Sur les dents

Publié le par Dirty Epic

Longue absence, longues journées pour de longs travaux de longue haleine.
Petits espoirs pour petits salaires, petits yeux de petites nuits.
Faire une croix sur les loisirs pour gagner quelques ronds.

J'ai eu honte quand on m'a appris une bonne nouvelle. Cela faisait près de cinq ans que je n'avais pas mis les dents chez le dentiste. Les dents ont toujours été une angoisse chez moi. Depuis plusieurs années je rêve qu'elles tombent, partent en poussière, se cassent, qu'elles glissent de ma bouche, toutes ces horreurs que Freud me met dans l'inconscient pour me dire que j'ai peur de vieillir, de prendre ma vie à demain, de devenir adulte avec le pack 'responsabilités' qui va avec (il y a aussi une angoisse de castration et un bout de masturbation, mais avec Freud tout est sexuel).
Pendant ces cinq ans de laisser-aller buccal, je pensais que mes dents me quittaient ; une en particulier, que je croyais s'effriter et dont je sentais le trou avec ma langue. Et en fait non. C'était juste un bout de tartre qui s'était décroché. En cinq ans, à part une couche de tarte à faire pleurer un bataillon de Calgon, mes dents n'ont pas souffert. Aucune carie, rien. Je savais que j'avais les dents solides et c'est pour ça que je ne m'en occupais pas. Raisonnement illogique je vous l'accorde. C'est quand je pense à ma soeur qui a les dents fragiles, qui fait tout pour en prendre soin et qui les voit mourir à petit feu, que je me sens honteux.

J'ai également retrouvé les joies de la lettre manuscrite pour un poste de photothécaire (avec options) dans le Nord. Cinq feuilles froissées pour un S de trop, un L en moins, une bavure en haut à droite, une adresse ratée et un mot oublié. Je comprends pourquoi on parle de lettre de motivation. Il faut de la persévérance pour avoir l'air parfait.
pendant ce mois d'absence, j'ai rencontré Philippe Claudel. Le cinéaste, pas l'auteur. Quoique les deux soient très proches. J'ai correspondu avec lui et j'espère continuer. Mais quand je pense à la correspondance de Flaubert ou de Rimbaud, je me dis que le courrier électronique a ôté tout romantisme à la pensée et que je vois mal Gallimard publier "Mails de P. Claudel" ou pire "Mails de D. Epic" (quoique mes relances contre les vendeurs peu scrupuleux d'Ebay cachent de vrais trésors de rires jaunes et d'humour noir).
Je suis allé deux fois à Paris pour y rester quelques heures, comble de la frustration. J'ai rencontré un photographe charmant du nom de Jean-Noël R. peut-être lui ferai-je l'honneur d'un article s'il daigne m'engager pour un travail d'inventaire et de recollement.
Pendant 15 jours j'ai participé à la Biennale Internationale de l'Image, soit prendre part à l'accrochage de 600 photos avec quatre marteaux, fixer des projecteurs avec du fil de fer... mais aussi rencontrer un éditeur qui pourrait distribuer mon futur livre (qui est futur depuis deux ans) mieux que celui avec lequel je suis actuellement.

Fin avril j'ai vécu un entretien d'embuche assez triste, où mon rôle était déjà fixé avant même de rentrer dans la pièce. Je suis un homme, je ne suis pas le bienvenu.
J'ai visité un hôtel éphémère réalisé par le collectif 3RS, une structure métallique accueillante, un cocon industriel. J'y ai croisé mon alter ego Speed Herban, un super héros plutôt collant que cape, mais sympathique.


M83 a sorti un album que j'attendais, NIN a sorti un album que je n'attendais pas, j'ai décommandé au dernier moment un concert de Underworld tout ça parce que j'étais fatigué. Je me suis réveillé à midi le jour suivant.
Un samedi soir j'ai vécu un lavage de cerveau chez Mc Donald où j'ai entendu pendant près de 30 minutes tous les jingles 'NRJ & Mc Do' en boucle. Soit 30 minutes de la voie de Speakrin NRJ, 30 minutes de bruits de lasers, 30 minutes d'introduction de tektonik puis de R&B, puis de tektonik, 30 minutes de choeurs féminins dont les seules paroles sont 'NRJ'. J'ai cru mourir et revivre à chaque coupure. Je sais désormais ce que Prométhée vit.
Je suis allé voir des zombies filmés au caméscope dans Rec, avec ma cherry qui me serrait le bras. J'aime bien les zombies, ça rapproche les couples (et c'est nettement mieux que Cloverfield).
J'ai pris un PV sans en être responsable parce l'agence de location de véhicule ne tient pas ses papiers à jour. Je ne sais pas si je suis masochiste, mais j'ai apprécié me faire verbaliser en sachant que je n'aurai pas à payer. Le plaisir de savoir qu'on est un citoyen modèle peut-être.
Ma cherry a eu son permis, mais ça vous le savez déjà.
Ma grand-mère va fêter ses 70 ans mais elle a eu le courage de faire encore une fois la marche Nancy-Metz (70km), et elle a même osé lire Acouphènes jusqu'au bout.
J'ai fini Splinter Cell - Pandora Tomorrow en étant surpris que ce soit la fin, vu que je jouais une fois tous les tremblements de terre (heureusement qu'il y a eu la Birmanie et la Chine, sinon Sam Fisher serait toujours coincé dans une bouche d'aération).
J'ai passé de merveilleux moments avec ma future femme qui décidemment a de sacrés beaux yeux (chez elle, tout ce qui va par deux est beau).
Après plusieurs nuits, j'ai remarqué que mes rêves les plus angoissants n'étaient pas dus aux dents mais parlaient toujours de colonies de vacances préparées au dernier moment, où tout se passait mal, et des enfants déboulant de partout et que je dois surveiller et parfois même sauver d'une mort certaine. 15 jours compressés en une nuit, comprenez que je sois fatigué.
J'ai eu l'occasion de manger des sushis, et ça faisait bien longtemps. C'est fou comme on peut en manger énormément sans se rendre compte de la quantité. Imaginez la même quantité de riz cuite par un cuisinier français avec le poisson à côté, ça ferait trois assiettes. Au moins.

Ce week end, j'ai eu un sac vert plein de CDs. Je remercie encore chaleureusement Marc-Antoine (meilleur ami n°1), sa maman (maman n°2), ainsi que J-M pour qui j'ai toujours une pensée à chaque fois que je profite de ce que j'ai découvert grâce à lui. Les prochaines semaines j'écouterai : Angelo Badalamenti, James Delleck, Arcade Fire, Archive et beaucoup d'autres provenant de ce sac vert plein de CDs. Merci encore.

J'ai l'étrange sentiment que ma vie s'accélère et pourtant tout ce qui me permet de vivre matériellement (le salaire) provient toujours des mêmes endroits, des mêmes emplois à l'initiative proche de zéro et qui ramolissent le cerveau tellement c'est intellectuellement répétitif.
C'est le taylorisme éducatif, la culture à la chaine. J'espère zapper bientôt.





Publié dans Mes humeurs

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Pomme 18/06/2008 16:03

La vie n'est faite que de ruptures, de changements, de pages qui se tournent.. On se perd, on s'éloigne, on se retrouve..même si on est loin..Le meilleur reste à venir parait il..alors je te le souhaîte le meilleur..La vie continue...sur un faux air de Sia..mais rien ne sera jamais plus pareil..Je t'embrasse..Au revoir...

Alexandre 18/05/2008 14:24

Un entretien dans le Nord? Tu as raison, c'est tellement tendance depuis les Ch'tis de Dany Boon. Ce film aura au moins servi à ce que les postes professionnels soient davantage prisés autour de Lille.  Merci de ne pas oublier le R entouré d'un rond après Tektonik.

[aMèLe] 14/05/2008 11:04

Je pense qu'une publication des "Mails de D. Epic" pourrait avoir du succès. AppartéJe me suis toujours dit que j'aimerais qu'on publie mes mails. Probablement parce que je les peaufine davantage que mes lettres, et que les amis qui renvoient une lettre en réponse d'une autre lettre commencent à se faire rares. Or dans le cas d'une correspondance, c'est plutôt cool d'avoir des réponses.Et comme tu l'écris toi-même, tu as l'é-mail solide.