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Tamard, c'est un bulletin qui fait du bruit, plein de chro-ni queues ni tête.
En fait, il s'agit de repartir moins bête qu'en entrant, mais sans savoir qu'on a appris quelque chose.
Il est des moments que l'on ne veut pas vivre. On sait qu'ils n'ont rien d'horrible, que ce n'est pas une épreuve insurmontable.
Il y a juste des a priori qui durent depuis des années, même depuis qu'on est né.
Finalement, tout repose sur le regard des autres, l'oeil inquisiteur, celui qui juge, et qui dit : "Quoi ? Tu es allé voir
Holiday On Ice ???"
Oui je suis allé voir Holiday On Ice. Ce spectacle jouit d'une réputation amplement méritée de stras, paillettes et plumes dans
le tutu histoire de réchauffer les membres glacés des spectateurs du premier rang.
Mais j'y allais pour faire plaisir à belle-maman et surtout à sa fille. J'avais tout de même une dette envers elle depuis le jour où elle avait supporté 3h
de David Lynch en figures imposées, avec le sourire. Je lui devais bien ça. Mais à peine le programme dans les mains je commence à douter. La patineuse en couverture a tout d'une belly danseuse
du Cheval Fou, l'érotisme en moins ; et elle pose dans un décor du plus pur style Lorie, mais sans dauphin. Et le camaïeu de rose moutonneux finit de m'achever.
Par chance, la scène est loin du roccoco-glouglouteux et plus proche du gothico-harrypottesque. Les lumières s'éteignent, le public, malgré un âge avancé est fort dynamique,
tout le monde tape des mains à contre-temps. C'est fascinant comme un public français ne sait pas battre la mesure, en Allemagne au moins c'est carré !
Le spectacle commence simplement avec des costumes sans intérêt mais sobres, et dans une chorégraphie dont la seule difficulté est le nombre de patineurs
dans si peu d'espace. Jusqu'ici rien de transcendant. C'est alors qu'apparut une caricature de stéréotype de gitan, tout de rouge vêtu, des breloques en or pour faire voleur viril, un pantalon
moulant et des foulards à grelots pour faire plus romantique qu'Emmanuel Moire. Et il s'est mis à jouer du violon en playback. Tout cela commence bien mal... Il est ensuite monté sur la piste
pour attirer les oeillades enflammées d'une Esmeralda de supermarché, du coup il a enchainé les poses de machos (sur patins). Premier gadin. Ca continue bien mal...
Je me force à me concentrer sur les figures, choses assez rares pour être vues en vrai, mon seul spectacle sur glace se limitant à du hockey, mais les
Canadiens sans dents ne sont pas très habiles dans les arabesques demandant légéreté et finesse. Les danses se passent, les patineurs tournoient, ça glisse au pays des merveilles. Mais c'est
alors qu'Alice (Ouh ouh) pointe son nez dans une robe vichy bien ajustée, elle avait dû faire un régime. Qu'elle était belle Alice dans cet univers fantasmagorique, elle m'entraîne dans le
terrier, je virvolte avec elle, le lapin en retard est là, le chapelier toqué aussi, mon âme d'enfant se réveille, je ris quand le lapin glisse et tombe, j'oublie qu'il y a sous le costume un
ancien Brian Joubert qui transpire comme un fou pour exécuter des figures avec des patins velus taille 62 aux pieds. Je m'imagine à la table du banquet, la Reine de Coeur arrivant pour me
trancher la tête, je suis perdu dans mes divagations disneïques, j'ai des réminiscences de valets de coeur porteurs de hallebardes.
A peine suis-je rassasié de magie que viennent à mes oreilles une mélodie oubliée. The Magical Mystery Tour des Beatles me rappelle à mes années de
lycée, comment ai-je pû oublier ce morceau qui m'a habité tant de temps ! Je me souviens de Jean scratchant Yellow Submarine à mon anniversaire, quel massacre... Et justement, un engin jaune
pointe ses phares au bout le patinoire, c'est un bus scolaire, typiquement américain, il ressemble à un accordéon désaccordé. Une maîtresse en descend, encore une caricature d'idée reçue, elle
porte un chignon strict et un tailleur riche, il ne lui manque que la cravache de Dominia du Donjon. Mais le chauffeur du bus arrive héroïquement et il arrache ses vêtements. Encore un
fantasme... tous les gosses ont déjà rêvé de conduire un bus.
La maîtressse n'est pas en maillot de bain, mais presque, elle glisse sur l'eau gelée, elle laisse derrière elle des rayures indélébiles, marquant le sol de
son passage léger et lisse.
Je continue de regarder ces patineurs qui nous racontent des histoires sans paroles.
Les mots sont absents, ils s'écrivent dans la glace et finissent par fondre. J'ai des étoiles plein les yeux quand les lumières s'agitent, des néons tournent autour de la scène, passant du bleu
au rouge dans des dégradés audacieux, mais pas autant que les figures des rockers qui exécutent des portés lancés à 20km/h, Je ris devant un scorpion qui s'emmêle les pattes, je tremble pour un
lion qui s'approche bien près du bord.
J'ai même les larmes aux yeux (bon en vrai j'ai pas pleuré hein) quand un clône de Jude Law (Bienvenue à Gattaca) nous narre sa misère amoureuse. Il est seul, perdu sur un
banc, il attend l'amour avec à ses côtés un bouquet de fleurs fanées. Il regarde un couple passer, ils sont rayonnants et glissent sur la surface lisse, pendant que lui, balourd, se hisse sur la
glace pour les suivre. Il s'imagine dans les bras de la belle, tournoyant sans fin, la portant dans des postures impossibles, mais tout ce qu'il voit c'est son reflet dans un miroir d'eau figée.
Il veut ravir la blonde à son amant, il imite son rival, mais ne l'égale pas puisqu'il est toujours seul, la beauté de la belle rejaillit partout, sauf sur sa personne. Il tente un ultime geste,
tendant son bouquet sombre vers celle qu'il désire, mais elle reste de glace, le laissant seul, perdu sur un banc, n'attendant plus rien, avec pour seule compagnie un lampadaire trop faible pour
repousser les ténèbres qui l'envahissent ; alors il reste là, dans le froid, s'étiolant dans la nuit, le coeur fané d'avoir trop rêvé.
...
Ensuite j'ai vu des gobelins, et un prince se battant contre une immonde sorcière, sublime dans une robe métallique rappelant le casque de Sauron. Elle a
tant de pouvoir qu'elle finit même par ressusciter des morts, et par une subtilité de mise en scène tout le public fut effrayé de voir des squelettes voler.
Malheureusement toutes les bonnes choses ont une fin, et pour plaire au public voulant de la surenchère, du mauvais goût et du clinquant (mot d'ancien
français désignant le bling-bling) les costumes furent outranciers , guimauves et surchargés.
Derrière toute cette lumière, ce florilège de couleurs, cette débauche de pyrotechnie, le bouquet final fut celui d'un Jude Law glacé, transis de froid pour
un amour impossible, son bouquet final gelant peu à peu. Personne ne l'a vu comme je l'ai vu, puisque personne ne sait qu'Holiday On Ice peut parfois cacher des trésors, et si ce Jude Law des
glaces reste seul, c'est à cause des idées fausses qu'on se fait sur lui.