We carry on.


9. Autechre - Quaristice

Après des errances destructurées, flirtant avec l'accident rythmique et la mélodie aléatoire, Autechre continue de construire un monde où rien ne se répète. Tout est bancal en tenant droit.Ici, ou plutôt nulle part, l'humain n'a aucun droit de citer, c'est la machine qui règne en maître sur 20 morceaux-diamants, encore tranchants. Dans un monde instable, Autechre est l'architecture invisible qui maintien tout. Les machines parlent, aiment, pleurent, rient, écoutez les.
Les trois perles de l'album : Simmm, Rale, The Plc. (mais tout s'écoute ensemble)


10. Pyramids - Pyramids

Le XXIe siècle a offert à la musique le métissage, la "fusion" comme on disait en 90. Maintenant tout va avec tout, on peut mixer Britney avec Aphex Twin et ça passe tout seul. Pyramids a tenté l'impossible (où presque puisque c'est possible) de mêler du Shoegazing (My Bloody Valentine) à du Black Metal (Dimmu Borgir). Entre double pédale et larsen de guitares, la voix vacille entre le guttural satanique et l'envolée aigue et lyrique. C'est beau et violent comme un crash d'avion, il y a des morts mais c'est puissant, on ne peut rien faire, juste attendre en brûlant dans les débris.
Les trois perles de l'album : The echo of something lovely, End Resolve, Ghost.




Meilleurs albums français 2008 :


1. M83 - Saturdays=Youth

Quand j'ai écouté leur premier single, Couleurs, je me suis dit : "ils ont réussi à compiler en 8 minutes l'équivalent de 20 ans de musique." Car après un début house 80's très "Chicago", on passe par l'ambient de Brian Eno, la pop de Kate Bush, le rock de Cure, la new wave de Propaganda, le R&B de Timbaland. J'exagère un peu, mais sur l'album on a tout ça (encore une influence 80's évidente). Si M83 reste le meilleur "groupe" (Anthony Gonzales est seul maître à bord) de rock en France, c'est parce qu'ils chantent en anglais. Mais il y a aussi un song writing de qualité, des synthés à faire pleurer JM Jarre, et des guitares qui font des solos comme dans New Order. Et pour ses envolées (encore), ses nappes épiques qu'on a envie de chevaucher jusque à tomber dans le soleil couchant. ou dans les étoiles juste à côté. Pour tout ça M83 reste supérieur à tout rocker actuel, même si au départ c'est de l'ambient électronique. Comme quoi il n'y a pas de mauvais chemin pour arriver aux bonnes choses.
les trois perles de l'album : Skin of the night, Couleurs, Highway of endless dreams.


2. Mr. Oizo - Lambs Anger

Pour plus d'information se référer à l'article de novembre dernier. Je vais quand même pas me répéter pour dire que Mr Oizo c'est trop de la balle et que les pensionnaires de l'Hospice de Saint Mort dans les fossés danse nt encore sur les beats de Positif.
Les trois perles de l'album : Positif, Gay Dentists, Bruce Willis is dead.


3. Kiko - Slave Of My Mind

La France mène la danse en matière de techno, encore. Kiko c'est le son de Grenoble, et le grand ami de The Hacker et Miss Kittin. Avant cela il avait sorti un album sous le nom de Sinema, qui reste l'un des meilleurs albums house toutes périodes confondues. Sur Slave of my mind, le son est plus sombre, s'approchant parfois de Depeche Mode, pas mal de sonorités electro aussi (au sens Anthony Rother du terme).
Les trois perles de l'album : Slave of my mind, World end rock up, Sunburn.


4. Fixmer / Mc Carthy - Into The Night

souvenez vous quand vous étiez gosse, vous chantiez les chansons de Nitzer Ebb à tue-tête. (groupe EBM qui démonte tout) Et le temps a passé, vous avez oublié Douglas Mc Carthy le chanteur, il est devenu camé, rebut de rien. Vous, vous êtes mis à la musique vous faites de la techno, et un jour vous rencontrez votre idole, Mc Carthy, et vous vous entendez pour faire un groupe ensemble. C'est le rêve un peu fou que vit Terence Fixmer, musicien lillois qui sort son deuxième album avec son chanteur fétichiste. Alors encore une fois ça sent les années 80, mais versant belge, style Front 242. L'Electronic Body Music c'est un style violent, froid et industriel, un peu comme dans les clubs sado maso. Into The Night a été sorti par Citizen, le label de Vitalic, gage de qualité.
Les trois perles de l'album : Like Voodoo, Look To Me, Trans European.


5. David Carretta - Rodeo Disco

Même style que Fixmer / Mc Carthy, mais tirant plus vers la techno tout en étant plus accessible. C'est techno, italo disco, sons de pistolasers et moustaches top moumouttes et boule à facettes.
Il a un look de maquereau marseillais, et sa musique sent la discothèque de 1984, avec moquette léopard. Même si c'est kitsch c'est extrêmement moderne, surtout parce que ça claque et que c'est disco.
Les trois perles de l'album : Love Lazer Dance Sex, Sex on the moon, Planet Research.


6. Sébastien Tellier - Sexuality

Faux branleur de la musique, il a su populariser le retour de l'italo disco avec des morceaux comme Sexual Sportwear ou Fingers of Steel. Après une grosse branlette autour du suicide français de l'Eurovision (Divine est un morceau de merde), Sébastien Tellier est quand même un sacré compositeur qui s'est fait pomper partout (dans tous les sens du terme). Il est volontairement kitsch, et souvent avec talent. Mais souvent ça sent le camping en Italie.
Les trois perles de l'album : Fingers of steel, L'amour et la violence, Sexual Sportwear.




Meilleurs albums de trucs qui passent en radio en 2008 :



1. The Ting Tings - We Started Nothing

Ils sont deux, ils sont rockers, ils sont jeunes, ils sont beaux et l'un des deux est une fille. On dirait une description de Eurythmics ou de plus récemment The Kills (la drogue et la déchéance en moins). The Ting Tings c'est un mec à la batterie et une blonde au chant, et c'est super dansant avec ses rythmes bien carrés et ses fesses bien rondes.
Les trois hits de l'album : Great DJ, Shut Up And Let Me Go, Be The One.


2. The Do - A Mouthful

ls sont deux, ils sont rockers, ils sont jeunes, ils sont beaux et l'un des deux est une fille. On dirait une description de The Ting Tings, mais en fait Olivia est norvégienne. Ce qui change tout en fait parce leur musique est plus calme et lorgne vers un hip folk de campagne. Ils sont devenus connus avec une pub pour des cahiers qui bavent. En live ils sont hyper charismatiques, surtout Olivia qui a des yeux qui chantent vraiment bien.
Les trois hits de l'album : On My Shoulders, Queen Dot Kong, Playground hustle.


3. Katy Perry -  One Of The Boys

Katy Perry n'a pas inventé l'eau chaude, mais c'est justement pour ça qu'on l'aime. Quand elle a sorti I Kissed A Girl, ma première réaction fut : "elle a piqué la basse dévastatrice de Monstertruckdriver de T.Raumschmiere !" Mais en fait personne ne connaît Monstertruckdriver, mais tout le monde a dansé cet été sur Katy Perry (enfin, pas sur elle, sur sa chanson). Le reste de l'album fait très Avril Lavigne en fait (moins de skate plus de sucre).
Les trois hits de l'album : I Kissed a girl, Hot 'n' cold, Fingerprints.


4. Britney Spears - Circus

Elle a perdu 3 places depuis le dernier bilan annuel, mais bon, c'est la seule avec NIN a avoir sorti deux albums coup sur coup. Blackout, qui est son meilleur album a ce jour, a été démonté dans tous les sens et Britney s'est fait motocultée une fois de plus. Elle se fait changer quelques pièces, on retape la carrosserie, on refait la peinture, mais le résultat est moins fort. Malgré un Womanizer bulldozer, le reste ne suit pas.
(je viens de le réécouter, en fait c'est calme, mais il y a de très bons morceaux dessus, elle pourrait passer en troisième position)
Les trois hits de l'album : Womanizer, Kill The Lights, Blur. (et le titre bonus itunes Phonography).


5. Lady Gaga - The Fame

Elle se place entre Britney et Katy Perry, ce qui permet d'imaginer un fantasme sympa. Son clip est plutôt marrant, les sonorités sont 80's (encore) et le rapper ressemble à Peter Petrelli dans Heroes. C'est du R&B d'inspiration Timbaland, mais sans lui et c'est tant mieux.
les trois hits de l'album : Just Dance, Poker Face, Love Game.


J'avais annoncé la mort prématurée de Mika, c'est désormais chose faite, maintenant on a Christophe Maé. Merde je préférais Mika. Timbaland est tombé de son piédestal en produisant M. Pokora, en ratant l'album de Madonna et en se faisant pomper de partout par les R&Bieux du coin. Du coup 2008 fut techno. Laurent Garnier repris sur les compils Fun Radio, les beats de T.Raumschmiere ramonant les oreilles des fillettes, Guru Josh qui dépoussière son hymne Rave de 1989 avec Infinity, David Guetta plagiant allégrement Border Community. Bref 2008 fut une année techno, en fait c'était 2004, mais sur les grandes ondes.



Meilleurs films internationaux en 2008 :



1. Batman : The Dark Knight, Christopher Nolan :
Deux films en un, un Batman vraiment sombre (comme le 2e de Tim Burton en fait), on regrettera l'absence de katie Holmes et le départ trop brusque de Heath Ledger. D'un pessimisme infernal (des tons verts tout le long), l'humour s'arrête à la 5e minute (les faux batman) et est remplacé par un grincement de dents constant, tellement le Joker est insaisissable, violent, imprévisible. Mention spéciale à un Double Face pathétique (dans le bon sens), habité par l'énergie du désespoir. Et la BO avec le thème du Joker, strident à souhait... Son seul défaut : un poil trop long.



2. Wall-E, Andrew Stanton :
Comment faire chialer de grands enfants avec une boîte rouillée qui met sa pince dans les anneaux de Saturne. Fable écolo pour la génération ipod, imac, ipollute, il fait pleurer, rire, danser, réfléchir, même si on danse sur les cadavres de nos enfants.
Pour ceux qui disent : "c'est pas subtil, c'est pas des ficelles c'est des câbles", je leur dis crotte c'est un film pour enfants.



3. Be Kind Rewind, Michel Gondry :
Après le pessimisme des deux premiers, enfin une bouffée d'air frais qui nous fait dire : c'est beau la vie quand même et ça vaut le coup de se battre contre des moulins à fric. J'adore tout ce que fait Gondry donc c'est normal, mais là... fouyayaaaaa, c'est moins décousu que la Science des rêves, moins rose que Eternal Sunshine, plus drôle que Human Nature... Une réussite qui plaira à tous les amoureux du cinéma (et pis Jack Black, merde, Jack Black !!)


4. Tonnerre sous les tropiques, Ben Stiller :
Pour les amoureux du cinéma (et pis Jack Black, merde, Jack Black !!), Tonnerre sous les tropiques est une charge anti-acteur anti-bande-annonce anti-marketing, mais qui aime le cinéma, celui des potes le samedi soir, celui des lundis soirs au Caméo, celui des dimanches aprèm en famille. Rien que les bandes-annonces, c'est déjà un Oscar. Si ma critique passait dans le film ça donnerait : Jack Black crève l'écran pendant que Robert Downey Junior campe son plus grand rôle. Ben Stiller a su réunir la crème d'Hollywood pour nous offrir l'un des plus grands films de guerre de tous les temps. Tout est maîtrisé, jusqu'à Simple Jack dont on attend la sortie avec impatience. Tout les magazines dont les articles sont dictés par la loi du marché vous le diront. C'est le film de l'année. (après Batman, Wall E et Be kind, mais faut pas le dire).


5. Lust Caution, Ang Lee :
La caution intellectuelle du classement. Ben oui mais que voulez-vous, le cinéma gros budget d'aujourd'hui est meilleur qu'il y a 10 ans, et il suffit d'éviter les films où il y a le mot "jour" dans le titre pour voir de bons films : "Meurs un autre jour où la terre s'arrêta après l'indépendance" (exemple de films à ne pas voir). En dehors de ça, Lust Caution est le rattrapage de Ang Lee après son quart d'heure américain de Hulk et Le secret de Brokeback Mountain (Si quelqu'un peut m'expliquer en quoi Brokeback Mountain est un grand film, je lui offre un tour de manège). Lust Caution c'est du film simple et grand, la petite vie dans les grands événements, du coup tout devient grand : les personnages, les scènes d'amour, les espions, les sentiments. En fait ce film est le versant asiatique des Femmes de l'ombre, comment l'amour peut foutre la merde quand on a une mission d'espionnage à remplir.


Meilleurs films français en 2008 :




1. Il y a longtemps que je t'aime, Philippe Claudel :
J'ai été voir ce film trois fois pour écrire un truc décent dessus. Mais c'était pas pour vous, c'était pour Philippe Claudel. Il a lu ma critique, je lui ai échangé deux mails et voilà. En fait la correspondance de Hugo est bien plus intéressante en fait. Je me suis demandé sur les mails avait détruit les correspondances. A voir...
Il y a longtemps que je t'aime est un film simple, fort, beau, avec son drame, sa famille, sa région. (Meurthe & Moselle en force !!). Enlevé le côté chauvin du "oh on voit ma fac, oh on voit mon pote Jean-Pierre avec son chien", Claudel a fait un premier grand film qui aura un César féminin et peut-être le scénario. Tout est dans la retenue et le non dit, et même si on comprend assez vite le secret, la fin c'est pas M. Shyamalan.
Pour lire ma longue chronique, c'est ici.




2. Vilaine, Jean Patrick Benes & Allan Mauduit :
Ah, Amélie Poulain, serveuse aux Deux Moulins, belle et longiligne avec ses cheveux noirs c'est noir. Quand il n'y a plus d'espoir elle devient "Vilaine". Vilaine, c'est Mélanie, presqu'anagrame d'Amélie, car la vie de Mélanie n'est pas un fabuleux destin. Elle est serveuse dans un restauroute, elle se fait mener en bateau par Kevin, exploiter par sa voisine. Mélanie en a marre et dit merde à tout, elle pourrait jeter un aveugle sous un camion qu'elle le ferait. Mais il n'y a pas d'aveugle dans le film. Mais il y a un black, du coup elle va le faire passer à tabac par les flics. La classe Mélanie (sauf qu'il n'y a que Marylou Berry pour faire les rôles de moches, c'est lourd, et il n'y a que Frédérique Bel pour faire les poufs connes, c'est lourd aussi, même si elle le fait bien).
Grosse surprise de 2008, ce film est tellement bon qu'il a été démonté par la critique. Les Français n'aiment pas qu'on s'attaque aux symboles. Et pour les amoureux du cinéma (encore), vous pourrez apprécier les emprunts à Forrest Gump, Jurassic Park, Wayne's World et j'en passe. Dès qu'il sort en DVD je me le mate avec un grand verre de Suze.



3. Pour elle, Fred Cavayé :
J'aime bien Diane Kruger en photo, moins quand elle joue. J'aime pas Vincent Lindon, surtout quand il ne joue pas. Avec le casting de Pour elle, c'etait pas gagné. Et pourtant, avec une ambiance bien moite, une déchéance progressive, un abandon total à une cause perdue, et un scénario rondement mené, on se retrouve à se ronger les ongles encore plus que d'habitude devant ce thriller à la française qui marche sur les traces d'Olivier Marchal qui y fait d'ailleurs une apparition. On découvre la mini pègre de Paris, la vie d'un père célibataire qui se fait draguer sur les bancs publics (si vous n'avez pas de voiture de sport, faites un enfant, la gente féminine vous appartiendra).
Un premier film tout en retenue, avec des personnages qui respirent la sympathie (sauf la gardienne de prison, mais bon, on dit "aimable comme elle"), des scènes de non dit où le respect transpire du cadre, et une intelligence comme il en faut pour ce genre de film.
Et je viens de voir que mon top 3 est constitué de premiers films. Chapeau à cette nouvelle génération de réalisateurs.

4. Entre les murs, Laurent Cantet :
Palme d'Or pour un quasi-documentaire (encore), Entre les murs ne la méritait pas. Mais il mérite cependant d'être vu, au moins pour voir la vie d'un collège moyen. C'est pas un collège à problème comme on a pu l'entendre, c'est juste une école, avec son lot de misère, de joie, de difficultés, d'incompréhension et de clichés.
"ça fait 20 ans que je fais ce boulot, j'ai jamais vu ça". Mais cette phrase est dite tous les ans. Et au moins on peut voir un conseil de discipline (un cas particulier, certes), chose rare (et heureusement) pour des parents d'élèves.

Quand j'ai vu le film, il y avait des jeunes au fond de la salle, des filles, pendant le devoir de retenue sur le respect, elles s'amusaient à pointer un laser rouge sur l'écran. j'ai râlé. Vieux con contre jeune con, le vieux ne gagnera jamais. La nouvelle génération est en marche, reste à savoir où elle va.



5. La Personne aux deux personnes, Nicolas & Bruno :

Avec un marketing viral sur le net qui frôlait le génie (Grandet), en particulier le myspace de Gilles Gabriel, La personne aux deux personnes est un film difficile, il faut aimer le ridicule, les années 70 et le pire des années 80 et Alain Chabat quand il se la pète. Pour ceux qui veulent se faire une idée, il suffit de regarder les Messages à caractère informatif qui sont vieux comme ma tente, mais avec des vidéos à coucher dehors. Le scénario c'est pas le César de l'année, mais Jean-Christian Ranu de la COGIP a enfin son film, et ça c'est vraiment très intéressant.

 

Meilleures séries en 2008 :


1. The Big Bang Theory
Deux colocs qui passent leur vie à savoir si le chat de Schrodinger est mort où non, s'il y a 4 ou 11 dimensions dans l'univers, s'il est possible de calculer la trajectoire d'un homme ivre. En fait deux mecs (et leurs potes et leur voisine de palier top bonne) qui vivent dans la physique, l'astrophysique, quantique ou non et qui ont une vie sociale limite à Facebook et WoW.
Blague : Un fermier a une poule qui refuse de pondre, il décide d'aller consulter un théoricien en physique quantique car il espère trouver une solution que ni les vétérinaires et ni les psychologues pour animaux ne trouvent pas. Six mois plus tard le théoricien revient et dit :
"j'ai la solution, mais il faut que votre poule ponde des oeufs cubiques dans le vide."

2. Dexter
Parce que Michael C. Hall joue superbement et tient la série à lui seul, parce que c'est très bien filmé aussi. Et le personnage de Lila dans la saison deux et l'un de mes personnages de fiction préféré depuis longtemps. Une femme fatale, une vraie.

3. Chuck
La série où un nerd (tout seul cette fois) devient un super agent de la CIA parce qu'il a plein d'infos dans son inconscient. C'est Alias en tout aussi drôle, mais là c'est fait exprès.



PS : il m'a fallu quatre jours pour faire ce classement. Pendant ce temps j'ai rien écouté de nouveau, j'ai du retard là, merde quoi.
Et bonne année à tous !


Par Dirty Epic - Publié dans : Mes humeurs
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Lundi 5 janvier 2009

En mars dernier sortait le premier film de Philippe Claudel, dans l’ombre d’une autre histoire de province au chauvinisme exacerbé (aussi par le foot), Bienvenue chez les Ch’tis. France 3 – Lorraine mettait en boucle la bande-annonce de Il y a longtemps que je t’aime, le vendant comme un produit local destiné à l’exportation. Parmi les Nancéiens, après la curiosité, c’est l’overdose de B-A qui ennuyait le téléspectateur lambda, celui qui se retrouvait tous les jours devant Kristin Scott Thomas pleurant sur Jean-Louis Aubert.

La publicité peut faire du tort, surtout quand on ne la contrôle pas.


Une fois passé le tapage médiatico-chauviniste, les échos des premières projections furent plutôt positifs. Je me souviens d’un ami me disant : « les cinq dernières minutes sont inutiles, sans ça le film serait mieux. » Encore une fois je me demandais pourquoi les gens n’aimaient un film qu’en fonction de sa fin. Si la fin d’un film faisait tout, Le Seigneur des Anneaux serait le plus long navet du grand écran.

Malgré mon amour pour Kristin Scott Thomas que j’avais classée dans mon top 5 des femmes les plus séduisantes alors que j’avais 14 ans, je ne suis pas allé voir le film à sa sortie. Je préférerais le laisser vivre avant. Et le voir deux fois.

 

Première séance un matin à Metz dans un cinéma quasi-vide. Je mets ça sur le compte de l’horaire. Je suis heureux de voir ma ville d’étude et d’adoption à l’écran. Nancy et sa beauté crue, sa faculté devenue sale à force de grèves, et sa lumière triste la nuit. Voir sa ville défiler sur écran, c’est un peu se la faire voler, avoir la sensation étrange de ne plus lui appartenir.

Je n’ai pas pleuré à la fin, j’avais cependant une grosse boule dans la gorge, celle des films qui jouent sur la corde raide du non-lacrymal. Sans violon, le sentiment devient réel, il gagne en vérité ce qu’il perd en tyrannie.

La seconde séance fut accompagnée de mon amie, à Nancy cette fois ; je jouais à domicile. Et l’avantage, c’est que le public vient en nombre. Salle comble un mois après la sortie. Le plus drôle, ce sont les petits murmures quand on reconnaît un coin de ville, où un bout de figurant ; à trop connaître la réalité, on en oublie la fiction. Pendant que mon amie pleurait, j’essayais de faire passer cette boule qui squattait encore mon œsophage.

Pour ce deuxième essai, j’ai fait quelque chose que je n’avais plus fait depuis Le fabuleux destin d’Amélie Poulain (autre film d’un Nancéien qui apprécie les titres interminables) : j’ai pris des notes. Ecrire dans la clarté de l’écran d’une salle obscure est un combat de chaque instant, il faut guetter les quelques secondes de chemise blanche ou le gros plan sur les assiettes, pour pouvoir écrire ce que le film inspire.

 

J’ai tenté de décortiquer Il y a longtemps que je t’aime, essayé de l’analyser. Car en bon écrivain, Philippe Claudel aime les figures de style et les symboliques subtiles ; et le passage des mots aux images n’est pas si évident. On trouve des qualités qui font du film de m. Claudel un bon film, mais pas un grand.

Sans surprise, les qualités essentielles résident dans l’écriture alors que les défauts viennent plus des aspects techniques de la mise en scène.

Commençons par le plus facile, le scénario. On lui reproche souvent d’être irréaliste, pourtant comment peut-on croire qu’un auteur ne se renseigne pas sur son sujet ? Car la réalité dépasse souvent la fiction dans l’invraisemblance et le grotesque.

L’histoire repose sur un secret révélé en deux temps, mais ce n’est pas le plus important ; le fil narratif, c’est surtout la reconstruction d’une vie après une expiation de 15 ans. Le secret n’est pas un grand twist final hollywoodien, il est juste humain et logique.

Plus important que l’histoire dans ce film, les personnages sont finement taillés, et c’est sans doute la plus grande qualité de Il y a longtemps que je t’aime. Chaque personnage a ses manies, ses défauts, et c’est dans les détails que le réalisme s’épanouit (Il faut également saluer le casting, le jeu, et la direction des acteurs qui y est pour beaucoup).

Juliette fume. Beaucoup. C’est rare de nos jours. Elle semble coincée dans ses vêtements trop stricts, qu’on croirait trop étroits, parfois elle se cache sous un tablier, enfilant son costume de mère. Elle sursaute à chaque bruit, rappelant son enfermement et la peur qui en résulte quand plus rien n’est contrôlé. Et elle ne pleure jamais, elle a dans les yeux une lueur froide qui ne demande qu’à être allumée.

Léa est une petite sœur. Avec sa bouche pincée et ses petites chaussures. L’absence de Juliette pousse Léa à l’idéaliser, ce qui lui donne un côté fleur bleue adolescente, surtout quand on découvre les agendas. Elle aime se détendre à la piscine, mais quoi de plus logique qu’une Fontaine qui se ressource dans l’eau.



Tous les personnages sont pétillants, la rudesse de Luc est adoucie par son t-shirt CNRS (sauf qu’il parle de ce t-shirt, ce qui donne un effet « eh regardez ma blague, elle est drôle », qui détruit une blague effectivement drôle), P’tit Lys qui écrit des poèmes dans un livre qui se ferme à clé mais qu’elle ne ferme pas, ou le père de Luc dont les post-it sous-titrent la pensée (alternative idéale à la bulle de BD).

Mais dans tout ce petit monde, le personnage qui ressort est le capitaine Fauré. Comme le compositeur, dont le nom apparaît étrangement sur une partition de La Claire Fontaine. Malgré son statut de second rôle, c’est le personnage le plus soigné, on sent l’écriture amoureuse (peut-être trop) de l’auteur qui veut accorder une place de choix au seul personnage qui meurt pendant l’histoire. Il semble lucide sur les petites choses comme sur les grands combats, mais c’est le pessimisme qui parle, c’est pour ça qu’il a l’air clairvoyant. Il a droit à d’excellentes répliques, et surtout, il est attendrissant. C’est un bon flic, un gentil maladroit qui ne sait pas faire de café. Quand il dit « et vous, ça va en ce moment ? », on sent qu’il va mal, on compatit, mais on voit qu’il n’est pas pour Juliette, il le voit aussi. Sa sympathie auprès du spectateur est primordiale pour que sa mort ait un impact.

L’un des axes les plus surprenants dans le film, c’est le parti pris de la diversité. La « famille Benetton » décrite par Léa s’étend au-delà des Fontaine. On compte des noirs, des Arabes, des handicapés, des obèses… tout le monde est immigré, déraciné, que ce soient des Irakiens, des Polonais, des Arméniens ou des Parisiens qui fuient la capitale.

 

Enfin il y a les dialogues. Ceux-ci forment un entre-deux étrange, à la fois réaliste, à la fois trop écrits. Quand on lit une réplique comme « non s’il vous plaît, je suis encore un peu loin » pour refuser un baiser, on salue la patte de l’auteur. Quand on entend une réplique comme ça au cinéma on se dit que la langue est trop belle pour être vraie. C’est le grand mensonge du cinéma, copier la réalité. Tous les personnages ont le sens des mots, de la répartie, ce qui fait que Gérard la grande gueule est encore plus désagréable, parce qu’il parle comme un livre. Le parti pris du réalisme (HD, décors naturels, plans séquences dans la rue) oblige à être réaliste dans tous les aspects, ici les dialogues sont imposés. Dans un film au style clairement affirmé (ambiance, décors, couleurs, costumes) les dialogues peuvent participer du style global et être plus fleuris.

 

Après un ensemble positif dans le domaine de l’écriture, les défauts apparaissent dans les aspects techniques. D’abord le choix de filmer en HD est étrange. Rien ne justifie l’équipement, et surtout la texture souvent froide de l’image nous met en retrait face à l’action. La scène du repas entre amis en est un exemple. Beaucoup sur Internet ont critiqué l’éclairage, sans doute la partie technique la plus compliquée d’un film, en particulier en décors naturels. Malgré quelques défauts de clarté, il n’y a pas d’erreur de luminosité sur les contrechamps et l’aspect naturel des lumières accentue la réalité de l’histoire.

Je soulignais plus haut la direction des acteurs, cependant l’utilisation des figurants est parfois abusive. Ca circule devant et derrière les acteurs, le cadre se fait manger, l’œil se perd sur des silhouettes inutiles alors que Juliette et Michel se rencontrent au Musée des Beaux-Arts. Et chez les Nancéiens, le jeu consiste à retrouver les gens qu’on connaît.

Contrairement à la littérature, le cinéma impose les images, elles doivent être le plus lisible possible et doivent s’enchaîner logiquement. Et c’est là le problème principal du film. On ne peut pas reprocher à Philippe Claudel d’être classique ; il développe un langage personnel à base de gros plans sur les visages et les mains, des dialogues évitant l’habituel champ / contrechamp (au café avec Fauré, dans la cuisine avec Luc). Ce vocabulaire est justifié, les gros plans nous indiquent ce que Juliette voit et ressent. Malheureusement l’originalité peut gêner parfois, mais il faut bien se détacher pour se faire une place.

Le souci se situe plutôt dans les placements de caméras. Le plus souvent on sent que la caméra est placée là parce qu’elle ne peut pas être ailleurs. Cela engendre des plans et des cadrages illogiques, détonant souvent au montage et cassant la narration. Le plus flagrant est le plan Cluedo en plongée quand Léa fait découvrir sa maison à Juliette. Ce plan est tellement incohérent avec le reste qu’il m’est resté en mémoire dès la première vision. Et ce n’était pas pour ses qualités intrinsèques. Ce que Léa montre, le spectateur ne le voit pas ; il est donc coupé de la narration.

Les problèmes de cadrage apparaissent essentiellement dans la maison. Il est vrai qu’il y a des contraintes techniques dues au lieu, mais il n’est pas logique d’avoir deux fois le même plan de la balustrade à l’étage. La seconde fois c’est d’ailleurs quand Kristin Scott Thomas hurle « vous auriez pu faire quoi ? » ; le rapport avec la caméra (et donc le spectateur) est presque frontal, le fait que l’actrice nous regarde accentue le malaise du public à la fin. Enfin il y a la scène du petit déjeuner entre P’tit Lys et Luc qui fait un peu trop pub Lactel.

Hormis ces défauts, Il y a longtemps que je t’aime contient une série de plans que de nombreux réalisateurs détestent (et confient à leur assistant), et que Philippe Claudel transcende. Il s’agit des scènes de voiture. Au cinéma, la scène de voiture est incontournable ; Hitchcock les affectionnait particulièrement pour leur côté intimiste, la proximité forcée des personnages et l’expression symbolique de leurs sentiments. Ces dernière années, deux réalisateurs ont révolutionné ces scènes en faisant des plans séquences dynamiques (A. Cuaron pour Les fils de l’homme et S. Spielberg pour La guerre des mondes) ; mais il s’agissait de films d’action. Philippe Claudel utilise quant à lui la voiture pour réunir les deux sœurs et faire évoluer leur relation. Pour leur première discussion, Léa et Juliette sont séparées, dans deux cadres opposés, le paysage est très visible, symbolisant la liberté de Juliette. Elles finiront par être ensemble dans le même cadre, dans un plan fixe frontal et hitchcockien, allant toutes deux dans la même direction.

 

Outre l’image, l’autre dimension du cinéma est le son. Les dialogues ont été abordés plus haut pour leur contenu, mais il faut prendre en compte la musique et l’ambiance. Il y a longtemps que je t’aime offre une lecture intéressante du montage sonore. On n’est pas dans les films multi-oscarisés dont les sons sont tous recréés, ici il s’agit plus de l’utilisation.

Le film s’ouvre sur un écran noir annonçant un générique. Pas de musique. Le spectateur entend des bruits de verrous, des claquements métalliques. Il sait par la bande-annonce et les multiples articles que le personnage principal sort de prison. Il s’attend donc à une ouverture sur Juliette sortant de prison. Et finalement le spectateur est pris à contre-pied puisque Juliette est déjà sortie, elle est à l’aéroport, dans un cadre qui se resserre, symbolisant son emprisonnement. Elle sursaute au moindre bruit, on sait que dans sa tête elle est n’est pas encore libre ; cependant on entend des oiseaux chanter au loin, la liberté est en train de naître. On retrouvera ces « sons de prisons » à différents moments, dans la foule au Blue Note, dans la voiture…

Le coup de maître revient cependant à Jean-Louis Aubert qui signe une bande vraiment originale. Les accord furtifs, les distorsions et saturations, on est dans des textures rugueuses mais pourtant les notes sont douces. La référence à la BO de Dead Man (J. Jarmush) par Neil Young est évidente, avec cette construction progressive, par touches pointillistes, qui nous mène jusqu’au point d’orgue, quand Léa découvre la vérité au téléphone. La guitare se fait lointaine, fine, P’tit Lys chuchote, tout converge vers la larme qui va couler en un riff désespéré. Dans le genre shoegaze, c’est la meilleure musique de film depuis Kevin Shields pour Lost In Translation.

 

      Pour finir l’analyse, le plus intéressant est d’aborder ce dont le film de Philippe Claudel regorge le plus, les symboles. On a appris à l’école que dans les textes il y a toujours plus que ce l’auteur dit. Ici la transition entre les deux média ne passe pas toujours, mais il faut souligner l’effort fait dans un cinéma actuel qui oublie le symbolisme pour créer des films directs, faciles à comprendre.

Les premiers symboles se trouvent au sein de la famille, dans l’image qu’on peut avoir du père, de la mère et des enfants. Le père on le voit d’abord à travers Luc, puis à travers son père à lui, devenu muet. Il a l’air joyeux mais il est forcé à se taire. Il y a aussi l’absence du père, le mari de Juliette, celui qui a témoigné contre elle. L’image du père n’est finalement pas très reluisante, Luc apporte la neutralité en n’étant ni bon ni mauvais. Le Capitaine Fauré est aussi père, mais il ne peut plus voir sa fille malgré ses efforts. Le dernier père qu’on croise dans le film, et qui semble le plus parfait, c’est Samir, qui montre son attachement à ses enfants morts, mais qui ne perd pas le courage d’en faire un autre. Mais de manière générale, l’image du père n’est pas idéale.

La mère est plus présente dans le film, les étapes de la maternité sont marquées, on a Kaisha enceinte, Léa qui a adopté ses filles, la mère de Juliette et Léa qui perdu tout aspect de mère avec sa perte de mémoire, et enfin Juliette qui reprend un rôle de mère par procuration ; elle soulage Léa et réapprend à vivre à travers les enfants. Elle s’occupe de la cuisine, de la lecture avant le coucher – où le rôle de la maternité est flagrant, « une lune pleine comme le ventre d’une femme ». Le film parlant de la reconstruction d’une femme, la maternité est un passage obligé pour Juliette. On a plusieurs aspects de la mère, mais ici l’image est plus positive ; seule la grand-mère Fontaine montre le côté négatif (involontairement, comme le père de Luc). On a Juliette, la mère infanticide, le monstre en surface qui s’avère être pleine d’amour pour son fils, et on a Léa, qui refuse la maternité, qui ne voulait pas d’enfant de son ventre, mais qui a adopté deux filles qui répètent le duo d’enfants que devaient former Juliette et Léa.

Et il y a enfin les enfants. Ils vont à l’école, mais surtout ils s’amusent dans la maison d’amis, ils rappellent à Juliette ce qu’elle a perdu, mais ce aussi pour quoi elle se bat ; des enfants qui peuvent vivre pleinement. Le film regorge d’images sur l’enfance et la maternité, et le suicide de Fauré est immédiatement compensé par l’accouchement de Kaisha. Il y a aussi les enfants morts de Samir, mais a-t-on vraiment besoin de savoir cela ? La peine de Juliette est déjà suffisante…

 

L’autre trame symbolique dans le film, c’est l’enfermement. L’épisode de prison est tu. Le premier à l’aborder frontalement c’est l’employeur, tous les autres sont dans le déni. La métaphore de la prison commence avec le poisson rouge dans son bocal, les singes de la Pépinière sur leur rocher… Et il y a les deux parents : le grand père qui s’enferme sous les escaliers dans ses livres et sa radio polonaise, et il a la mère qui est enfermée dans une maison de soins. Juliette n’est pas la seule à s’enfermer, mais c’est la seule qui se libère vraiment.

En contrepoint on trouve l’évasion par les livres. Les livres il y en a partout, au café, à la maison, on les cite, on les lit, on les utilise comme métaphore, mais ils donnent le désagréable sentiment que Philippe Claudel est à côté de nous et nous donne des coups de coude en disant « eh n’oubliez pas que je suis romancier au départ ». On sait que les personnages évoluent dans un univers littéraire et cultivé (d’ailleurs Juliette est appelée « héroïne de roman » puis référée à l’absente de Giono), mais trop de livres dressent un rempart entre le monde et le film. C’est d’ailleurs quand un livre se ferme sur un banc de la Pépinière que le spectateur se dit que le film est fini. Et que la dernière scène est un épilogue de trop.

La relation de Juliette avec Michel est toujours implicite, jamais évidente et grossière. Ici la subtilité est de rigueur. Le piano chez Michel pourra être celui sur lequel Juliette jouera à quatre avec lui, la main sur l’épaule vaut plus qu’un baiser, le plan en contre-plongée dans les escaliers à côté de l’ange vient souligner la béatitude dans laquelle baigne le couple. Et la dernière réplique « Je suis là » vient contredire le « je suis loin » et détruit l’image de l’absente.


 

Le dernier symbole se trouve dans le titre du film, qui annonce intrinsèquement : « Jamais je ne t’oublierai ». La Claire Fontaine constitue le fil rouge du film, le repère explicitant l’évolution de la relation entre les deux sœurs qui ne se sont jamais oubliées. Il y a d’abord le capitaine Fauré qui fait le constat désolant des fontaines qui disparaissent des places. Et la famille Fontaine est explosée, le père est mort, la mère a Alzheimer, les deux sœurs se sont perdues de vue ; la source est tarie. Mais c’est sur la place d’Alliance que Juliette et Léa parleront de leurs parents, place avec une fontaine. De la place Stanislas, on ne verra que les grilles et l’arrière d’une fontaine d’angle. Philippe Claudel va jusqu’à mettre une fontaine Culligan dans un arrière-plan.

La comptine de La Claire Fontaine rappelle à Juliette et Léa leur enfance, l’époque où elles étaient unies. Juliette réintègre la famille et reprend son rôle de mère en apprenant à P’tit Lys à jouer au piano. Cet apprentissage à quatre mains qui se profile au fur et à mesure dresse un parallèle avec les liens qui se tissent entre Léa et Juliette. L’aboutissement aura lieu quand les deux joueront côte à côte, s’associant dans un but commun, la beauté d’une comptine, deux mères s’unissant pour une chanson d’enfant.

A la fin, les deux sœurs pleurent l’une dans les bras de l’autre. La caméra s’en va filmer un carreau sur lequel les gouttes de pluie s’écrasent doucement, les larmes s’oubliant dans l’averse qui vient laver la culpabilité et le secret. La vie des Fontaine peut enfin recommencer. Mais comme pour le « merci » de la surprise d’anniversaire, le plan sur les larmes de la fenêtre est coupé trop vite (voir K. Kieslowski pour le temps nécessaire à la contemplation).

 

Film sur la culpabilité et l’expiation, Il y a longtemps que je t’aime n’est pas centré sur le deuil ou les liens familiaux. C’est avant tout l’histoire d’une femme qui doit répondre de ses actes, mais devant elle seule. C’est le conflit entre l’amour d’une mère pour son fils et l’horrible rationalité d’une médecin qui veut abréger les souffrances de l’être qu’elle aime le plus au monde. Toute cette dualité se résume dans le poème de Pierre. On lit l’amour et la vie écrits en rouge au dos de la science et de la mort écrits en noir.


Par Dirty Epic - Publié dans : Cinéma
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Samedi 22 novembre 2008

Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ont connu, mais c'était vraiment des gosses.

L'été 99, la 8ème saison de Summer of Love pour ceux qui ont suivi la série. L'été n'était pas exceptionnel, canicule signifiait encore "pratiquer l'amour anal avec un chien". Au milieu de ça tous les jeunes se faisaient chier sévère avec internet qui tournait à 56kps et une télévision à six chaînes. A cette époque les mp3 restaient sur les ordinateurs, et on voyait encore des livres sur les plages (recueils de blagues compris).

Voilà pour le contexte, dit-il avec sa subtilité proverbiale. Maintenant passons au personnage principal. Il s'appelle Eric ; il est jaune, poilu, il a des yeux en méat, et il a l'apparence d'une serpillère usagée. Flat Eric est le héros d'un clip stupidement ingénieux racontant le quotidien ennuyeux d'un singe (ou un truc comme ça) patron d'entreprise. A l'époque on pouvait se moquer des riches sans se faire licencier. Le petit Flat Eric était la création de Mr. Oizo, Quentin Dupieux de son vrai nom de pornstar. En fait Eric avait une tronche de gant de toilette (usagé également), mais il avait tellement une sale gueule que Biactol n'a jamais voulu de lui pour ses pubs. En revanche Levi's en a bien profiter, alors que Flat Eric ne porte même pas de pantalon. La musique s'appellait Flat Beat. De là à penser que Flat Eric avait une Flat bite, il n'y a qu'un pas. D'ailleurs il roulait en Flat Uno et la mélodie de la chanson était composée de Flat Ulances. Il paraît.

Flat Beat est un morceau que l'on pourrait qualifier de Pop Corn '99 ou de pré Crazy Frog, sauf que la bébête elle était pas numérique. Tout ça pour dire que la jeunesse du temps se faisait telllement chier que tout le monde s'est mis Flat Beat en tête et tous les magasins l'ont en tête de gondole. Ca se vendait comme des écrans plats, tout le monde avait le CD deux titres entre le cabillot qui décongelait et le pain cuit sur filet sous plastique.



La grosse surprise dans toute cette histoire, c'est que derrière cette marionnette se cachait un label techno, the label techno pour n'importe quel chauvin éléctronique. F Communications. France Communications. Euh non merde Fnac Communications. Comme quoi on peut être des vendus et rester indépendants. (enfin non, c'est plus compliqué que ça, mais si ça vous intéresse vous avez qu'à chercher tout seuls. Non mais.)

En 1994, F Com voyait le jour grâce à deux papas, Laurent Garnier et Eric Morand. Tiens, un Eric, Mr. Oizo ne cherchait-il pas à se foutre de la gueule de son patron par hasard ? Quand je pense à Flat Eric, je me demande toujours si Eric Morand avait conscience d'avoir un nounours à son effigie qui traînait dans la chambre de toutes les adolescentes prépubères de France. De la pédophilie par doudou interposé je dis. Bref passons.

Laurent Garnier, tout le monde le connaît, même la reine d'Angleterre (pour qui il a bossé). Il reste l'immortel auteur des célèbres Lard Fris, Ville Coloriée, ou encore l' Homme au visage rouge. Quand on sait qu'à l'origine ce DJ aurait du être forain, on se dit que la face du monde des auto tamponneuses aurait été changée. En fait on aura la musique électronique à la place. On ne peut pas tout avoir.



Tout ça pour dire que Mr. Oizo a rapporté plein d'argent à F Com qui s'est empressé de produire des tonnes de musiciens inconnus qui faisaient de la musique sans instruments (vraiment aucune notion de l'argent ceux là). Ensuite il a fallu sortir un album pour faire du blé sur le dos de Flat Eric. C'est la sortie d' Analog Worms Attack, dont le titre ne joue pas du tout sur le succès du tube et dont la pochette ne reprend même pas la tronche de Flat Eric. C'est dire si le monde de l'underground refuse d'attirer le grand public.

Ironie mise à part, l'album Analog Worms Attack est un album qui ne m'a jamais plus, faut vraiment aimer le hip hop sans parole et sans mélodie pour écouter ça (Jean il faudra que tu m'expliques comment ce disque peut être encore considéré comme un jalon dans l'électro, parce que là, je cale.) D'ailleurs l'album est tellement particulier que quand le dernier morceau arrive, Flat Beat, on a l'impression que c'est une chanson bonus genre remix.

Aujourd'hui Flat Beat est un système de mesure dans les concours de tuning pour savoir qui à les plus grosses basses. Comme quoi tous les héros meurent un jour.


En 2005 tout le monde a oublié Mr. Oizo, les peluches Flat Eric ont perdu leurs yeux en boutons, les poils jaunes sont tombés, et les gamines qui l'avaient dans leur chambre on désormais onze boyfriends chacune. Quentin Dupieux d'ailleurs veut reconquérir cette putafrange de la population en metttant sur la pochette de son nouvel album une poupée gonflable modèle homme. Manque de pot il a oublié qu'à 18 ans les filles n'aiment plus les poils qu'elles affectionnaient tant sur les peluches de leur enfance. Bref l'album Moustache ne plaît pas, d'ailleurs sur la pub il y avait une citation de Laurent Garnier (qui a dépensé de l'argent pour sortir cet album) qui disait : "ce disque est insupportable", c'est dire s'ils ont la notion de marketing chez F Com.



Pourtant, en une seule écoute, Moustache (Half a scissor) lave mieux les oreilles que deux barils de disques ordinaires. Les instrus sont graves au sens propre comme au sale, et en plus d'être très travaillés, ils sont très polis. Par exemple ils nous disent souvent bonjour : "hello hello whoever you are, this is computer music". Merci Mr Oizo pour tant de sollicitude.

Dans Moustache il n'y a pas un seul single sortable puisque tous les morceaux vivent les un avec les autres, se suivent sans se ressembler ; d'ailleurs la musique de Mr. Oizo ne ressemble à rien, on a l'impression qu'il y a 16 disques qui tournent en même temps dans un style hip-pop-glitch-cut-bleep. Si vous ne savez pas ce que c'est tant pis pour vous.


2008, retour inattendu de Quentin Dupieux. On le pensait rangé des disques depuis qu'on l'avait vu (derrière la caméra) de Steak. Steak est un film où Michael Jackson (période 1984) joue le rôle de Ramzy et ou Flat Eric joue son propre rôle. Ce film est un peu Moustache en image, ça part dans tous les sens, tous les codes traditionnels qu'on connaît sont découpés pour faire un style comédie-horreur-science fiction-buddy movie-retro. En fait ouais c'est ça, mais avec des images.



Si la vie de Mr Oizo était d'être assis sur une branche de l'arbre de F Com, on peut dire qu'il a dû se casser la gueule cette année. Moi qui suit l'actualité de la musique électronique avec assiduité, j'ai trouvé plutôt étrange que le nouveau Mr. Oizo sorte chez Ed Banger, label de Pedro Winter, responsable de Justice. Devant ma surprise et derrière mon écran j'ai fait deux trois recherches, et je vois que F Com n'a plus rien sorti depuis mars 2008. Pour un arbre, ça sent le sapin... Sur leur site, rien ne parle de mort, aucun magazine n'en parle, ne s'inquiète, seuls quelques blogs posent la question, sans réponse...

Sauf que cette semaine un F Communiqué (le jeu de mot n'est pas de moi) est tombé : 


Lors de la célébration de son 7éme anniversaire, le logo de F Communications s’était transformé en un arbre

bourgeonnant avec de multiples rameaux et bourgeons.

En avance sur son époque, le label avait exploré la diversité des musiques électroniques et aussi une vision ouverte (360° avant l’heure) du rôle d’un label.
7 ans plus tard le label a perdu des feuilles. L’automne est arrivé progressivement. Le label est entré dans un lent engourdissement après avoir poussé pendant 14 ans et écrit les premières pages de l’histoire des labels électro en France.
L’arbre qui doit affronter l’hiver laisse tomber ses feuilles et les branches mortes. L’arbre, lui-même, n’est pas mort. La sève est toujours dans son tronc et dans les branches les plus fortes. Un redoux, les rayons du soleil, une nouvelle vigueur et on pourrait voir de nouveaux bourgeons.


Ca fait mal au coeur, ils auraient pû mettre "ni fleurs ni couronnes" tant qu'à rester dans la métaphore naturelle, parce qu'avec le réchauffement climatique, les arbres auront du mal à passer l'hiver.


Lambs Angers est sorti lundi :


Une image vaut plus que mille discours, et ici, Flat Eric Morand se fait massacrer l'oeil dans une torture buñuelesque. Flat Com n'a pas fini de souffrir, il contemple, immobile, le nouveau succès de ce qui a été sa poule aux oeufs d'or, poule qui est tournée en ridicule dans le titre Lambs Anger. Tout ça sent l'amertume. Le morceau Positif nous offre ces paroles lues par un ordinateur : "Arrêtez de vous reproduire. Vous êtes des animaux". L'interview de Mr Oizo dans le Trax de novembre est éloquente ; il crache à la gueule de tout le monde, ceux qui réussissent, ceux qui ratent, il descend Ed Banger et Justice, il descend le monde de la techno, il parle comme un vieux con qui écrit pourtant la musique d'aujourd'hui. Car à ce jour Mr. Oizo signe son meilleur album, dance-house-funk-glitch-bleep ; il relègue Justice au rang de groupe rock FM 80's avec permanentes et baskets montantes.

Des titres comme Positif, Two takes it et Gay Dentists sont des tueries dancefloor, les autres sont des hits R&B funk en puissance. Mais comme ya pas de meuf à gros seins pour chanter, Mr Oizo ne retrouvera pas le succès des supermarchés.


Alors qu'un ordinateur répète sans cesse Bruce Willis is dead, on se surprend à penser à la musique d'aujourd'hui et on se dit :


"F Com is dead".



Myspace pour écouter : Mr Oizo












Par Dirty Epic - Publié dans : Musique
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Mardi 28 octobre 2008
    Dans la vie il y a des événements que l'on garde en nous, comme quand on découvre qu'il n'y a aucune petite souris, qu'elle a été inventée par les adultes pour nous cacher l'horrible vérité du vieillissement, de la décrépitude et que, malgré l'agitation générale de l'humanité, on finit tous six pieds sous terre.

    Je me souviens du grand frère d'un ami d'un ami, qui, au détour d'une conversation sur l'origine du monde, m'expliquait qu'il était anachiste, et que l'un des concepts que combat l'anarchie était le concept d'argent. J'avais douze ans et un punk sans cheveux me présentait un monde meilleur où l'argent n'existait pas. J'étais choqué par cette conception purement fantaisiste d'un monde reposant uniquement sur le troc et les services rendus. Je n'ai pas fait de cauchemar, mais ce concept aberrant de monde sans argent m'a poursuivi, j'en ai même parlé à un prof de prépa (m. Guérin pour les connaisseurs) qui m'avait rassuré en me disant que ce ne serait pas viable.
    M. Guérin m'a enseigné la crise de 29, les brouettes de billets qu'on voyait en photo dans les bouquins d'histoire, les riches qui sautaient, les pauvres qui coulaient. Et puis j'ai oublié tout ça, la vie, les loisirs tout ça.
    En bon homo internetis, je ne vais sur le net qu'avec ma carte bancaire posée sur un coin du bureau, histoire de ne pas passer à côté des affaires en or d'E bay, de CDiscount, ou de Alapage, dont le principe est de toujours offrir des réductions sur ce qu'on achète après. Le principe étant que pour être gagnant, il ne faut pas acheter, mais j'ai mis du temps et de l'argent à comprendre. Etre consommateur demande peu de réflexion en fait, surtout il ne faut réfléchir, sinon on n'achète plus rien.
    Quand on travaille, qu'on gagne sa vie honnêtement en faisant travailler des enfants (oui travailler dans une école, c'est un peu comme travailler dans une usine Nike, sauf qu'on n'a pas de fouet), on oublie un peu toutes ces histoires d'argent et de comment ça marche. On en a alors on le dépense.

    Et puis un jour, alors que je ne suivais plus l'actualité parce que je n'ai plus de radio dans la cuisine pour accompagner mes chocapic des informations de Nicolas Demorand, j'ai découvert sur mes fora habituels, non pas les dernières sorties ciné ou musique, mais un sujet traitant de la crise. Crise de quoi ? Alors je lis en diagonale (comme chez le coiffeur) et je croise les mots "bourse" "subprimes" "crédits" "récession" et plein d'autres trucs qui font que je n'ai jamais aimé l'économie. Je n'aime pas l'économie ni même les économies. Ma mère dit d'ailleurs que je n'aime pas l'argent tellement je vais vite pour le dépenser. Quels que soient les fora, les liens mènent toujours vers des micro scandales, untel gagne tant, untel refuse son golden parachute mais multipliait son salaire tous les ans... bref du Canard Enchainé sur internet. Et puis au détour d'un lien je suis tombé sur ce dessin animé.
    Le "documentaire" que vous êtes sur le point de visionner (si vous avez 52 minutes et un écran devant vous), est réalisé avec des clips arts empruntés à Word 95 ; il ressemble à l'animation PowerPoint que Corrine de la compta s'amuse à faire pour dire à ses collègues que la vie est belle et que le chatons c'est trop mignon, mais il détruit totalement le mythe de la souris qui vous apporte une pièce en échange d'une dent. Parce que la souris, on ne sait pas où elle prend sa pièce et ni ce qu'elle fait de nos dents.


Par Dirty Epic - Publié dans : Les constats alarmants
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Mardi 21 octobre 2008

Elle nous a quittés...




Trop tôt, elle aurait pu être centenaire.


Erratum : sur notre précédente couverture, une coquille s'était subtilement glissée, il fallait bien lire "quittés" et non "quitté", mais comme cette règle de français est l'une des plus chiantes et des plus inutiles qui soit, aucun des mes lecteurs (qui ont pourtant un sens linguistique et une culture largement au dessus de la moyenne nationale puisqu'ils lisent le Bulletin Tamard) n'a relevé cette grossière erreur putain de merde.
Le comité de relecture de l'auteur (soit le chancelier d'Alpasyrie) sera privé de dessert parce qu'il n'a même pas relevé.


ALx té ViRé, amL L é + fOrtE ke TOa !!!!!!
(JKonPren Pk i zéCriV tOuss KoM sA, Pa bZoiN 2 rELiR loooooooooooll !!!!!)
Par Dirty Epic - Publié dans : Les constats alarmants
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Playlist

Musique :
Underworld - The Bells The Bells
Brian Eno - Another Green World
Melissa Mars - Et Alors ?


Livres :

Fini : C. Ware, Jimmy Corrigan
Actuellement : Mutafukaz, It Came From the Moon
Après: S. Larsson, Trilogie Millenium

Ciné :
D. Fincher, L'étrange histoire de Benjamin Button
s. Mendes, les Noces rebelles
D. Boyle, Slumdog Millionnaire

DVD :

P. Anderson, Resident Evil
C. Carter, X Files Regeneration (c'est très nul)
Charlie Brooker; Dead Set (5 épisodes)
 
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