Ca fait 12 ou 13 ans que j'ai Internet et ces derniers temps j'ai de moins en moins envie de découvrir de nouvelles choses. Je bloque sur ce que je connais déjà (trop ou pas assez), et quand il s'agit de découvrir, explorer, me changer d'air, je ne trouve rien de mieux que les films sur support DVD et les livres sauvegardés sur papier relié. Pas de VOD, pas de dématérialisation ni d'e-reader. Je suis resté coincé à la fin des années 90 et j'ai l'impression que le reste du monde n'a pas envie de m'attendre.
Les années 2000 sont un tel bouleversement que ma mère a un iPad et que je n'en veux pas. Mais je ne vais pas lui en vouloir, ceux à qui j'en veux ce sont les professionnels du cinéma, et en particulier ceux de la distribution. Il s'est passé un truc dans le train de l'évolution numérique, celui-ci devait rouler, écraser et réduire en bouillie les blu rays qui sont totalement contre-nature dans l'évolution du cinéma, et au lieu de ça maintenant on a du 3D en veux-tu - non - en voilà quand même. Au début ça m'énervait, maintenant je suis triste.
Pour voir un film correctement je ne sais même plus ou aller à part rester chez moi. Avant j'allais dans les caméos, j'habitais en ville et j'avais des tarifs étudiant très avantageux ; maintenant aller au cinéma c'est payer le parking, payer sa place chère et aller dans une salle dont le confort est douteux et le son de piètre qualité. Du coup j'ai couché avec l'ennemi, je me suis dit "au moins pour le confort les kinépolis sont garnis, en plus pour le son, je vais en prendre pour mes acouphènes". Sauf qu'en un an j'ai vu ma passion pour le cinéma dans un cinéma décliner comme une pellicule qui brûle dans le projecteur (chose vue dans un Caméo).
Mes dernières expériences cinématographiques en salle furent des échecs, non pas que les films soient mauvais, mais que les projections furent catastrophiques. Je vais cartonner Kinépolis à qui je pense je ne donnerai plus de sous pour les raisons suivantes :
Avant, on pouvait voir des navets au cinéma, mais ils étaient en deux dimensions.
- Le choix des films projetés en HDDC est très douteux (préférer la copie numérique aux Petits Mouchoirs plutôt qu'à Inception par exemple)
- Le nombre des faux départs est aberrant : le projectionniste lance une bobine sans vérifier si c'est le bon film, j'ai par exemple vu deux fois l'introduction de Pour Elle (et ça je l'ai vécu au moins 5 fois, soit prêt de 30% de mes films cette année).
- Il n'y a plus de caissier (personnellement je m'en fiche, mais disons que ça faisait un peu de boulot quand même), les billets sont contrôlées par les marchandes de friandises qui désormais sont caissières friandise-billet-contrôleuse-sécurité.
- Les projections sont de mauvaise qualité : deux exemples et deux films très récents : The Social Network avec de gros problèmes de sons rendant inaudibles 5 minutes de dialogues, et Biutiful dans la pellicule était mal placée, voilée et le bas du film fut projeté au sol. Je vous jure que j'ai hurlé dans le hall, et ce qui m'a fait plaisir c'est que je n'étais pas seul.
- Enfin dernière colère et de loin la pire, car tous les cinémas sont concernés : une augmentation des prix pour "contrebalancer les pertes dûes au piratage". Donc je paie ma place pour payer celle de celui qui ne la paie pas et qui regarde un screener baveux sur un écran 13 pouces (en même temps lui n'aura pas la pellicule qui sautera toutes les 5 minutes).
Je vais imaginer la réponse de monsieur Kinépolis à tous mes griefs :
"Vous savez monsieur, l'avenir du cinéma est numérique, vous savez combien il faut de kilos de graisse de boeuf pour faire une pellicule qui sert à filmer et à distribuer ? Donc nous vous faisons payer très cher pour équiper les salles en numérique et en 3D, mais ne comptez pas sur nous pour baisser les prix une fois cette transition terminée, parce qu'une fois toutes les salles en numérique il suffira d'un seul bonhomme pour projeter tous les films, et plus besoin de changer de bobine, et plus besoin de faire des centaines de copie, puisqu'un seul bonhomme garnira un disque dur avec les films de la semaine, et plus besoin non plus de distribuer les copies, puisque chaque cinéma pourra les télécharger avec leur super méga serveur top secret. Ainsi nous auront des coûts de fonctionnement extrêmement faibles et nos marges seront bien plus fortes. Et si vous croyez que tout cet argent ira à la production de nouveaux films, vous avez tout à fait raison, nous pourrons enfin réaliser Astérix 4 en 3D."
Si je perds foi en l'humanité ? Oui, un peu.
Mais hier j'ai assisté à Suivront mille ans de calme le dernier ballet d'Angelin Preljocaj, et pour 15€ la place (soit film x2) j'ai vu vingt danseurs se déchaîner, se faire plaisir, nous donner du plaisir, nous faire vibrer, nous exciter, nous faire peur, et j'ai retrouvé dans la vie quelque chose que j'avais oublié, un sentiment que je n'ai sans doute jamais exprimé, et en tout cas jamais écrit.
La Grace.


Dans un
monde parfait Ladyhawke serait sur le plateau de la Star Ac' et en rotation sur Virgin Radio (je l'ai entendu une fois à Cora, rien n'est perdu). Ladyhawke est une vingtenaire comme moi qui a
oublié de grandir après les années 80, comme moi aussi. Quand elle était petite elle écoutait Blondie, INXS, Depeche Mode, Nena, et ça s'entend ; elle aime les refrains grandiloquents, les
arrangements putassiers, les envolées lyriques à la guitare. Il paraît que la petite Australienne a un début d'autisme, mais c'est le grain de folie qui fait les grands
artistes.
Sur la pochette on peut lire que la plupart des morceaux ont été écrits entre 2004 et 2006. Un vieux truc donc qui a eu le temps d'être pillé par Timbaland et 50Cents avant sa sortie. Je me
souviens il y a deux ans sur un CD de Trax, un obscure groupe qui remixait les Klaxons pour un truc hyper péchu tout en sirènes, sons stridents et rythmes compressés. J'avais craqué dessus. Ben
en fait c'était eux, un rouleau compresseur digital qui défonce les tympans sur son passage, alors ça passe ou ça casse, mais si vous aimez le rock qui démonte, voici le versant électronique de
la guitare électrique.
Je dois le
reconnaître, je ne suis pas impartial. MAIS, comment expliquer qu'une BO non sortie suscite autant d'attente ? En un an on a eu droit à plus leeks "officiels" (dont un de John Murphy himself), et
au moins trois fakes ? 20th Century Fox a senti un peu tard qu'ils étaient en train de perdre de la thune dans cette histoire donc ils ont sorti l'album sur itunes en 128kps (oui, on est en 2008,
c'est comme de sortir un 78 tours). Enfin bref, il est là il est beau, il fout des frissons dans le dos tellement les cordes sont tendues à faire pleurer des cordes. Une grande musique de film où
l'association instrumental/électronique est parfaite.
2007 avait sonné le glas de
l'union NIN avec Universal, Trent Reznor était tout content d'annoncer le divorce de 2008. Dans son élan il sort un double album instrumental. Quatre paysages, quatre ghosts qui se développent en
9 pistes à chaque fois. Disponible en plein de versions différentes (du téléchargement au coffret dédicacé à 300$), chaque piste est accompagnée d'une photo, Trent Reznor est l'un des premier à
inventer la pochette évolutive pour chaque mp3. A l'heure du tout numérique il est toujours très fort. Musicalement on retrouve du grand NIN, tout en retenue, du piano, des guitares qui hurlent,
mais toujours en silence. Les mélodies priment, les arrangements, les accidents, tout est ciselé pour nos oreilles. Surprise inattendue vendue seulement sur nin.com, Reznor a ensuite fait un
cadeau à ses fan en offrant "The Slip" (le nom est nul) gratuitement au téléchargement "this one is on me". La classe.
L'année
dernière c'était Chromatics, cette année ce fut Glass Candy. Le label Italians Do It Better a remis au goût du jour l'italo disco et les années 80, Sébastien Tellier s'est engouffré derrière, en
moins bien, mais Glass Candy c'est beau, c'est triste, c'est 80's, c'est trompette numérique, tellement rétro qu'ils reprennent Kraftwerk sans complexe.
Cauchemar des femmes, rêve des hommes, Scarlett Johansson a tout pour plaire. Depuis Match Point les clubs de ping pong ne désemplissent pas. Quand on l'entend pousser la voix dans
Deux soeurs pour un roi ça fait un peu peur, dans Lost In Translation elle est déjà plus craquante avec sa voix cassée. Et là pour un premier album elle décide de reprendre des standards
de Tom Waits. Country très amérique profonde (pléonasme) avec voix brûlée au whisky. J'aime Tom Waits comme acteur, pas comme chanteur... J'aime Scarlett Johansson, tout court.
Sortie
discrètement pendant l'hiver 2008, cet album est vraiment chaud, avec des basses rondes à faire trembler les dents des vieux, une voix suave toute en douceur. C'est un peu dansant, mais c'est
surtout très cotonneux, ouaté, super beau, parfois un poil triste, mais la voix d'Astrid nous emmène toujours vers des sphères éthérées pleines d'un soleil qui brille même à deux heures du matin.
La house, la vraie, sans filtre, non coupée. La nuit sera longue.
Retour
franchement attendu, l'album sera adoré par les fans de rock, démonté par les fans d'électro, ils étaient forcément sur la sellette. La voix de Beth Gibbons est toujours aussi belle, frémissante,
la musique est cependant moins chaude, loin des crépitements et des scratches qui les ont rendus célèbres. Mais les atmosphères restent feutrées, vaporeuses. S'il existe un équivalent musical au
film noir, Portishead a écrit son Faucon Maltais.
Après des
errances destructurées, flirtant avec l'accident rythmique et la mélodie aléatoire, Autechre continue de construire un monde où rien ne se répète. Tout est bancal en tenant droit.Ici, ou plutôt
nulle part, l'humain n'a aucun droit de citer, c'est la machine qui règne en maître sur 20 morceaux-diamants, encore tranchants. Dans un monde instable, Autechre est l'architecture invisible qui
maintien tout. Les machines parlent, aiment, pleurent, rient, écoutez les.
Le XXIe
siècle a offert à la musique le métissage, la "fusion" comme on disait en 90. Maintenant tout va avec tout, on peut mixer Britney avec Aphex Twin et ça passe tout seul. Pyramids a tenté
l'impossible (où presque puisque c'est possible) de mêler du Shoegazing (My Bloody Valentine) à du Black Metal (Dimmu Borgir). Entre double pédale et larsen de guitares, la voix vacille entre le
guttural satanique et l'envolée aigue et lyrique. C'est beau et violent comme un crash d'avion, il y a des morts mais c'est puissant, on ne peut rien faire, juste attendre en brûlant dans les
débris.
Quand j'ai écouté leur premier single, Couleurs, je me suis dit : "ils ont réussi à
compiler en 8 minutes l'équivalent de 20 ans de musique." Car après un début house 80's très "Chicago", on passe par l'ambient de Brian Eno, la pop de Kate Bush, le rock de Cure, la new wave de
Propaganda, le R&B de Timbaland. J'exagère un peu, mais sur l'album on a tout ça (encore une influence 80's évidente). Si M83 reste le meilleur "groupe" (Anthony Gonzales est seul maître à
bord) de rock en France, c'est parce qu'ils chantent en anglais. Mais il y a aussi un song writing de qualité, des synthés à faire pleurer JM Jarre, et des guitares qui font des solos comme dans
New Order. Et pour ses envolées (encore), ses nappes épiques qu'on a envie de chevaucher jusque à tomber dans le soleil couchant. ou dans les étoiles juste à côté. Pour tout ça M83 reste
supérieur à tout rocker actuel, même si au départ c'est de l'ambient électronique. Comme quoi il n'y a pas de mauvais chemin pour arriver aux bonnes choses.
Pour plus d'information se référer à l'article de novembre dernier. Je vais
quand même pas me répéter pour dire que Mr Oizo c'est trop de la balle et que les pensionnaires de l'Hospice de Saint Mort dans les fossés danse nt encore sur les beats de Positif.
La France mène la danse en matière de techno, encore. Kiko c'est le son
de Grenoble, et le grand ami de The Hacker et Miss Kittin. Avant cela il avait sorti un album sous le nom de Sinema, qui reste l'un des meilleurs albums house toutes périodes confondues. Sur
Slave of my mind, le son est plus sombre, s'approchant parfois de Depeche Mode, pas mal de sonorités electro aussi (au sens Anthony Rother du terme).
souvenez vous quand vous étiez gosse, vous chantiez les chansons
de Nitzer Ebb à tue-tête. (groupe EBM qui démonte tout) Et le temps a passé, vous avez oublié Douglas Mc Carthy le chanteur, il est devenu camé, rebut de rien. Vous, vous êtes mis à la musique
vous faites de la techno, et un jour vous rencontrez votre idole, Mc Carthy, et vous vous entendez pour faire un groupe ensemble. C'est le rêve un peu fou que vit Terence Fixmer, musicien lillois
qui sort son deuxième album avec son chanteur fétich
Même style que Fixmer / Mc Carthy, mais tirant plus vers la techno
tout en étant plus accessible. C'est techno, italo disco, sons de pistolasers et moustaches top moumouttes et boule à facettes.
Faux branleur de la musique, il a su populariser le retour de
l'italo disco avec des morceaux comme Sexual Sportwear ou Fingers of Steel. Après une grosse branlette autour du suicide français de l'Eurovision (Divine est un morceau de merde), Sébastien
Tellier est quand même un sacré compositeur qui s'est fait pomper partout (dans tous les sens du terme). Il est volontairement kitsch, et souvent avec talent. Mais souvent ça sent le camping en
Italie.
Ils sont deux, ils sont rockers, ils sont jeunes, ils
sont beaux et l'un des deux est une fille. On dirait une description de Eurythmics ou de plus récemment The Kills (la drogue et la déchéance en moins). The Ting Tings c'est un mec à la batterie
et une blonde au chant, et c'est super dansant avec ses rythmes bien carrés
Katy Perry n'a pas inventé l'eau chaude, mais c'est justement
pour ça qu'on l'aime. Quand elle a sorti I Kissed A Girl, ma première réaction fut : "elle a piqué la basse dévastatrice de Monstertruckdriver de T.Raumschmiere !" Mais en fait personne
ne connaît Monstertruckdriver, mais tout le monde a dansé cet été sur Katy Perry (enfin, pas sur elle, sur sa chanson). Le reste de l'album fait très Avril Lavigne en fait (moins de skate plus de
sucre).
Elle a perdu 3 places depuis le dernier bilan annuel, mais bon,
c'est la seule avec NIN a avoir sorti deux albums coup sur coup. Blackout, qui est son meilleur album a ce jour, a été démonté dans tous les sens et Britney s'est fait motocultée une fois de
plus. Elle se fait changer quelques pièces, on retape la carrosserie, on refait la peinture, mais le résultat est moins fort. Malgré un Womanizer bulldozer, le reste ne suit pas.
Elle se place entre Britney et Katy Perry, ce qui permet d'imaginer un fantasme
sympa. Son clip est plutôt marrant, les sonorités sont 80's (encore) et le rapper ressemble à Peter Petrelli dans Heroes. C'est du R&B d'inspiration Timbaland, mais sans lui et c'est tant
mieux.




