Présentation

Recherche

Calendrier

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
Mercredi 5 mars 2008
Pour mon anniversaire j'ai souvent eu des cadeaux prestigieux. Bizarrement ce n'est  pas ma famille qui me gâte le plus, mais ce sont mes idoles. Pour vous donner quelques exemples : Underworld a sorti Beaucoup Fish le 2 mars 1999 (et c'est Meilleur Ami n°2 qui me l'a offert), Nine Inch Nails vient de sortir Ghosts I-IV le 2 mars 2008 (peut-être en parlerai-je si vous êtes sages). Mais le plus beau cadeau, ce fut le début de la diffusion de Dragon Ball le 2 mars 1988. Information qui vous semble inutile, pourtant elle a résonnance indéniable pour la suite de mon existence.

dragon-ball.jpg
Comme 74.6% des garçons de ma génération j'étais un téléspectateur assidu du Club Dorothée.  J'avais 6 ans et je suivais les aventures de Sangoku, enfant vivant seul dans la montagne depuis la mort de son grand-père. Sangoku  (dont la transcription Son Gokû eût été plus judicieuse) est un personnage suprenant dont les qualités sont souvent considérées comme des défauts dans la réalité. Il est inspiré d'un conte chinois, Le voyage en Occident,  dont le héros s'appelle  Sun Wukong, porte une queue de singe, et possède un bâton magique qui s'allonge à volonté et un nuage permettant de voler.

Sangoku est très fort, il se débrouille tout seul dans la forêt, chasse, pêche nature et tradition, et n'a aucun problème pour se balader à poil, manger du dinosaure ou ou attaquer une voiture parce qu'il pense qu'il s'agit d'un monstre. Car c'est là le défaut de Sangoku, il ne connaît rien à rien. Il est obligé de toucher le sexe pour distinguer les filles des garçons (on dit "faire panpan"), il est très naïf, croit que tout le monde est gentil, et comme il est très fort physiquement il pense que c'est le cas de tout le monde. C'est sa naïveté qui donnera le ton si particulier de la série. C'est l'histoire de l'enfant sauvage qui part à la découverte du monde, il a un oeil neuf, celui que tout adulte rêve de retrouver pour s'émerveiller de chaque chose.
db-la_legende_de_sheron.jpg L'histoire commence avec Bulma, une gosse de riche qui décide de voyager pendant l'été et qui recherche les dragon balls, 7 boules de cristal dispersées à travers le monde et qui, une fois réunies, permettent à l'aventurier de réaliser un voeu de son choix. Jusqu'ici rien de bien original, l'intrigue principale est tirée par un "Mc Guffin", l'objet que tout le monde convoite. Mais les personnages et les accessoires de Dragon Ball ont de quoi faire rêver, c'est là qu'Akira Toriyama, le mangaka, fait très fort. Oolong le cochon amateur de filles qui se transforme en ce qu'il veut pour piller les villages mais qui est trop pauvre pour subvenir aux besoins de ses femmes, Yamcha, le guerrier du désert, très puissant mais tout aussi timide, Gyumao le roi qui ne peut plus aller dans son chateau parce qu'il a pris feu quand il est parti en pic-nic, et surtout Tortue Géniale, un vieillard sénile, lubrique et peloteur qui est pourtant un maître des arts martiaux, détenteur du secret du Kaméhaméha, l'onde de choc que Sangoku arrive à refaire dès son premier essai. Kaméhaméha c'est le cri de guerre de tous les gosses entre 1990 et 1996. Tous se sont balancés des boules de neige ou de papier en se gueulant dessus KAMEHAMEHAAAAA !!!! Même mes parents connaissent tellement je les ai bassiné avec ça :
- Frédéric, tu peux me passer la salière ?
- Kaméhaméhaaaaaaaaa
(je ne décrirai pas la scène suivante où mon père, les cheveux plus sel que poivre me fait ramasser les grains un par un).

kam-hameha.jpg
En plus des objets de Sangoku (le nuage magique jaune qui vient à toi dès que tu l'appelles et le bâton magique indestructible), qui sont des vestiges du passé et porteurs de magie ancestrale, Bulma nous présente le gadget ultime, ce vers quoi tend toutes les tentatives de miniaturisation : les Capsules Corp. Une capsule de la taille d'ue clé USB peut contenir tout ce qu'on veut ! Il suffit de cliquer, de la lancer et apparaît au choix : une maison avec cuisine équipée et moto dans le garage, la collection intégrale des PUFU PUFU (les Playboy de Tortue Géniale), ou alors plein plein d'eau pour les villages asséchés.

La grande question des fans de Dragon Ball c'est : un être humain survivrait-il s'il était enfermé dans une capsule.

Quand un gagaball (surnom des fans de DB) parle de sa passion, le novice en face dira "ah les mecs avec les cheveux jaunes !". Je tiens à rectifier certaines croyances : Dragon Ball dure en tout 42 tomes, le 1er super guerrier apparaît au tome 27, ce qui fait seulement un tiers de cheveux jaunes. L'image a cependant marqué les générations 90's parce elle est passée au moment du succès du Club Dorothée.
Mais il y a beaucoup de préjugés que je vais faire disparaître sous vos yeux ébahis : Dragon Ball est une bande dessinée. Le dessin animé c'est du plus-produit, afin de gagner plus de public. La division Dragon Ball et Dragon Ball Z n'apparaît que dans les dessins animés, pour séparer l'enfance de Sangoku et sa vie adulte. Dragon Ball Z est un animé de piètre qualité et extrêmement lent car il ne fallait pas que l'histoire aille plus vite que la BD. Ainsi a-t-on des épisodes entiers de vent qui souffle, de regards de western, de krrrkrrrrr (crissement de dents Dragon Ball, typiquement japonais et impossible à refaire), et de discours du genre "je suis le maître de cette planète tu ne me vaincras pas" "tu as tué mon meilleur ami je vais le ressusciter je reviens et je te fais avaler tes dents".
Dragon Ball ce n'est pas pour les enfants, car il y a du sexe (le premier voeu au Dragon, c'est une culotte), de la violence (il y a beaucoup de sang qui gicle quand Tortue Géniale voit les seins de Bulma), et même un personnage homosexuel aux tendances pédophiles (mais c'est un méchant, la morale est sauve). Des gens comme Ségolène Royal se sont battus pour protéger nos chères têtes blondes de la violence nippone. Du coup tous les nichons nippons furent coupés. et Miyazaki fut mis au ban du dessin animé jusque 1994.

db1.png
Voilà, j'ai bien critiqué Dragon Ball Z maintenant je peux mieux aimer le dessin animé de mon enfance. Dragon Ball c'est l'histoire d'un enfant innocent mais qui sans le savoir traine un secret très lourd, il se transforme en gorille les nuits de plaine lune. Ca encore c'est pas trop grave, mais ce qui est triste c'est que c'est Sangoku lui-même qui a tué son grand-père sans le savoir. Je vous disais qu'il était naïf ; il pense que les hommes sont tous bons où finissent par le devenir. D'ailleurs, faisons le tour de ses amis, tous des ennemis au départ :
- Yamcha : première rencontre il lui tire dessus au fatal bazouka.
- Krilin : lui fait tous les coups de pute possible pour être bien vu de Tortue Géniale.
- Tenshin Han : Ennemi au tournoi des arts martiaux, élève du rival de Tortue Géniale.
- Piccolo : Démon ultime, tue Krilin et Tortue Géniale.
- Végéta : Tue beaucoup de monde, veut vaincre Sangoku à tout prix.
Sangoku c'est le mec qui fait que le monde est meilleur parce que tous ces gens deviendront de véritables amis. Piccolo deviendra une sorte de parrain pour le fils de Sangoku (Sangohan), Végéta, l'ennemi intime, représente l'image du macho pur qui refuse de s'avouer que l'amitié et le respect d'un autre homme est possible. La symbolique de cette homosexualité latente prendra toute sa mesure dans la scène de la fusion pour combattre le démon Bou ; les corps de Végéta et Sangoku s'unissent et ne font qu'un et en plus ils portent des boucles d'oreilles (et là ya 25 gagaballs qui vont hurler au scandale).
Vous l'aurez compris, dans la vraie vie, Sangoku serait un mec "trop bon trop con", mais dans Dragon Ball c'est un héros qui refuse le combat le plus souvent possible (j'ai 26 ans je ne me suis jamais battu, Sangoku à mon âge a foutu sa trampe à 90 personnes, je pense qu'il cherche un peu la merde quand même).
On distingue plusieurs aventures dans Dragon Ball, et ce n'est pas que du combat, d'ailleurs il y en a finalement peu (au début) :
- La quête des dragon balls
- La formation avec Tortue Géniale
- L'armée du Ruban Rouge (comme une armée fasciste se fait démonter par un gosse, mon histoire préférée)
- Le tournoi des arts martiaux
- Le démon Piccolo
- La revanche du démon Piccolo

SSj3.jpgAprès on a Dragon Ball Z et le scénario se résume à : Sangoku est le plus fort, le méchant se transforme, Sangoku se transforme en super guerrier, le méchant se transforme encore, Sangoku passe en super guerrier 2, le méchant se transforme encore, Sangoku passe en super guerrier 3 mais pas chez le coiffeur et flingue le méchant. C'est un peu à celui qui aura la plus grosse... de coiffure.
Dragon Ball est un récit initiatique plein de vertus éducatives. Sangoku nous apprend a ne pas juger à l'apparence, il nous montre pourquoi il faut respecter les anciens (Tortue Géniale est un guerrier de talent, un vrai professeur, mais obsédé). Il faut aussi se faire souffrance pour progresser, accepter de ne pas voir ses amis pendant des années pour être meilleur, avoir le sens du sacrifice (primordial dans DB) mais aussi savoir s'unir et prendre en compte les avis des autres (les conseils de Krilin à Sangoku le naïf).

De 6 à 15 ans j'ai regardé cette série, j'ai pris les BD en cours de route. L'image la plus ancienne qui m'a marqué, c'est Sangoku, Krilin et Bulma coincés dans une base sous-marine. Le bateau est en panne, et Sangoku fait un Kaméhaméha pour propulser ses amis à la surface. Il fait tout ça en ayant un rat dans la bouche (rat qui lui a sauvé la vie en effrayant le méchant homosexuel pédophile cité plus haut, le Général Bleu). Je me suis demandé longtemps pour cette scène en particulier et pas une autre ? En fait Sangoku utilise sa force d'attaque, mais il n'y a aucune attaque, il sauve les gens en utilisant la puissance ultime. Un peu comme si une bombe H pouvait sauver des vies.
Dragon Ball Z c'est aussi près de 60 cassettes VHS, enregistrées chaque mercredi matin, deux épisodes avec la pub et le Face-à-face-à-face entre les deux. J'avais latin et je me demandais comment Sangoku allait sauver ses amis de l'infame Freezer, autoproclamé Empereur de l'univers (c'est plus classe que nos dictateurs terriens !). En vacances j'ai hurlé de joie quand j'ai vu qu'il y avait une télé dans le chalet, il fallait que mes parents aillent au marché à 9h50, sinon ils auraient râlé.
Toutes les bonnes choses ont une fin, mais celle de Dragon Ball Z est arrivée plus tôt que prévue... le 29 août 1997 (celui qui a son anniversaire là il a pas de bol) le Club Dorothée arrête la diffusion. Je ne saurai jamais pourquoi. Mais imaginez une saga comme Urgences ou Friends et dont la fin n'a JAMAIS été diffusée sur une chaîne hertzienne. Mais les décisionnaires ont pensé : "ce sont des enfants, ils s'en fichent". Leur réussite fut de pousser les jeunes à la lecture puisque tous les Français ont découvert la fin de DB en lisant le manga. Il n'empêche que les puissants du monde de demain seront des gens privés de la fin de Dragon Ball, des hommes frustrés à vie à qui on va confier des responsabilités sans limite ! Heureusement qu'ils ont appris le sens de l'amitié, du sacrifice et tout et tout.

Après ça, ma vie a repris son cours, je suis allé au lycée, je relisais secrètement pour la 624e fois les 42 tomes de DB, je ne m'en vantais pas, on aurait dit "ah le gosse !". Alors qu'à cette époque, si j'avais les cheveux longs, c'était pour ressembler à Trunks, le fils de Végéta et Bulma, venu du futur. Après j'ai dit que c'était pour faire Métalleux, mais au départ j'avais vraiment la coupe au bol de Trunks que j'ai laissé poussé comme lui...

Trunks.jpg
En 2005 je suis tombé sur des tirettes avec des figurines dedans. J'en avais plein quand j'étais petit, j'avais les cartes aussi (dont une collection complète humhum ^^). Mais ces figurines étaient vraiment belles, avec des détails d'une précision infime. J'ai mis 2 euros. Il était déjà trop tard.
je suis allé sur internet pour vous ce que c'était que ces gashapons, ces figurines à monter soi-même. Et sur Ebay des Chinois vendaient ça par série entière, ce qui évitait d'avoir des doubles et de les avoir bien moins chères qu'à l'unité. J'ai commencé la série des HG, je les ai tous, absolument tous (sauf les jambes de Oub, mais je vais fouiller le sac de l'aspirateur). Après j'ai fait les minis, mais seulement 5 séries, ça va vite. Après j'ai fait les Mégahouse, là c'est la Rolls Royce du Gashapon, la seule collection a avoir été falsifiée, j'en possède 2 séries introuvables dont les derniers prix vus avoisinaient les 200€ (l'une de ces séries j'ai l'ai eu gratos, grâce à une erreur de la poste en ma faveur). Cette passion prend beaucoup de temps et beaucoup d'espace. Je remercie ma future femme de m'accepter tel que je suis, 250 figurines sur les livres, les DVD, dans les toilettes (plouf) ça demande vraiment beaucoup de courage pour 1. une fille, 2. qui n'a jamais regardé Dragon Ball. Mais je peux vous dire que le plaisir de monter une figurine et d'admirer le résultat est immense, même pour meilleur ami n°2 qui n'est pas fan de DB. (comment peut-il être mon meilleur ami ?).

photo de Sion Tezuka
Dragon Ball fut mon rêve d'enfant et reste mon plaisir d'adulte, j'ai peur du film américain en préparation, on essaie de toucher à une mythologie incroyable, ils y a tellement de fans intégristes que le réalisateur James Wong, malgré le fait qu'il ait fait de très bons épisodes d' X-Files, pourrait se retrouver aux enfers avec Freezer, Cell, Bou, Babidi, Janemba et tous les autres, et il passerait une sale éternité. Et pour  vous faire découvrir Dragon Ball je ne dirai qu'une chose : Lisez.

groupe.jpg
Brigitte_Lecordier.jpgPS : pour cet article je tiens à remercier Brigitte Lecordier, l'une des grandes anonymes du doublage français, ces gens sans visage dont la voix nous enchante ; elle fut la voix de Sangoku pendant tout Dragon Ball, puis celle de Sangohan, puis celle de Sangoten. Malgré une gestion du doublage lamentable (changement de voix, traduction plus qu'approximative), Brigitte Lecordier a su donner une vraie personnalité à un Sangoku de celluloid. Dans ma tête résonneront à jamais les "ti tidi tidiii" de Sangoku se promenant où les "tin nin nin ninnin" quand il s'envole sur son nuage.




par Dirty Epic publié dans : Les fils rouges
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Lundi 17 septembre 2007
Puisqu'on est dans les anniversaires, autant parler d'un groupe dont le nom est The Birthday Massacre.

TheBirthdayMassacrecd.jpg
        The Birthday Massacre est un groupe canadien, mais au début je pensais qu'ils étaient allemands parce qu'ils étaient distibués par un label allemand et que leur musique avait des aspects germaniques (de la pop violente dont seuls les allemands ont le secret - Wagner, Beethoven, ça ça envoie !). Grossière erreur, car ils ont également hérité du savoir-faire américain pour l'efficacité et les refrains dévastateurs.

        Je me souviens très bien du jour où j'ai découvert ce groupe, c'était le plus beau jour de ma vie n°27. C'était une époque bénie où je passais ma vie à ne rien faire et que je flanais en ville en quête de rien du tout. Ma seconde maison était la Fnac, d'ailleurs sans moi ils auraient fait faillite il y a deux ans.
        Un lundi, comme tous les jours, je me rends dans mon rayon disque à la recherche de quelque nouveauté. Comme il y avait peu de gens dans le magasin, une vendeuse piercée-tatouée-dreadlockée avait choisi de passer un CD plus bourrin. J'erre dans le rayon "Rock Indépendant" (j'adore ce style dont 80% des artistes sont signés sur des majors, mais on va pas appeler le rayon "rock asservi" ou "rock capitaliste"). Et au loin j'entends une voix féminine aux accents étrangement 80's malgré les grosses guitares. J'ai beau me dire "écoute pas, c'est un choix Fnac, c'est gothique et en plus ça se sent que c'est commercial, marche pas dans la mode ça porte malheur". Mais l'envie est trop forte ; je vais voir la vendeuse piercée-tatouée-dreadlockée lookée goth post-moderne et lui demande : "c'est quoi euh le truc là qui tourne?"
- "C'est The Birthday Massacre, si tu veux il est en écoute là, j'ai découvert à cause de la pochette bien sympa".
        J'enfourche mon casque et presse play. Putain, une claque comme jamais j'en avais pris en magasin. Des synthés vintage de partout, des guitares subtilement volées aux Cure ou à New Order, et la chaleur de la new wave matinée de pop gothique. Mais pourquoi la pochette est si ciblée "j'ai 14 ans, je déteste mes parents, je suis une méchante fille et j'adore Indochine" ?

TBM1.jpg

        J'écoute les 4 premiers morceaux et à chaque fois j'ai le coeur qui s'emballe sur chaque refrain. Je prends un CD, file à la caisse, paie content, et cours dans les rues de Nancy pour écouter le plus vite possible ce joyau chez moi.
    Je fais tourner Violet tout l'après-midi sans bien comprendre ce qui m'arrive, j'ai l'impression d'être un gosse à noël tellement mon plaisir est immense. C'est une découverte que je veux partager avec tout le monde, j'en parle à mon coloc, mes copains, mon chat, mon boulanger... Mais personne ne semble triper sa mère comme moi. Du coup je me résigne et fais des copies aux gens qui ont l'air intéressés.
        Et essayez de faire comprendre à quelqu'un qu'un groupe de jeunes de 20 ans faisant de la musique d'il y a 20 ans avec un style émo associant des lapins, du violet, des cravates, du sang et tous les petits accessoires qu'on trouve chez Claire's peut faire de la très bonne musique malgré un style vestimentaire juvénile. Car ils ressemblent aux néo goths de nos rues, ceux qui mettent des damiers partout et qui font des pubs ambulantes pour le gel fixation extrême.

        En fait The Birthday Massacre on ne les aime pas parce qu'ils sont jeunes, beaux, et qu'ils ont suffisamment d'innocence pour faire des mélodies simples qui peuvent se traduire par lalala sous la douche. En fait ils osent faire efficace.
        Et après quelques mois d'écoutes, je me disais que cet album allait s'épuiser, puisque "rentre dedans" et visant toujours l'efficacité. C'est là que j'ai définitivement basculé. J'ai senti toute la nostalgie derrière, les sentiments, et la mélancolie. Le bonheur d'être triste. Car The Birthday Massacre c'est des textures qu'on prend le temps d'apprécier, autant de voiles qu'on lève vers plus de lumière.

TBM2.jpgNouveau look, plus posé, ils seront pris au sérieux maintenant.

        Quand j'ai découvert l'album je ne jurais que par les morceaux Video Kid et Horror Show, deux dancefloorkillers que je ne me gêne pas de passer en soirée tellement ils poutrent sévère. Puis je me suis tourné vers Blue et sa voix gutturale. J'ai aimé tous les morceaux au fur et à mesure, et j'ai fini sur The Dream, le plus beau morceau avec une envolée lyrique qui emporte tout sur son passage et qui finit par "for the first time she feels just fine". D'ailleurs c'est le seul qu'ils ne jouent plus en live (Je ne sais pas si je l'ai déjà dit, mais mes chansons préférées sont des raretés en live).

        Il y a un an, j'ai eu la chance de les rencontrer après un concert, leur parler pendant près d'une heure, dédicacer mon slip et mes chaussettes, et acheter un t-shirt. Ces artistes sont humbles, proche de leur public et cherchent vraiment à savoir des choses sur nous. Mon amie Eluna, qui était nouvellement convertie, racheta Violet sur place pour le faire dédicacer et devenir à son tour une TBM-Maniaque.
        The Birthday Massacre c'est vraiment un univers (mot galvaudé aujourd'hui mais que j'utilise ici avec pondération), et si j'avais 10 ans de moins, j'aurais des mèches violettes, des chemises ensanglantées et un sac lapin violet.




Tracklist :
1. Prologue
2. Lover's End
3. Happy Birthday
4. Horror Show
5. Violet
6. Red
7. Play Dead
8. Blue
9. Video Kid
10. The Dream
11. Black
12. Holiday
13. Nevermind


Infos :
Metropolis, 2005

Nothing & Nowhere
Site Officiel TBM
Myspace The Birthday Massacre
Interview réalisée par mes soins en novembre 2007

PS : The Birthday Massacre sortent un nouvel album le 21 septembre, Walking With Strangers. Je l'ai écouté, le début est sublime, la suite est dans un style assez différent, il faut que je me fasse plus écoutes pour me faire une idée, mais on devine déjà plus de maturité, de prises de risques, les influences s'ouvrent, on passe de Madonna et Depeche Mode à Peter Gabriel.
        Et pour les curieux, ils passent à Paris à la Loco le 30 octobre, à Lyon le 31, et à Sarrebrück le 2 novembre. Ils ont promis de retourner discuter avec leurs fans, donc je vais tout ramener pour faire dédicacer : mon chat, mon boulanger et peut-être le caleçon dans lequel je me suis fait violet.

par Dirty Epic publié dans : Les fils rouges
ajouter un commentaire commentaires (4)    recommander
Mardi 31 juillet 2007

        Je sais que les deux euphories potteresques de l'été sont déjà passées.  La première c'était le film Harry Potter et l'Ordre du Phénix, et le 21 juillet dernier c'était la sortie du dernier livre, Harry Potter and the Deathly Hollows. Le dernier livre avant le prochain. Je dis ça parce qu'il y a de fortes chances pour que JK Rowling écrive des livres AUTOUR de l'univers d'Harry, genre la vie de Griffondor, ou d'Albus Dumbledore, ou encore des bestiaires, des manuels de défense contre les forces du mal etc etc.
        Mais là n'est pas la question.

    Harry Potter ce n'est pas un héros, c'est une saga qui porte le nom du personnage principal, malheureusement, ceux qui connaissent Harry Potter uniquement par les films ne voient qu'un héros entouré de faire-valoirs. Bon allez, j'arrête de tirer à boulet rouge sur les films, sinon je vais encore déchirer ma chemise.

harry1.jpg
        Le premier livre, L'école des Sorciers est paru en 1997, puis en 1998 en France, dans une collection de poche pour enfants. Ma maman, dans son infinie sagesse, décida d'offrir à ma petite soeur ce livre pensant l'intéresser un peu. C'était la grande mode d'Halloween à l'époque et ma soeur était fan de tout ce qui ressemblait de prêt ou de loin aux sorcières (par exemple Arlette Chabot). Elle n'est pas conquise mais apprécie, le livre vieillit sur une étagère. Un an plus tard ma mère remet le couvert en disant "Tiens ya une suite". Alors ma soeur lit et tombe sous le charme du sorcier mal coiffé et scarifié du front. Du coup elle me dit "Il faut que tu lises ça te plaira". J'ai 17 ans à l'époque et je me vois mal lire un bouquin pour gosse alors que je suis en section littéraire, ma réputation en dépend. Alors je me cache. Je commence par le 2e, ma soeur m'expliquant que le 1er est lent et enfantin.
        Harry Potter et la Chambre des Secrets dans les mains, je trouve ça pas mal, dans le genre aventure avec des serpents géants, des épées magiques et des phénix... Ses amis Hermione et Ron représentent avec lui la trinité, Harry étant l'audace, et Hermione l'intelligence, et Ron étant le lien entre les deux. C'est terriblement efficace et les livres de cours, les bonbons chocogrenouille construisent un décor riche et hors du commun.
        Du coup, pour mieux comprendre cet univers riche en tiroirs, je lis le 1er livre. Je redécouvre ce bon vieux Hagrid avec ses mains "de la taille d'un couvercle de poubelle", sa moto qui appartient en fait à Sirius Black. Même si ce livre est celui qui pose les bases et ouvre l'histoire je le considère comme le moins bon vu qu'il est très simpliste. (en même temps les livres - et Harry - sont faits pour grandir avec les lecteurs et cette idée est purement géniale).

        Quand Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban est sorti, ma soeur était la seule à squatter devant la Fnac pour l'avoir. Les vendeurs ont dû la prendre pour une dingue à l'époque. Elle lit le livre en une journée une nuit et me le tend le matin les yeux bouffis : "à toi" et retourne se coucher. Elle était intoxiquée. D'ailleurs, l'intoxication s'est répandue très vite, car les voyages dans le temps, les métamorphoses de Sirius Black, les détraqueurs qui veulent manger nos âmes, tout ça relevait le niveau vers une adolescence dure, et pour la première fois le méchant Voldemort n'était pas au rendez-vous. Le monde autour d'Harry et Poudlard s'élargit, on découvre un village de sorciers, les anciens amis des parents d'Harry, des sorts compliqués, et surtout un ministère de la magie avec une organisation très précise. Harry n'est plus qu'un noyau perdu dans un fruit plein de pépins. Le Prisonnier d'Azkaban va totalement changer la donne dans l'univers de la magie.

           Du coup, les éditeurs sentent qu'une tempête couve et décident de faire tourner le vent. Harry Potter et la Coupe de Feu, le 4e tome sort pour la première fois en Best Seller, le gros format très cher qui n'est PAS destiné aux enfants. La génération 1985-1989 se fait voler son héros par des parents et des frères et soeurs qui veulent savoir pourquoi leur fille tombe amoureuse d'un geek gringalet qui rafistole ses affaires avec du scotch.
            Dans ce livre, celui du milieu et ça se sent (historiquement et économiquement), Voldemort reprend vie, Harry affronte véritablement la mort et l'amour (et ses "papillons dans le ventre"). La Coupe de Feu n'est pas uniquement une aventure d'Harry Potter, elle est sans doute la mieux écrite et la plus aboutie ce qui explique peut être le succès (et la raison du marketing). Rowling abandonne la structure habituelle de son roman : l'histoire ne commence pas chez les Dursley avec Harry qui râle, mais avec le Serpent de Voldemort qui tue du sang froid (logique) un pauvre vieux. Le ton est donné, on n'est plus là pour jouer. D'ailleurs il n'y a plus de jeu, fini les parties d'échecs, les matchs de Quidditch, désormais on participe au tournoi des 3 Sorciers et on risque sa vie et celle des autres. Et le monde s'élargit encore, tous les pays comptent leurs magiciens, et les Mangemorts ne sont plus seuls car ils savent que Voldemort est toujours en vie. A la fin du livre, la réunion morbide du cimetière n'est que le juste retour d'une puissance trop longtemps sousestimée. Et ce n'est pas un gosse seul qui va pouvoir arrêter ça. Le lecteur ne comprend pas, et Harry non plus, comment la survie de ce binoclard peut être possible face à un Hitler de la sorcellerie. Les questions resteront en suspens.

        2001, pas de suite. 2002 pas de suite. Le public s'impatiente, trépigne, relit la bave aux  lèvres les 4 livres, les théories s'échaffaudent : mme Figg est une sorcière, elle surveille Harry depuis le début. L'esprit de Voldemort vit en Harry, Les parents de Harry le protègent quoi qu'il se passe, et je pense déjà à cette issue horrible, Harry ne s'en sortira pas vivant.
        C'est d'ailleurs pendant cette période que la mode devient magique ; on sort le Seigneur des Anneaux, on dépoussière le Monde de Narnia en livre avant d'en faire un film, Serge Brussolo publie Peggy Sue sans trop de succès.

        2003, ENFIN Harry Potter et l'Ordre du Phénix sort, je ne me retiens même pas et je lis en anglais comme les hardcores fans qui se sont developpés en 3 ans, et c'est là que l'attente prend tout son sens, Internet, les forums, le livre de Quidditch sorti pour patienter, les "annexes"... Tout ça c'était pour attiser le désir créer le besoin, faire grandir en nous un manque de magie. Coup réussi. Pour la première fois les magasins étrangers mettent en vente la 1ere édition anglaise de 766 pages. 4 jours d'insolation (et d'isolation), impossible de me lever, de dormir, alors je lis Harry Potter. Harry est devenu un petit con genre "Personne ne me comprend allez tous vous faire foutre !" ou alors "moi je sais alors pourquoi vous m'écoutez pas ??", il râle et rouspète, perd ses potes, traite sa meuf comme une merde et on comprend pourquoi Cho se barre. (ceux qui ont vu le film ont vu un héros parfait trahi par la femme qui l'aime... ah la salope !). En fait la réaction d'Harry est légitime, elle est d'ailleurs proche de celle du lecteur qui découvre qu'Harry n'est qu'un petit point dans un système bien plus grand. Harry n'est plus le seul à se battre contre Voldemort (et en fait il ne l'a jamais été).
        Finalement l'amitié avec Ron et Hermione s'en retrouve renforcée, et c'est grâce à eux que Harry tient vraiment le coup. En fondant l'Armée de Dumbledore, les 3 compères s'ouvrent de nouvelles amitiées, Neville Londubat qu'on connaissait déjà comme un naze devient plus sûr de lui et prouve sa valeur au combat. Ginny Weasley, la soeur de Ron, prouve sa valeur au combat avec des Reducto qui font mal. Elle est l'une des rares à connaître Voldemort, ce dernier l'a possédé dans le tome 2 ; elle fut sauvée par Harry et elle lui voue un culte secret sans pour autant être une groupie inutile.

        Avec ce livre, JK Rowling ouvre la symbolique de sa saga. Cette fois le monde dans lequel vit Harry est beaucoup plus dur. Harry n'est plus une "star" mais un menteur à traquer, il fait désormais parti des rebelles qui sont seuls à voir que le mal est là et l'Etat fait l'autruche (un peu comme les premices de la 2nde guerre mondiale).
        La première cicatrice d'Harry fut infligée par Voldemort, "le marquant comme son égal". Dans le 5e tome Harry reçoit une seconde cicatrice : "je ne dois pas dire de mensonges". Cette cicatrice est faite par miss Ombrage mais représente tout le ministère de la Magie. Cette fois Harry est marqué à vie. Ses deux ennemis l'ont marqué au fer rouge, désormais il est facile pour lui de savoir qui est contre lui.
        L'Ordre du Phénix répond très bien aux attentes du lecteur, mais c'est lent, et entre le début et la fin il ne se passe rien. C'est très psychologique et politique, mais Luna Lovegood, une freak qui se met des radis en boucles d'oreille amène du sang frais dans l'univers, et surtout prouve à Harry et au lecteur que l'union fait la force et que 6 c'est mieux que 3 et que 3 c'est mieux que 1. (c'est limpide)

potterlg.jpg       Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé relance considérablement l'histoire en l'inscrivant dans notre monde. Le Premier Ministre anglais ouvre le roman, la population est démoralisée par les détraqueurs, bref, tout va mal. Tout va tellement mal que le mentor d'Harry, le professeur Dumbledore meurt. Il était le Gandalf d'Harry. Et tout le Prince de Sang-Mêlé n'est que le Testament de Dumbledore, un passage de flambeau. Dumbledore donne des missions à Harry, mais il semble affaibli, une brûlure malsaine lui rongeant la main. En plus d'être un testament, le Prince est une biographie, celle de Tom Elvis Jedusor autoproclamé Lord Voldemort. Pour finir, le Prince de Sang-Mêlé tire son nom d'un personnage détesté, Severus Rogue, professeur de Potions devenu Professeur de défense contre les forces du mal. Le titre du tome 6 évoque Rogue ce type antipathique qui semble malsain, mais évoque surtout la plus grande trahison de toute la littérature. A la fin du livre Rogue tue son propre chef, son mentor, et par son geste il détruit toutes les espérances d'Harry. Celui que Dumbledore considérait comme son espion n'était qu'un espion pour Voldemort. La mort de Dumbledore n'en est que plus rude... Et Harry est forcé de la regarder sans pouvoir agir.
        L'école Poudlard devient un champ de bataille, les élèves se battent entre eux, les Serpentards sont les bêtes à abattre. Les professeurs sont en guerre contre les Mangemorts, l'Ordre du Phoenix se bat pour sauver des vies innocentes, mais leur chef est mort.
            C'est le second tome dans lequel Voldemort n'apparaît pas. C'est pourtant celui où il est le plus présent, dans la pensine de Dumbledore, mais en temps que jeune sorcier solitaire et intelligent, Tom.
        Ce livre est celui qui répond à la plus grande question : "Comment Voldemort a-t-il survécu les 14 dernières années ?". On découvre alors l'existence des Horcruxes, des objets abritant une partie de l'âme de Voldemort. Tant que ces objets ne sont pas détruits, Voldemort survivra. C'est cette quête qui blessera, puis tuera Dumbledore, c'est cette quête que devront accomplir seuls, Harry, Ron, et Hermione.
         Le Prince de Saint-Mêlé est, même sans considérer toute la saga Potter, un grand livre. Il présente les méandres de l'esprit torturé de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. Comment un orphelin peut devenir un monstre tout en restant humain. Comment des hommes saints d'esprit peuvent suivre, approuver et aider une telle folie. La mort de la figure du père offre à Harry le moyen de montrer sa détermination et surtout l'amène à faire son devoir. Il devient responsable de la destinée de son monde.


medium-pottercover3.jpg
        Harry Potter et les Reliques de la Mort sortira le 26 octobre. Bien sûr des gens camperont devant les Fnac, les têtes de gondoles seront toujours pleines et tout le monde sera servi. Bloomsbury a vendu 72 millions d'exemplaires en anglais la première semaine. Je me souviens ce samedi à 9h25 dans ma Fnac locale, je prenais le 1er livre devant moi et 3 secondes plus tard une fille en fit de même et me suivit à la caisse. L'exemple parfait de la compulsion.
            Ce 7e et dernier tome de la saga clot avec brio les aventures du jeune sorcier devenu adulte (mais toujours puceau). Il a 17 ans mais parle et se bat comme un homme. Il est responsable, courageux, honnête, et surtout sait rester humble avec ses amis. JK Rowling se permet une petite référence au Seigneur des Anneaux, mais s'en sert avec intelligence et recul. L'histoire est ficelée, définitive, la maitrise du propos est évidente et il semblerait presque que le dernier tome fut écrit depuis une dizaine d'années. Les liens se tissent entre les différents tomes, les références pullulent et tout tient debout avec un équilibre déconcertant.
          Harry Potter et les Reliques de la Mort donne un sens au mot priorité et responsabilité. Mais il offre aussi un regard nouveau sur l'amour et l'amitié. J'ai rarement ressenti autant de respect pour des personnages de fiction. Jamais je n'ai été triste en lisant ce livre, j'était juste surpris, parfois choqué, souvent fier. En fait ce livre exprime la valeur d'une vie, la fierté et le dévouement. Les êtres les plus insignifiants et les plus vils ont un rôle à jouer, et les pires monstres sont parfois nécessaires pour nous montrer qu'une vie heureuse se mérite.
        Je n'ai pas versé de larme en lisant, juste les yeux humides, et un coeur qui battait tellement que j'étais dans un état de stress proche de celui des héros. Mais j'étais triste de quitter ce petit bonhomme imaginaire, un petit frère devenu ami, dont les aventures s'arrêtent (enfin) pour lui.
        Dans la forme, le tome 7 rompt totalement la tradition car l'année n'est pas découpée comme d'habitude, et surtout parce que Poudlard n'est pas le décor du roman. Car le monde est vaste et un jour il faut savoir sortir de chez nous pour affronter le monde.


---------------

        Harry Potter est le symbole d'une génération, les 1985-1989. (et ceux autour aussi). Il est aussi le symbole d'un mercantilisme jamais atteint pour de la littérature jeunesse et de la littérature tout court. Des sorties mondiales, des ouvertures à minuit, des piratages pour avoir l'avant-première, des milliers de pages prises en photo pour spoiler, des groupes organisés de "réécriveurs" pour taper l'intégralité du livre et la diffuser sur le net, des théories des spéculations, des Fans Fics d'excellente qualité. Harry Potter va laisser un vide immense dans l'univers de la saga littéraire. Les limites ont été repoussées et les films ne seront jamais au niveau de l'engouement créé par les livres.
        Reste à savoir si Harry Potter est un feu de paille littéraire, si sa lecture survivra au temps, qui nous dit que dans 10 ans il ne sera pas oublié ; nos enfants auront leurs héros. On leur montrera nos 7 livres en disant "mon chéri il faut que tu lises ça, papa a vécu des aventures merveilleuses avec Harry Potter". Mais ça sera la mode des pisto-lasers et des vaisseaux galactiques ; et on relira la saga avec un sourire en coin, en se disant comme un vieux, "c'était mieux avant".


 
PS : je n'ai jamais remercié ma soeur de m'avoir pris la main pour franchir la porte de Poudlard, mais c'est quelque chose que je n'oublierai jamais.

par Dirty Epic publié dans : Les fils rouges
ajouter un commentaire commentaires (4)    recommander
Jeudi 28 juin 2007

Heat-thumb.jpg
        J’avais 13 ans. Assis sur un fauteuil en velours rouge dans la salle d’un cinéma de quartier, je dégustais une glace pendant les bandes-annonces. Le cinéma de mon enfance était comme ceux qu’on voit dans les films, avec des affiches aux murs, un rideau qui s’ouvre sur l’écran, et surtout, une dame qui circulait dans les rangées pour vendre des glaces ; qui n’a jamais bavé et défailli au passage de la dame aux glaces… Laissons la passer et reprenons.
        J’avais 13 ans. Enfin le droit de regarder des films interdits aux moins de 12 ans, plus besoin d’enregistrer le film de 22h30 avec le gouverneur de Californie qui se roule dans la boue pour combattre un monstre mutant avec des pièges vus dans Copain des Bois (Predator est un bon film malgré tout). Quand on est un garçon et qu’on a 13 ans, on est forcément bête. On est attiré par tout ce qui a des muscles, qui fait du bruit avec des flingues, et qui sent la sueur testostéronée. Les Rambo, les Commando et autres Armes Fatales étaient nos livres de cuisine pour apprendre la vie de dur à cuire.
        C’est dans cet esprit  "un-pour-tous tous-bourrins" que je suis allé voir Heat. Une affiche bleue et noire avec des mitraillettes, des lunettes de soleils et des niros… que demande le peuple à part moins de travail et plus de sous ?
       
J’étais un gosse à l’époque, qui jouait à la guerre avec un pistolet à billes, qui courrait dans la forêt juste pour croire qu’il était poursuivi, et je me retrouvais là, le cul sur du velours, sans savoir que j’allais voir un film qui allait devenir un pilier de ma vie.

omg-heat-game.jpg
        Pour un film qui dure 3h, ça commence très fort : une bande de malfrats portant des masques de hockey braquent un fourgon blindé, et comme l’un d’entre eux fait une faute minime, ils sont contraints de tuer les agents de sécurité par sécurité. En 5 minutes on voit que ces gangsters ne sont pas des rigolos et que pendant les 2h45 restantes on ne va pas faire les fiers sur notre velours rouge. Je me souviens que le suspense et la pression faisaient fondre mon Miko à vue d’œil.

        A l’époque j’étais cultivé comme une friche, et je ne devinais pas l’exceptionnelle rencontre de Robert de Niro et Al Pacino (Ils n’ont joué ensemble que dans Le Parrain II, mais ça compte pas, ils jouaient dans deux époques différentes et n’avaient pas de scènes ensemble). Alors que dans Heat, la confrontation se fait enfin. Dans un café, autour d’un café. Cette première rencontre sonne comme la conversation de deux amis qui ne se reverront plus.

489.jpg
            Al Pacino est flic, mauvais père, mauvais mari, tout ce qu’il aime c’est courir après les méchants. Robert de Niro est un malfrat, bon gangster, bon amoureux, tout ce qu’il aime c’est se faire courir après par les policiers pour leur prouver qu’il est le plus fort. Et leurs existences respectives, solitaires et mornes, s'exposent comme un miroir. Ces deux hommes ont le même esprit, la même vie, mais chacun est d’un côté de la barrière et doit faire son travail. Cette scène est tellement importante dans l’histoire du cinéma que certains critiques ont avancé qu’elle avait été tournée sans que De Niro et Pacino soient sur le même plateau. La légende était née. C’est de cette scène que découle le titre Heat. Il n’est pas question ici de chaleur, mais de danger :

"Don’t let yourself get attached to anything you are not willing to walk out on in 30 seconds flat if you feel the heat around the corner."
"Ne jamais t'attacher à des choses dont tu ne peux te débarrasser en 30 secondes montre en main si les flics se ramènent dans le coin."

tom.jpgTom Sizemore, mon acteur préféré !!!
(ça fait midinette hein!)


        Alors bien sûr, hormis le duel titanesque de deux héros vieillissants (De Niro dans son dernier grand rôle, désormais il n’est plus que l’ombre de lui-même), on trouve aussi des jeunes seconds rôles au charisme charismatique et à l’allure vachement classe. Val Kilmer, à la peau post-acnéique mais qui mitraille comme personne, et surtout Tom Sizemore, le roi du second rôle, un mec qui impose le respect et le silence avec un seul regard. On a même droit à Nathalie Portman en adolescente suicidaire (pléonasme).


Figure 2

        Heat est un film que j’ai du mal à définir ; à première vue il s’agit d’un film d’action, histoire de braquage "pan pan t’es mort" avec des scènes de fusillades qui finissent de faire fondre ma glace (voir fig. 2). Mais sous l’enrobage chocolat se cache un cœur caramel fondant, un film d’amour avec 3 romances bien précises dont l’une mènera l’un des protagonistes à sa perte. Dans ce film d’hommes blindé d’hormones, la caméra se fait amoureuse, la musique langoureuse, les couleurs romantiques. On n’est pas dans la chaleur annoncée dans le titre, on est dans la froideur des buildings, la mécanique des ports, le bleu de la nuit et la transparence du verre. L’amour est impossible dans ce film, et c’est là tout le but : dans cet univers où l’amour est impossible les héros sont seuls :

- Je ne suis pas solitaire, je suis seul. Et vous ?
- Extrêmement solitaire.

heat1.jpg
        Depuis ce film, je cours voir chaque nouveau Michael Mann. Et Collatéral, Miami Vice, et Révélations sont des chefs d'oeuvre, il n'y a guère qu'Ali pour faire de l'ombre au tableau, mais c'est le film qui lui a permis d'apprendre à filmer la nuit. Depuis Heat, le cinéma d'action a changé, il est à la fois plus viscéral et plus sensible ; et Mann, en fait, ne fait que mettre en scène des histoires d'amour banales dans des situations exceptionnelles. De la romance, la guimauve en moins.
        Ce film est le seul à m'avoir donné envie de vivre une vie dangereuse, en marge de la société et de l'amour, où la solitude et la tristesse n'existent pas tant qu'on ne les nomme pas. Les hommes dépeints sont si puissants que le monde n'est pas à leur taille, et les femmes non plus. Quand on est jeune avec de la glace fondue plein le pantalon, on rêve d'avoir une telle classe, comme les lascars qui veulent qu'on les appelle Tony Montana. Mais quand on grandit, on comprend pourquoi les grands meurent toujours à la fin. La classe n'arrive que si l'on arrête de vivre.


Infos :
Heat, 1996
Distributeur : Warner bros.
Réalisateur : Michael Mann (Collatéral, Miami Vice, Le dernier des Mohicans)
Musique : Moby, Brian Eno, Lisa Gerrard (que des trucs beaux à pleurer)
Casting : Robert de Niro, Al Pacino, Val Kilmer, Tom Sizemore, Ashley Judd, John Voight, Dany Trejo, Nathalie Portman...

Film de culte (pour les anecdotes)
Allociné pour en savoir plus

heat6.jpg


PS : "Pour moi le soleil se lève et se couche avec elle."

par Dirty Epic publié dans : Les fils rouges
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Mercredi 20 juin 2007
        Le  Bac, c'est toujours un truc qui fout la trouille, même si on aime certaines matières l'aura du Bac est telle qu'on finit par tout détester. Pourtant, grâce à une dondon dodelinante à la silhouette oranginesque (ma prof de français que j'appellerai mademoiselle Alka, pour ne pas faire de jeu de mot avec son véritable patronyme, Seltzer) ; je disais donc, mademoiselle Alka, dans son infinie sagesse (et le programme obligatoire du Bac), nous a fait étudier Les fleurs bleues de Raymond Queneau. Rien que le titre j'en ris encore. Entre Les fleurs du mal et l'eau de rose, ça sentait le sirupeux pour ménopausée en mal de sentiments cardiaques.
        Je l'ai lu d'un oeil inquisiteur, loin de deviner que sous mes yeux se déroulaient des kilomètres de phrases qui allaient bientôt devenir les succubes de mes nuits blanches quand ma vie était noire. Au cours de ma scolarité, rares sont les livres à m'avoir procuré autant de joie et de rêves, le plus souvent il s'agissait d'ouvrages du XXe siècle, et il n'y a guère que Flaubert qui m'a dit "Eh mec, la littérature c'est pas que des vieux barbus, ya aussi des rigolos qui savent rire sous cape."
            Bien sûr je n'aime pas que les plumes rigolardes, mais je trouve que plus un auteur fait rire et moins il est pris au sérieux. Mais je ne reprendrai pas ici la diatribe atrabilaire de Desproges sur le labeur du clown.

raymond-queneau.jpg

             Revenons à nos moutons qui broutent des fleurs pour faire de la laine bleues. Comme le dit si bien Wikipédia, qui pour une fois est d'accord avec moi : "
Outre ses qualités littéraires incontestables, le roman présente un intérêt notable en raison de sa structure." (En fait je trouve l'emploi de "en raison de" mal-à-propos, mais là n'est pas la question). Pour faire vite et pour faire bien, Les fleurs bleues racontent l'histoire d'un alcoolique oisif qui s'évertue à repeindre son portail car un sauvageon le couvre sans cesse de graffiti. Il faut aussi souligner qu'il vit sur une péniche baptisée l'Arche. Pour clore l'hypotypose, le fainéant se nomme Cidrolin et raffole de l'essence de Fenouil.
            Mais Cidrolin n'est que le personnage principal d'une histoire secondaire, ou est-ce l'inverse ? Car Les fleurs bleues brossent également le portrait du duc Joachim d'Auge, un seigneur d'âge moyen du Moyen-Age qui vit dans un monde plein d'anachronismes et qui sautent les époques comme on passe d'un chapitre de son livre d'Histoire à un autre.
            Le roman passe d'un personnage à l'autre en usant d'un stratagème rudimentaire, le duc d'Auge prend vie quand Cidrolin s'endort, ou est-ce l'inverse ? Queneau reprend une idée vieille comme le monde, l'apologue, pour faire érudit : "Tchouang-tseu rêve qu'il est un papillon, mais n'est-ce point le papillon qui rêve qu'il est Tchuang-tseu ?"
          Dans les grandes lignes, le roman est une histoire classique, mais comme a dit Bernard d'Ormale en épousant Brigitte Bardot :"c'est dans les vieilles peaux qu'on fait les meilleures soupes". Face au quotidien hyper lassant de Cidrolin retraité-chômeur-sorti de prison qui cherche à marier ses filles, on a le quotidien belliqueux et hyperbolique d'Auge qui cherche à marier ses filles.
              Les fleurs bleues est un roman dont le tout est inférieur à la somme des parties. C'est une suite de sketches, de rencontres au sommet ou dans la vallée, de constats sur le présent, le passé, l'Histoire avec un H, ou  l'histoire avec un h. Le duc d'Auge saute 175 ans à chaque fois qu'il apparaît, il rencontre Saint Louis, Gilles de Rais, un alchimiste, trouve la grotte de Lascaux et finit par rencontrer Cidrolin lui-même (qui fait pâle figure face aux grands événements de l'histoire qu'Auge traverse).

            Pour conclure, je vais laisser la parole à Queneau, qui sera mieux placé que moi (même mort) pour vendre son livre :
"Le gaulois fumait une gitane, (...) les Sarrasins fauchaient l'avoine."
" - On finira par bâtir une mahomerie.
   - Pourquoi pas un bouddhoir ? un confucius-sonnal ?"
"A la terrasse d'un café, des couples pratiquaient le bouche-à-bouche, et la salive dégoulinait le long de leurs mentons amoureux."
"Lamélie le regarde, hagarde".
"Les compagnies royales de sécurité" (les Céheresses en fait)
"Le chapelain devina que le duc avait deviné qu'il avait deviné, mais devinait pas si le héraut avait lui aussi deviné que le duc avait deviné qu'il avait deviné." (phrase sans queue no tête, je vous l'accorde pour vous pendre.)
"L'histoire ça n'a jamais été les actualités et les actualités c'est pas l'histoire, faut pas confondre."
"La tévé c'est de l'actualité qui se congèle en histoire."
"La répétition est l'une des plus odoriférantes fleurs de la rhétorique" (ça c'est pour les gens qui disent que je radote, je ne fais que composer un bouquet de fleurs cueillies dans mon champ lexical)
"Ce que je veux, moi papa, c'est baiser".
A propos de Gilles de Rais (compagnon d'arme de Mireille Jeanne d'Arc, dont la réputation fait passer Marc Dutroux pour Casimir) : "Mettons qu'il ait violé une dizaine de petits garçons et qu'il en ait zigouillé trois ou quatre, il n'y a pas de quoi fouetter un maréchal de France." (car ce bon Gilles était maréchal de France).
"D'habitude je suis seul à penser ce que je pense". (c'est bizarre je pensais la même chose...)

Une description de toute beauté (et pourtant ce que Queneau décrit est plutôt moche) :
"Il porte une casquette carrée semi-ronde ovale en drap orné de pois blancs. Le fond est noir. Les pois sont de formes elliptiques ; le grand axe de chacun d'eux a six millimètres de long et le petit axe quatre, soit une superficie inférieure à dix neuf millimètres carrés. La visière est faite d'une étoffe analogue, mais les pois sont plus petits et de forme ovale. Leur superficie ne dépasse pas dix-huit millimètres carrés."

"Voilà, je vais me retouver tout seul sur ma péniche. Il faudra que je fasse la cuisine, lave mon linge, raccomode mes chaussettes, donne un coup de faubert sur le pont, toutes occupations qui m'emmerdent et sont d'ailleurs exclusivement féminines." (l'énumération sera faite 3 fois, rien que pour montrer que ça le fait franchement chier de faire le boulot d'une fille...)

"Aussitôt la porte s'ouvre comme par enchantement et une radieuse apparition fait son apparition.
L'apparition susdite consiste en une pucelle d'une insigne saleté mais d'une esthétique impeccable. Le duc a le souffle coupé.
- Pauvre messire, dit la jeune femme d'une voix vachement mélodieuse."
Et finalement il faut écumer les 270 pages de rhétorique sans filet (exécutée par des professionnels, ne faites pas ça la maison) pour lire :
"Une couche de vase couvrait encore la terre, mais, ici et là, s'épanouissaient déjà de petites fleurs bleues."
        C'est beau comme une paire d'Adidas une phrase comme ça, et malgré toute l'aversion que j'ai contre l'Education Nationale, je ne remercierai jamais assez la personne qui a dit "tiens ? on va mettre Queneau au programme".
Et je ne sais pas si le hasard le fait exprès, mais pour Dalì, Underworld et Queneau, j'ai découvert tout ça la même année. Quand on nous dit qu'on a qu'une fois 18 ans on a tendance à vouloir répondre "et toi t'auras qu'une fois 50 ans" avec une pointe de colère juvénile. Mais force est de constater que les sentiments à fleur de peau, on a envie de foutre le feu à un monde qui ne nous correspond pas, et on se rend compte qu'il ne correspond à personne, et que des artistes, ça et là, disséminent des graines éparses pour faire naître autour de nous des petites fleurs bleues.


infos :
Raymond Queneau, Les fleurs bleues, 1965.
Folio, n°1000
queneau---les-fleurs-bleues.jpg


par Dirty Epic publié dans : Les fils rouges
ajouter un commentaire commentaires (6)    recommander
Mercredi 13 juin 2007
          Retour en musique puisque ce soir je désirerais m’entretenir avec vous d’un disque qui a changé le cours de ma vie.
 
underworld.jpg

          Mars 1999, pour mon anniversaire, un ami plein de bonnes intentions m’offre Beaucoup Fish de Underworld. Je connaissais ce groupe uniquement grâce aux compils dance des années 90 où figurait toujours Born Slippy, l’hymne techno des boums adolescentes qui clôt  le film Trainspotting. Je me souviens que Beaucoup Fish faisait tache au milieu de ma collection de CD de Sepultura, Pantera et autres groupes de chevelus tatoués. Pourtant au fil des écoutes je découvre un feeling, une voix étrange qui scandent des paroles étranges, ce qui est assez étrange pour de la techno. C’est cette voix, celle de Karl Hyde, qui fait que Underworld ne sera jamais considéré comme de la techno.
underworld--beauc.jpg        Rentrée scolaire 1999, on a un nouveau dans la classe, Gaétan. Ce mec était aussi bizarre qu’une carte du monde australienne. Ce qui faisait de lui mon super pote de terminale, le genre de meilleur ami pour la vie le temps d’une année. Et dans son infinie sagesse, il m’a prêté tous les albums d’Underworld (car c’était est un homme de goût). J’avais désormais acs au pouvoir absolu, c’était mon Eve qui me proposait la pomme de l’arbre de la connaissance. Et innocemment j’ai croqué.
    Je glisse Dubnobasswithmyheadman dans mon lecteur sans trop savoir à quoi m’attendre. Première écoute fade, sans saveur, je ne découvrais rien de transcendant, une sorte de gris musical. Je persiste mais rien n’y fait, je ne trouve rien de surprenant. J’en parle à Gaétan et il me dit « écoute juste la 6, Dirty Epic ».

Underworld - Dirty Epic


        Ce soir là, pendant une session bière-bougie en compagnie d’une feuille et d’un stylo, je me joue Dirty Epic comme pour la première fois. Ce fut une révélation. La découverte d’un morceau beau comme le regard d’une femme amoureuse. J’avais toujours entendu cette musique sans la connaître, elle était en moi bien avant que je ne la découvre.
        Les paroles sont très évasives, comme pour tous les titres d’Underworld, la chanson parle d’hiver, de pluie, d’un homme seul au téléphone rose qui se sent sale, les rares lumières dans la nuit lui brûlent les yeux, et d'un Christ qui apparaît avec des béquilles. Dirty Epic, sale épopée, l’histoire de la solitude d’un homme loin de l’amour et qui se noie dans la télévision, le porno et l’alcool. Sale épopée. Mais en 10 minutes de musique l’horizon se dessine, le soleil se lève, et finalement le piano s’envole en emportant avec lui tout le malheur d’une vie en jachère.
        Dirty Epic est une chanson comme on en fait peu. Elle est tellement importante dans la vie d’Underworld qu’elle n’a été jouée en live qu’à partir de 2002, et une vingtaine de fois en tout. J’ai eu la chance de l’écouter au Bataclan, les larmes aux yeux. Ce morceau m’accompagne depuis plus de 7 ans, comme un talisman, comme la BO de ma vie ; quand il arrive quelque chose d’important dans ma vie je l’écoute, il me ressource. Quand je suis triste il me relève, que je suis heureux il me consolide.
 
        Dirty Epic fut ma porte d’entrée pour le monde du dessous, j’avais découvert un mystère de la vie, j’avais enfin accès à un nouvel Eden. Chaque morceau de Dubnobasswithmyheadman devenait peu à peu un tableau sonore de la vie urbaine, on y retrouve le subway londonien (Dark & Long), les gratte-ciels (Skyscraper I love you), le béton des trottoirs (River of Bass), la prostitution (Cowgirl), et finalement on arrive à un retour à la nature (Mother Earth).
        Les années 90 sont consignées dans ce disque, la froideur des villes et pourtant sa vie, l’anonymat des rues mais l’humanité des sentiments, la solitude parmi des millions d’individus.

underworld-live.jpg
 
        Sorti en 1994, Dubnobasswithmyheadman est un disque réfléchi, mûri, préparé pendant plus de deux ans et accueilli dans l’indifférence la plus totale. A l’origine Underworld est un groupe de New Wave de mauvais goût, avec un son 80’s difficilement écoutable aujourd’hui. Avec l’arrivée de la techno sur le territoire anglais, le groupe décide de mettre du vin dans sa soupe et mâtine sa pop d’une énergie électronique nouvelle. Dirty est l’un des premiers tracks techno du groupe et se révèle être une première mouture instrumentale de Dirty Epic, qui finalement n’est qu’un remix d’un morceau moyen. Mother Earth sort en vinyl en 1992 à 500 exemplaires vendus dans le coffre d’une voiture… Je vous fais grâce de la valeur actuelle de ce collector.
 
        L’histoire d’Underworld est intimement liée au réalisateur anglais Danny Boyle. Lorsque celui-ci commence l’élaboration de son chef d’œuvre Trainspotting, son idée première est donner vie à Dubnobasswithmyheadman. Il veut que le film soit entièrement rythmé par l’album, que la BO du film soit Dubno. Les producteurs hurlent au suicide commercial et cette idée est mise au rencard. Finalement les producteurs ont eu raison, Boyle demande à Underworld un inédit (Born Slippy) qui offrira la gloire au groupe. Depuis, chaque film de Danny Boyle est du pain béni pour les fans, puisqu’il y a très souvent un inédit (Oh dans Une vie moins ordinaire,  8 Ball dans La plage). Mon rêve s’est réalisé il y a peu, puisqu’Underworld a écrit toute la BO de Sunshine, son dernier film.

sunshine.jpg
Sunshine

        Dubnobasswithmyheadman
, c’est aussi un univers graphique, où la typographie devient dessin, où les lettres deviennent formes comme les mots deviennent sons. L’album a maintenant 14 ans, et pourtant il est toujours aussi moderne et neuf. Dirty Epic figure dans la plupart des classements « meilleures chansons des 90’s » « meilleurs morceaux du XXe siècle » « classement rock » « classement techno »… Dirty Epic est tellement universel que même mes parents apprécient. Et j’en veux pour preuve mon père qui m’a accompagné à un concert de 3 heures et qui a franchement trippé sa mère (désolé mamie) puisqu’il m’a demandé tous les CD ensuite.
        Quand j’écoute ce disque, je me sens à l’étroit dans mon 501. (the emptiness in my 501…)

Tracklist :
1. Dark & Long (7:35)
2. mmm Skyscraper I love you (13:08)
3. Surfboy (7:33)
4. (4:49)
5. Tongue (4:49)
6. Dirty Epic (9:56)
7. Cowgirl (8:25)
8. River of bass (6:26)
9. M.E. (7:09)

Infos :
Junior boy's Own, 1993

Myspace Underworld
Site officiel Underworld



PS : Comme vous l'imaginez, j'ai écouté l'album 3 fois en écrivant ce texte.
PPS : Pour les plus aveugles, je viens d'expliquer l'histoire de mon pseudo (ce que les gens aiment découvrir sur internet)

par Dirty Epic publié dans : Les fils rouges
ajouter un commentaire commentaires (4)    recommander
Mercredi 6 juin 2007


    En cherchant parmi les milliers de films (au moins) que j'ai vu au cours de ces 25 dernières années, j'ai voulu en retenir un. Mais en faisant le tour des titres dans ma tête, l'un d'eux est revenu trois fois. Fight Club, Retour vers le Futur, Garden State, Retour vers le Futur II, Human Traffic, Retour vers le Futur III...
Hill Valley Il fallait me rendre à l'évidence, les aventures de Marty McFly ont forgé mon enfance. Et je pense que contrairement aux deux premières oeuvres présentées, celle-ci nécessite peu d'explication puisque ce(s) film(s) fait partie de la culture commune, le grand gloubiboulga qui a nourri tous les enfants nés avant les années 90.



Rappel pour les deux du fond qui ne suivaient pas :
    Marty est un jeune adolescent américain comme dans tous les films, sa copine Jennifer est une adolescente américaine comme dans tous les films, et sa famille réunit des supers loosers : la mère boit de la vodka dès le matin, le père est exploité et sous payé par son boss Biff Tannen, son oncle est en prison etc. Le seul ami de Marty semble être un savant farfelu dont l'esprit est à l'image de ses cheveux. Bordélique.
Doc Brown (Docteur Emmet Brown) est le génial(?) inventeur d'une machine à remonter le temps ; et cette machine est d'autant plus classe qu'il s'agit d'une DeLorean, l'une des rares voitures à avoir des portes à ouverture papillon. Suite à un concours de circonstances gagné par Marty, celui-ci est projeté dans le passé, en 1955. Voila pour le pitch.



        Vu comme ça, ya pas de quoi tripper sa mère et hurler "Encore!" à la fin de chaque film. Là où tout est génial, c'est tout ce qui est inutile à l'intrigue principale. D'abord la mode. Les détracteurs diront que Retour vers le Futur est kitsch, puisque les filles sont permanentées les bombers gonflés et les baskets à scratch. Mais chers amis, toutes les époques de la trilogie sont surfaites ! 1955 et ses robes longues sur soquettes blanches, 1985 et ses skate-boards et ses walkmans, 2015 avec ses doubles cravates en plastique...
        Ensuite il y a les inventions de Marty, au cours de ses voyages, il invente le skate-board, le freesbee et le rock & roll (rien que ça). Et sans jamais le vouloir il réécrit la petite histoire de sa ville, Hill Valley : le centre commercial Two Pines devient Lone Pine, le ravin Clayton devient le ravin Eastwood...
        Il y a aussi la musique qui fait beaucoup : Alan Sylvestri signe une bande originale dans un style très Superman, avec des cuivres partout pour que ça brille et des batteries de batteries pour que ça tape. Et même quand Marty n'est pas à cheval, ça galope.
    Et pour finir des dialogues splendides servis par des acteurs exceptionnels (on dirait un dos de jaquette d'un film de Steven Seagal). Plus sérieusement, qui n'a jamais dit "nom de Zeus" à la manière de Doc ?

    Et là j'aborde les deux fondements de Retour vers le Futur : les dialogues, et Doc Brown. En fait les deux ne font qu'un puisque tout le film repose sur le langage frivole et les théories alambiquées de Doc.
Doc c'est le grand père que tous les enfants rêvent d'avoir et que les parents ont en horreur : drôle, inventif, irresponsable. Un type qui n'a jamais rien sû faire de sa vie sauf tomber dans les toilettes et dans les pommes ce qui lui donnera l'idée du convecteur temporel. Le personnage, on le doit à Christopher Lloyd (également oncle Fétide de la Famille Addams) qui compose un zouave incompréhensible et attachant, mais aussi à sa doublure française, Pierre Hatet, qui en fait un personnage encore meilleur que l'original.

        Depuis Retour vers le Futur, aucun film sur le voyage dans le temps ne supporte la comparaison. tous sont écrasés par la limpidité des enchaînements, la gestion du continuum espace-temps, et surtout, les paradoxes temporels. C'est tellement bien fait que même un gamin de 10 ans comprend (pour peut qu'il maîtrise la compléxité du convecteur temporel).
        Retour vers le Futur est un film de gosse, un vrai rêve éveillé et qui rappelle les instincts les plus anciens. (qui n'a jamais fait voler ses petites voitures en jouant ?) A la fin du film, j'ai toujours envie de sauter sur le canapé en criant : "Encore !" c'est souvent là que ma copine dit "Fred, 8 ça suffit".
        Mais Retour vers le Futur est aussi un film qui vieillit avec le spectateur, et ça, c'est rare. Quand on est petit, on aime le 3, parce que les cowboys et les trains et les fusils c'est trop cool. Après on grandit et on decouvre les joies de la compléxité d'un scénario et on aime le deux, parce qu'on va dans le futur et les voitures volent, puis dans le passé, et on a deux Marty... Et finalement on aime le premier volet, parce que finalement c'est le plus mature, celui du passage à l'âge adulte, où les responsabilités tombent.
        J'aime ce film parce que sous couvert de ramener dans l'enfance, il présente vraiment la vie d'adulte avec son grand conseil final : "Le temps est ce qu'on en fait, alors ne le gâchez pas." Je sais que c'est de la philosophie lyophilisée, mais merde quoi, c'est Doc qui dit ça, c'est pas rien !
        Je n'arrive pas à m'arrêter tellement ce(s) film(s) me procure des émotions intenses, je le(s) regarde au minimum une fois par an, ce film ne vieillira jamais, c'est un document d'époque de 1985, les historiens l'étudieront un jour. En attendant, je rêve toujours quand je roule à 88 miles à l'heure (140km/h) qu'il se passe un truc.



Repliques cultes :
- "2,21 gigowatts !!!!!!!" (en fait c'est super nul sans la voix)
- "La route ? Là où on va on a pas besoin (clac) de route."
- "Marty : Attendez doc, vous voulez dire que vous avez construit une machine à voyager dans le temps... à partir d'une DeLorean?
Doc : 'Faut voir grand dans la vie! Quitte à construire une machine à partir d' une voiture autant en prendre une qui a de la gueule!"
- "Allo? Allo? Y'a personne au bout du fil? 'Faut réfléchir McFly! 'Faut réfléchir! Et le temps qu'il me faut pour la recopier? Mais est-ce-que tu te rends compte de ce qui se passerait, si je rendais MA rédaction, avec TON écriture? Mais je serais viré du lycée! Ce serait pas ce que tu cherches à faire par hasard?"

Extraits audio des répliques
Site presque officiel (mais sur Google il y en  a des tas)
 
Equipe :
Réalisateur : Robert Zemeckis (Roger Rabbit, Forrest Gump) ce type est un grand.
Scénariste : Bob Gale (un geek à lunette)
Producteur : Steven Spielberg (vous savez le type avec une casquette et une barbe)
Acteurs : Michael J. Fox, Christopher Lloyd, Crispin Glover, Lea Thompson, Thomas F. Wilson...

PS: Bon, c'est pas tout ça, mais quand est-ce que Mattel le sort son over-board ?


par Dirty Epic publié dans : Les fils rouges
ajouter un commentaire commentaires (4)    recommander
Mercredi 30 mai 2007

El Torero Hallucinogene, 1968-70, Huile sur toile de 4x3, collection famille Morse.

    Tout le monde ici connaît Salvador Dalì, et nos parents en ont tellement bouffé (avec des barres de chocolat Gérard Lanvin) que tout le monde a désormais une opinion à peu prêt arrêtée sur le personnage. Soit on aime, soit on déteste (j'adore cette phrase qui finalement ne veut rien dire). Une chose est sûre, pour faire classe dans le monde des arts, il faut obligatoirement critiquer ouvertement Dalì, car trop populaire, trop riche, trop lourd, trop typé (un peu comme la Vache qui rit en fait).
    Je me suis mis à vraiment aimer Dalì le jour où un mec s'est trouvé intelligent quand il m'a dit : "Comment peux-tu aimer un type qui était pour Franco, donc un gros facho ?" Mon sang ne fit qu'un demi-tour, je lui ai dit qu'il condamnait bien vite la production d'un artiste sous prétexte que ses idées politiques étaient du mauvais côté de la barrière. Apparemment pour être artiste il faut être de gauche, et même défendre les goulags ne fait pas mal à une carrière.
        Je me suis mis à aimer Dalì pour ce qu'il FAISAIT, pas pour ce qu'il était ou disait.

        L'été 1998 fut celui de mes dernières vacances avec mes parents, vous savez, celles qui vous disent en rentrant "ça-y-est tu es un adulte". Et pendant ce séjour dans le très sud de la France, nous avons fait un détour par Figeres et le musée-théâtre Dalì. Ce musée est un superbe attrape-touriste, la plus belle entourloupe de Dalì, puisqu'elle marche toujours malgré sa mort. Passons notre chemin sur les oeuvres tape-à-l'oeil et les toiles au kilomètre pour nous attarder sur le coeur du musée, la salle à la voûte de verre, celle qui abrite le Torero Hallucinogène.

        J'avais 16 ans, des cheveux plein la tête et des boutons plein les joues mais ça ne m'a pas empêché de tomber des nues devant le Torero. 4m sur 3, un monstre de toile, 12m² de peinture surréaliste et hallucinante, des couleurs à faire pleurer un arc en ciel, des idées à faire palir Dieu s'il existe. Il y a 6 mois et 16 jours je vous faisait découvrir la paranoïa critique, le système d'illusion qui guide la création chez Dalì ; le Torero Hallucinogène en est sans doute l'aboutissement tant il multiplie les illusions, les allusions, les citations et les auto-références.



        Petit tour rapide d'une oeuvre-tiroir comme il aimait en faire :
1. Le Torero, celui qui se cache dans le tableau, mais finalement quand on le voit on ne voit que lui. (Sur un grand format il est plus dur de le voir, avec sa cravate verte et sa cape rouge). Il semble mort avec ses yeux noirs.
2. Gala (meuf qu'il a piqué à son pote Eluard) qui fut sa muse avant d'être remplacée par Amanda Le