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Tamard, c'est un bulletin qui fait du bruit, plein de chro-ni queues ni tête.
En fait, il s'agit de repartir moins bête qu'en entrant, mais sans savoir qu'on a appris quelque chose.
Pour mon anniversaire j'ai souvent eu des cadeaux prestigieux. Bizarrement ce n'est pas ma famille qui me gâte le plus, mais ce sont mes idoles. Pour vous
donner quelques exemples : Underworld a sorti Beaucoup Fish le 2 mars 1999 (et c'est Meilleur Ami n°2 qui me l'a offert), Nine Inch Nails vient de sortir Ghosts I-IV le 2 mars
2008 (peut-être en parlerai-je si vous êtes sages). Mais le plus beau cadeau, ce fut le début de la diffusion de Dragon Ball le 2 mars 1988. Information qui vous semble inutile, pourtant
elle a résonnance indéniable pour la suite de mon existence.
Comme 74.6% des garçons de ma génération j'étais un téléspectateur assidu du Club Dorothée. J'avais 6 ans et je suivais les aventures de Sangoku, enfant vivant seul dans la
montagne depuis la mort de son grand-père. Sangoku (dont la transcription Son Gokû eût été plus judicieuse) est un personnage suprenant dont les qualités sont souvent considérées comme des
défauts dans la réalité. Il est inspiré d'un conte chinois, Le voyage en Occident, dont le héros s'appelle Sun Wukong, porte une queue de singe, et possède un bâton magique
qui s'allonge à volonté et un nuage permettant de voler.
Sangoku est très fort, il se débrouille tout seul dans la forêt, chasse, pêche nature et tradition, et n'a aucun problème pour se balader à
poil, manger du dinosaure ou ou attaquer une voiture parce qu'il pense qu'il s'agit d'un monstre. Car c'est là le défaut de Sangoku, il ne connaît rien à rien. Il est obligé de toucher le sexe
pour distinguer les filles des garçons (on dit "faire panpan"), il est très naïf, croit que tout le monde est gentil, et comme il est très fort physiquement il pense que c'est le cas de tout le
monde. C'est sa naïveté qui donnera le ton si particulier de la série. C'est l'histoire de l'enfant sauvage qui part à la découverte du monde, il a un oeil neuf, celui que tout adulte rêve de
retrouver pour s'émerveiller de chaque chose.
L'histoire commence avec Bulma, une gosse de riche qui décide de voyager pendant l'été et qui recherche les dragon balls, 7 boules de cristal dispersées à travers le monde et qui, une fois
réunies, permettent à l'aventurier de réaliser un voeu de son choix. Jusqu'ici rien de bien original, l'intrigue principale est tirée par un "Mc Guffin", l'objet que tout le monde convoite. Mais
les personnages et les accessoires de Dragon Ball ont de quoi faire rêver, c'est là qu'Akira Toriyama, le mangaka, fait très fort. Oolong le cochon amateur de filles qui se transforme en ce qu'il
veut pour piller les villages mais qui est trop pauvre pour subvenir aux besoins de ses femmes, Yamcha, le guerrier du désert, très puissant mais tout aussi timide, Gyumao le roi qui ne peut plus
aller dans son chateau parce qu'il a pris feu quand il est parti en pic-nic, et surtout Tortue Géniale, un vieillard sénile, lubrique et peloteur qui est pourtant un maître des arts martiaux,
détenteur du secret du Kaméhaméha, l'onde de choc que Sangoku arrive à refaire dès son premier essai. Kaméhaméha c'est le cri de guerre de tous les gosses entre 1990 et 1996. Tous se sont
balancés des boules de neige ou de papier en se gueulant dessus KAMEHAMEHAAAAA !!!! Même mes parents connaissent tellement je les ai bassiné avec ça :
- Frédéric, tu peux me passer la salière ?
- Kaméhaméhaaaaaaaaa
(je ne décrirai pas la scène suivante où mon père, les cheveux plus sel que poivre me fait ramasser les grains un par un).
En plus des objets de Sangoku (le nuage magique jaune qui vient à toi dès que tu l'appelles et le bâton magique indestructible), qui sont des vestiges du passé et porteurs de magie ancestrale,
Bulma nous présente le gadget ultime, ce vers quoi tend toutes les tentatives de miniaturisation : les Capsules Corp. Une capsule de la taille d'ue clé USB peut contenir tout ce qu'on veut ! Il
suffit de cliquer, de la lancer et apparaît au choix : une maison avec cuisine équipée et moto dans le garage, la collection intégrale des PUFU PUFU (les Playboy de Tortue Géniale), ou alors
plein plein d'eau pour les villages asséchés.
La grande question des fans de Dragon Ball c'est : un être humain survivrait-il s'il était enfermé dans une capsule.
Quand un gagaball (surnom des fans de DB) parle de sa passion, le novice en face dira "ah les mecs avec les cheveux jaunes !". Je tiens à rectifier certaines
croyances : Dragon Ball dure en tout 42 tomes, le 1er super guerrier apparaît au tome 27, ce qui fait seulement un tiers de cheveux jaunes. L'image a cependant marqué les générations 90's parce
elle est passée au moment du succès du Club Dorothée.
Mais il y a beaucoup de préjugés que je vais faire disparaître sous vos yeux ébahis : Dragon Ball est une bande dessinée. Le dessin animé c'est du
plus-produit, afin de gagner plus de public. La division Dragon Ball et Dragon Ball Z n'apparaît que dans les dessins animés, pour séparer l'enfance de Sangoku et sa vie adulte.
Dragon Ball Z est un animé de piètre qualité et extrêmement lent car il ne fallait pas que l'histoire aille plus vite que la BD. Ainsi a-t-on des épisodes entiers de vent qui souffle, de
regards de western, de krrrkrrrrr (crissement de dents Dragon Ball, typiquement japonais et impossible à refaire), et de discours du genre "je suis le maître de cette planète tu ne me
vaincras pas" "tu as tué mon meilleur ami je vais le ressusciter je reviens et je te fais avaler tes dents". Dragon Ball ce n'est pas pour les enfants, car il y a du sexe (le premier voeu au Dragon, c'est une culotte), de la violence (il y a beaucoup de sang
qui gicle quand Tortue Géniale voit les seins de Bulma), et même un personnage homosexuel aux tendances pédophiles (mais c'est un méchant, la morale est sauve). Des gens comme Ségolène Royal se
sont battus pour protéger nos chères têtes blondes de la violence nippone. Du coup tous les nichons nippons furent coupés. et Miyazaki fut mis au ban du dessin animé jusque 1994.
Voilà, j'ai bien critiqué Dragon Ball Z maintenant je peux mieux aimer le dessin animé de mon enfance. Dragon Ball c'est l'histoire d'un enfant innocent mais qui sans le savoir
traine un secret très lourd, il se transforme en gorille les nuits de plaine lune. Ca encore c'est pas trop grave, mais ce qui est triste c'est que c'est Sangoku lui-même qui a tué son grand-père
sans le savoir. Je vous disais qu'il était naïf ; il pense que les hommes sont tous bons où finissent par le devenir. D'ailleurs, faisons le tour de ses amis, tous des ennemis au départ : - Yamcha : première rencontre il lui tire dessus au fatal bazouka. - Krilin : lui fait tous les coups de pute possible pour être bien vu de Tortue Géniale. - Tenshin Han : Ennemi au tournoi des arts martiaux, élève du rival de Tortue Géniale. - Piccolo : Démon ultime, tue Krilin et Tortue Géniale. - Végéta : Tue beaucoup de monde, veut vaincre Sangoku à tout prix.
Sangoku c'est le mec qui fait que le monde est meilleur parce que tous ces gens deviendront de véritables amis. Piccolo deviendra une sorte de parrain pour le fils de Sangoku (Sangohan), Végéta,
l'ennemi intime, représente l'image du macho pur qui refuse de s'avouer que l'amitié et le respect d'un autre homme est possible. La symbolique de cette homosexualité latente prendra toute sa
mesure dans la scène de la fusion pour combattre le démon Bou ; les corps de Végéta et Sangoku s'unissent et ne font qu'un et en plus ils portent des boucles d'oreilles (et là ya 25 gagaballs qui
vont hurler au scandale).
Vous l'aurez compris, dans la vraie vie, Sangoku serait un mec "trop bon trop con", mais dans Dragon Ball c'est un héros qui refuse le combat le plus souvent possible (j'ai 26 ans je ne
me suis jamais battu, Sangoku à mon âge a foutu sa trampe à 90 personnes, je pense qu'il cherche un peu la merde quand même).
On distingue plusieurs aventures dans Dragon Ball, et ce n'est pas que du combat, d'ailleurs il y en a finalement peu (au début) :
- La quête des dragon balls
- La formation avec Tortue Géniale
- L'armée du Ruban Rouge (comme une armée fasciste se fait démonter par un gosse, mon histoire préférée)
- Le tournoi des arts martiaux
- Le démon Piccolo
- La revanche du démon Piccolo
Après on a Dragon Ball Z et le scénario se résume à : Sangoku est le
plus fort, le méchant se transforme, Sangoku se transforme en super guerrier, le méchant se transforme encore, Sangoku passe en super guerrier 2, le méchant se transforme encore, Sangoku passe en
super guerrier 3 mais pas chez le coiffeur et flingue le méchant. C'est un peu à celui qui aura la plus grosse... de coiffure. Dragon Ball est un récit initiatique plein de vertus éducatives. Sangoku nous apprend a ne pas juger à l'apparence, il nous montre pourquoi il faut respecter les anciens (Tortue Géniale
est un guerrier de talent, un vrai professeur, mais obsédé). Il faut aussi se faire souffrance pour progresser, accepter de ne pas voir ses amis pendant des années pour être meilleur, avoir le
sens du sacrifice (primordial dans DB) mais aussi savoir s'unir et prendre en compte les avis des autres (les conseils de Krilin à Sangoku le naïf).
De 6 à 15 ans j'ai regardé cette série, j'ai pris les BD en cours de route. L'image la plus ancienne qui m'a marqué, c'est Sangoku, Krilin et Bulma coincés dans une base sous-marine. Le bateau
est en panne, et Sangoku fait un Kaméhaméha pour propulser ses amis à la surface. Il fait tout ça en ayant un rat dans la bouche (rat qui lui a sauvé la vie en effrayant le méchant homosexuel
pédophile cité plus haut, le Général Bleu). Je me suis demandé longtemps pour cette scène en particulier et pas une autre ? En fait Sangoku utilise sa force d'attaque, mais il n'y a aucune
attaque, il sauve les gens en utilisant la puissance ultime. Un peu comme si une bombe H pouvait sauver des vies.
Dragon Ball Z c'est aussi près de 60 cassettes VHS, enregistrées chaque mercredi matin, deux épisodes avec la pub et le Face-à-face-à-face entre les deux. J'avais latin et je me demandais comment
Sangoku allait sauver ses amis de l'infame Freezer, autoproclamé Empereur de l'univers (c'est plus classe que nos dictateurs terriens !). En vacances j'ai hurlé de joie quand j'ai vu qu'il y
avait une télé dans le chalet, il fallait que mes parents aillent au marché à 9h50, sinon ils auraient râlé.
Toutes les bonnes choses ont une fin, mais celle de Dragon Ball Z est arrivée plus tôt que prévue... le 29 août 1997 (celui qui a son anniversaire là il a pas de bol) le Club Dorothée
arrête la diffusion. Je ne saurai jamais pourquoi. Mais imaginez une saga comme Urgences ou Friends et dont la fin n'a JAMAIS été diffusée sur une chaîne hertzienne. Mais les
décisionnaires ont pensé : "ce sont des enfants, ils s'en fichent". Leur réussite fut de pousser les jeunes à la lecture puisque tous les Français ont découvert la fin de DB en lisant le
manga. Il n'empêche que les puissants du monde de demain seront des gens privés de la fin de Dragon Ball, des hommes frustrés à vie à qui on va confier des responsabilités sans limite !
Heureusement qu'ils ont appris le sens de l'amitié, du sacrifice et tout et tout.
Après ça, ma vie a repris son cours, je suis allé au lycée, je relisais secrètement pour la 624e fois les 42 tomes de DB, je ne m'en vantais pas, on aurait dit "ah le gosse !". Alors qu'à cette
époque, si j'avais les cheveux longs, c'était pour ressembler à Trunks, le fils de Végéta et Bulma, venu du futur. Après j'ai dit que c'était pour faire Métalleux, mais au départ j'avais vraiment
la coupe au bol de Trunks que j'ai laissé poussé comme lui...
En 2005 je suis tombé sur des tirettes avec des figurines dedans. J'en avais plein quand j'étais petit, j'avais les cartes aussi (dont une collection complète humhum ^^). Mais ces figurines
étaient vraiment belles, avec des détails d'une précision infime. J'ai mis 2 euros. Il était déjà trop tard.
je suis allé sur internet pour vous ce que c'était que ces gashapons, ces figurines à monter soi-même. Et sur Ebay des Chinois vendaient ça par série entière, ce qui évitait d'avoir des
doubles et de les avoir bien moins chères qu'à l'unité. J'ai commencé la série des HG, je les ai tous, absolument tous (sauf les jambes de Oub, mais je vais fouiller le sac de l'aspirateur).
Après j'ai fait les minis, mais seulement 5 séries, ça va vite. Après j'ai fait les Mégahouse, là c'est la Rolls Royce du Gashapon, la seule collection a avoir été falsifiée, j'en possède 2
séries introuvables dont les derniers prix vus avoisinaient les 200€ (l'une de ces séries j'ai l'ai eu gratos, grâce à une erreur de la poste en ma faveur). Cette passion prend beaucoup de temps
et beaucoup d'espace. Je remercie ma future femme de m'accepter tel que je suis, 250 figurines sur les livres, les DVD, dans les toilettes (plouf) ça demande vraiment beaucoup de courage pour 1.
une fille, 2. qui n'a jamais regardé Dragon Ball. Mais je peux vous dire que le plaisir de monter une figurine et d'admirer le résultat est immense, même pour meilleur ami n°2 qui n'est
pas fan de DB. (comment peut-il être mon meilleur ami ?).
Dragon Ball fut mon rêve d'enfant et reste mon plaisir d'adulte, j'ai peur du film américain en préparation, on essaie de toucher à une mythologie incroyable, ils y a tellement de fans
intégristes que le réalisateur James Wong, malgré le fait qu'il ait fait de très bons épisodes d' X-Files, pourrait se retrouver aux enfers avec Freezer, Cell, Bou, Babidi, Janemba et tous les
autres, et il passerait une sale éternité. Et pour vous faire découvrir Dragon Ball je ne dirai qu'une chose : Lisez.
PS : pour cet article je tiens à remercier Brigitte
Lecordier, l'une des grandes anonymes du doublage français, ces gens sans visage dont la voix nous enchante ; elle fut la voix de Sangoku pendant tout Dragon Ball, puis celle de
Sangohan, puis celle de Sangoten. Malgré une gestion du doublage lamentable (changement de voix, traduction plus qu'approximative), Brigitte Lecordier a su donner une vraie personnalité à un
Sangoku de celluloid. Dans ma tête résonneront à jamais les "ti tidi tidiii" de Sangoku se promenant où les "tin nin nin ninnin" quand il s'envole sur son nuage.
C'est marrant, parce que j'ai jamais été fan de DB (pas assez de testostérone dans le sang, probablement), mais je comprend tout à fait la passion qui t'anime. Et quitte à faire la fataliste blasée, j'ai envie de dire que tant que ça durera, ils n'auront pas gagné.