F Com...euh l'Oizo

Publié le par Dirty Epic

Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ont connu, mais c'était vraiment des gosses.

L'été 99, la 8ème saison de Summer of Love pour ceux qui ont suivi la série. L'été n'était pas exceptionnel, canicule signifiait encore "pratiquer l'amour anal avec un chien". Au milieu de ça tous les jeunes se faisaient chier sévère avec internet qui tournait à 56kps et une télévision à six chaînes. A cette époque les mp3 restaient sur les ordinateurs, et on voyait encore des livres sur les plages (recueils de blagues compris).

Voilà pour le contexte, dit-il avec sa subtilité proverbiale. Maintenant passons au personnage principal. Il s'appelle Eric ; il est jaune, poilu, il a des yeux en méat, et il a l'apparence d'une serpillère usagée. Flat Eric est le héros d'un clip stupidement ingénieux racontant le quotidien ennuyeux d'un singe (ou un truc comme ça) patron d'entreprise. A l'époque on pouvait se moquer des riches sans se faire licencier. Le petit Flat Eric était la création de Mr. Oizo, Quentin Dupieux de son vrai nom de pornstar. En fait Eric avait une tronche de gant de toilette (usagé également), mais il avait tellement une sale gueule que Biactol n'a jamais voulu de lui pour ses pubs. En revanche Levi's en a bien profiter, alors que Flat Eric ne porte même pas de pantalon. La musique s'appellait Flat Beat. De là à penser que Flat Eric avait une Flat bite, il n'y a qu'un pas. D'ailleurs il roulait en Flat Uno et la mélodie de la chanson était composée de Flat Ulances. Il paraît.

Flat Beat est un morceau que l'on pourrait qualifier de Pop Corn '99 ou de pré Crazy Frog, sauf que la bébête elle était pas numérique. Tout ça pour dire que la jeunesse du temps se faisait telllement chier que tout le monde s'est mis Flat Beat en tête et tous les magasins l'ont en tête de gondole. Ca se vendait comme des écrans plats, tout le monde avait le CD deux titres entre le cabillot qui décongelait et le pain cuit sur filet sous plastique.



La grosse surprise dans toute cette histoire, c'est que derrière cette marionnette se cachait un label techno, the label techno pour n'importe quel chauvin éléctronique. F Communications. France Communications. Euh non merde Fnac Communications. Comme quoi on peut être des vendus et rester indépendants. (enfin non, c'est plus compliqué que ça, mais si ça vous intéresse vous avez qu'à chercher tout seuls. Non mais.)

En 1994, F Com voyait le jour grâce à deux papas, Laurent Garnier et Eric Morand. Tiens, un Eric, Mr. Oizo ne cherchait-il pas à se foutre de la gueule de son patron par hasard ? Quand je pense à Flat Eric, je me demande toujours si Eric Morand avait conscience d'avoir un nounours à son effigie qui traînait dans la chambre de toutes les adolescentes prépubères de France. De la pédophilie par doudou interposé je dis. Bref passons.

Laurent Garnier, tout le monde le connaît, même la reine d'Angleterre (pour qui il a bossé). Il reste l'immortel auteur des célèbres Lard Fris, Ville Coloriée, ou encore l' Homme au visage rouge. Quand on sait qu'à l'origine ce DJ aurait du être forain, on se dit que la face du monde des auto tamponneuses aurait été changée. En fait on aura la musique électronique à la place. On ne peut pas tout avoir.



Tout ça pour dire que Mr. Oizo a rapporté plein d'argent à F Com qui s'est empressé de produire des tonnes de musiciens inconnus qui faisaient de la musique sans instruments (vraiment aucune notion de l'argent ceux là). Ensuite il a fallu sortir un album pour faire du blé sur le dos de Flat Eric. C'est la sortie d' Analog Worms Attack, dont le titre ne joue pas du tout sur le succès du tube et dont la pochette ne reprend même pas la tronche de Flat Eric. C'est dire si le monde de l'underground refuse d'attirer le grand public.

Ironie mise à part, l'album Analog Worms Attack est un album qui ne m'a jamais plus, faut vraiment aimer le hip hop sans parole et sans mélodie pour écouter ça (Jean il faudra que tu m'expliques comment ce disque peut être encore considéré comme un jalon dans l'électro, parce que là, je cale.) D'ailleurs l'album est tellement particulier que quand le dernier morceau arrive, Flat Beat, on a l'impression que c'est une chanson bonus genre remix.

Aujourd'hui Flat Beat est un système de mesure dans les concours de tuning pour savoir qui à les plus grosses basses. Comme quoi tous les héros meurent un jour.


En 2005 tout le monde a oublié Mr. Oizo, les peluches Flat Eric ont perdu leurs yeux en boutons, les poils jaunes sont tombés, et les gamines qui l'avaient dans leur chambre on désormais onze boyfriends chacune. Quentin Dupieux d'ailleurs veut reconquérir cette putafrange de la population en metttant sur la pochette de son nouvel album une poupée gonflable modèle homme. Manque de pot il a oublié qu'à 18 ans les filles n'aiment plus les poils qu'elles affectionnaient tant sur les peluches de leur enfance. Bref l'album Moustache ne plaît pas, d'ailleurs sur la pub il y avait une citation de Laurent Garnier (qui a dépensé de l'argent pour sortir cet album) qui disait : "ce disque est insupportable", c'est dire s'ils ont la notion de marketing chez F Com.



Pourtant, en une seule écoute, Moustache (Half a scissor) lave mieux les oreilles que deux barils de disques ordinaires. Les instrus sont graves au sens propre comme au sale, et en plus d'être très travaillés, ils sont très polis. Par exemple ils nous disent souvent bonjour : "hello hello whoever you are, this is computer music". Merci Mr Oizo pour tant de sollicitude.

Dans Moustache il n'y a pas un seul single sortable puisque tous les morceaux vivent les un avec les autres, se suivent sans se ressembler ; d'ailleurs la musique de Mr. Oizo ne ressemble à rien, on a l'impression qu'il y a 16 disques qui tournent en même temps dans un style hip-pop-glitch-cut-bleep. Si vous ne savez pas ce que c'est tant pis pour vous.


2008, retour inattendu de Quentin Dupieux. On le pensait rangé des disques depuis qu'on l'avait vu (derrière la caméra) de Steak. Steak est un film où Michael Jackson (période 1984) joue le rôle de Ramzy et ou Flat Eric joue son propre rôle. Ce film est un peu Moustache en image, ça part dans tous les sens, tous les codes traditionnels qu'on connaît sont découpés pour faire un style comédie-horreur-science fiction-buddy movie-retro. En fait ouais c'est ça, mais avec des images.



Si la vie de Mr Oizo était d'être assis sur une branche de l'arbre de F Com, on peut dire qu'il a dû se casser la gueule cette année. Moi qui suit l'actualité de la musique électronique avec assiduité, j'ai trouvé plutôt étrange que le nouveau Mr. Oizo sorte chez Ed Banger, label de Pedro Winter, responsable de Justice. Devant ma surprise et derrière mon écran j'ai fait deux trois recherches, et je vois que F Com n'a plus rien sorti depuis mars 2008. Pour un arbre, ça sent le sapin... Sur leur site, rien ne parle de mort, aucun magazine n'en parle, ne s'inquiète, seuls quelques blogs posent la question, sans réponse...

Sauf que cette semaine un F Communiqué (le jeu de mot n'est pas de moi) est tombé : 


Lors de la célébration de son 7éme anniversaire, le logo de F Communications s’était transformé en un arbre

bourgeonnant avec de multiples rameaux et bourgeons.

En avance sur son époque, le label avait exploré la diversité des musiques électroniques et aussi une vision ouverte (360° avant l’heure) du rôle d’un label.
7 ans plus tard le label a perdu des feuilles. L’automne est arrivé progressivement. Le label est entré dans un lent engourdissement après avoir poussé pendant 14 ans et écrit les premières pages de l’histoire des labels électro en France.
L’arbre qui doit affronter l’hiver laisse tomber ses feuilles et les branches mortes. L’arbre, lui-même, n’est pas mort. La sève est toujours dans son tronc et dans les branches les plus fortes. Un redoux, les rayons du soleil, une nouvelle vigueur et on pourrait voir de nouveaux bourgeons.


Ca fait mal au coeur, ils auraient pû mettre "ni fleurs ni couronnes" tant qu'à rester dans la métaphore naturelle, parce qu'avec le réchauffement climatique, les arbres auront du mal à passer l'hiver.


Lambs Angers est sorti lundi :


Une image vaut plus que mille discours, et ici, Flat Eric Morand se fait massacrer l'oeil dans une torture buñuelesque. Flat Com n'a pas fini de souffrir, il contemple, immobile, le nouveau succès de ce qui a été sa poule aux oeufs d'or, poule qui est tournée en ridicule dans le titre Lambs Anger. Tout ça sent l'amertume. Le morceau Positif nous offre ces paroles lues par un ordinateur : "Arrêtez de vous reproduire. Vous êtes des animaux". L'interview de Mr Oizo dans le Trax de novembre est éloquente ; il crache à la gueule de tout le monde, ceux qui réussissent, ceux qui ratent, il descend Ed Banger et Justice, il descend le monde de la techno, il parle comme un vieux con qui écrit pourtant la musique d'aujourd'hui. Car à ce jour Mr. Oizo signe son meilleur album, dance-house-funk-glitch-bleep ; il relègue Justice au rang de groupe rock FM 80's avec permanentes et baskets montantes.

Des titres comme Positif, Two takes it et Gay Dentists sont des tueries dancefloor, les autres sont des hits R&B funk en puissance. Mais comme ya pas de meuf à gros seins pour chanter, Mr Oizo ne retrouvera pas le succès des supermarchés.


Alors qu'un ordinateur répète sans cesse Bruce Willis is dead, on se surprend à penser à la musique d'aujourd'hui et on se dit :


"F Com is dead".



Myspace pour écouter : Mr Oizo












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Shin 02/01/2009 00:04

Bonsoir,Je souhaite une excellente année et une longue vie dans la blogosphère à tous les membres de ma communauté cinéphile !Amicalement,Shin.

Antoine 25/11/2008 21:15

Bizarrement, j'ai vu passer cette info il y peu...Peut être sur le site Fcom...
Bien écrit, ça fait plaisir de te relire...surtout quand tu traites de musique.

Jean 24/11/2008 10:32

Je t'expliquerai un jour. Sinon ton texte est très beau, même si je suis pas toujours d'accord.