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Mercredi 10 octobre 2007
Ceci n'est ni un fil rouge, ni une chronique musicale, ni un article où je vais parler comme un vieux (oui je sais ça vous manque).

    Mes groupes préférés, dont 3 ont déjà été cité ici, ont eu en 2007 une actualité brûlante, bourrée de concerts, de sorties d'albums, de remixes, de travaux particuliers, mais surtout de batailles pour leur distribution. Exception faite de The Birthday Massacre qui est un groupe très jeune, les autres groupes sont en totale mutation et je vais vous expliquer pourquoi tout en gardant votre attention parce que ce sujet n'est pas forcément intéressant alors je tacherai de faire des phrases courtes afin d'être le plus bref possible et que la compréhension soit limpide et naturelle comme un ruisseau de montagne coulant doucement au printemps après la fonte des neiges.

        Tout d'abord je ne vais rien vous apprendre en disant que le monde du disque est en crise (d'après les riches) et qu'il faut vraiment changer les systèmes de distribution si l'on ne veut pas que les artistes disparaissent des bacs. Ce discours, c'est celui des majors qui se plaignent que les jeunes téléchargent. Jusqu'ici Pascal Nègre nous a suffisamment fait morale ; et les nouveaux accords avec les Fournisseurs d'Accès Internet font que EMI a ouvert son catalogue aux abonnés qui peuvent télécharger gratuitement tout ce qu'ils veulent (dans UN SEUL style choisi, comme ça les gens sont encore plus catalogués).
      Internet est apparemment le problème de départ, mais en toute logique sera LA solution pour la suite, et je prends pour exemple Underworld, Nine Inch Nails et Radiohead, 3 groupes connus, reconnus, et surtout des maîtres dans leurs styles respectifs.


CAS n°1 : Nine Inch Nails et les majors :
NIN---Year-Zero.jpg
        Trent Reznor, le leader du groupe, se bat depuis x années contre son "distributeur, label, maître" pour avoir une totale indépendance. Reznor avait eu la bonne idée à ses débuts de signer chez Universal, l'appât du gain de toute évidence. Il a très vite regretté son geste puisqu'à peine 2 ans plus tard il sort un single Happiness In Slavery, chanson parlant de la joie d'être esclave, un bout de chair coincé dans une machine déréglée. Le ton est donné, et Trent Reznor ne se prive pas de cracher sa bile contre Universal dans ses interviews et à chaque fois il passe par des mini-procès pour payer des amendes (en fait il rend les sous à Universal). On lui reproche par exemple d'encourager le téléchargement illégal. Mais il ne peut pas se barrer, il a un contrat béton et doit x albums. Il s'arrange alors pour éviter de faire apparaître le nom d'Universal sur ses pochettes, et développe le système des Halos, une numération des sorties de NIN indépédante des numéros des catalogues sans fin d'UMG ; et il met surtout en avant Nothing Records, la subdivision d'Universal qu'il dirige tant bien que mal.

        En début d'année 2007 Reznor prépare la sortie de son nouvel album (avant dernier pour Universal) et décide de se lancer dans la création d'un univers visuel d'un genre nouveau, sans accord de la major. Comme NIN aime les albums conceptuels, il va développer tout un monde, toute une esthétique autour d'un futur totalitaire, la surveillance permanente et la perte des libertés individuelles. Year Zero est plus qu'un album, c'est un univers sale qui s'immice dans les concerts, internet, les t-shirts etc.
        La méthode est assez simple. Avant la sortie du CD, Nine Inch Nails a caché dans ses salles de concert des clés USB contenant une chanson ou un code amenant vers un site internet sur lequel était caché une chanson. Le t-shirt de la tournée cachait la phrase "i am trying to believe" (les lettres en gras-blanc), menant tout droit vers www.iamtryingtobelieve.com, site conçu comme une page pirate présentant des informations interdites. Des sites comme ça il y en a eu beaucoup, et les fans ont peu découvrir 4 chansons avant la sortie. Je vous raconte pas tout, mais pour les plus curieux voici tout le travail fait par Reznor et ses amis pour créer un monde de paranoïa. Le plus intéressant dans l'histoire, ce n'est pas tout ces sites et l'arborescence qui en découle, c'est surtout la guerre qui en a découlé.
         En mars dernier, après que les sites aient vu le jour et avant que l'album sorte, les fans mettaient leurs découvertes sur leurs blogs ou sur des forums ; du coup, 4 chansons de NIN se baladaient partout. Alors la RIAA (Recording Industry Association of America) qui réunit les majors BMG, Universal, Warner... lance une grande chasse aux sorcières. Et du coup certains internautes se retrouvent avec des amendes de 670 dollars ; et c'est là que NIN surgit de nulle part et dévoila le pot aux roses. Les mecs de la RIAA avaient l'air bête pour le coup. Mais Nine Inch Nails ont fait parler d'eux comme jamais auparavant. Et le jeu, car il s'agit d'une fiction, continue, puisque le CD de Year Zero est noir à l'origine, et quand il sort de la platine, il est blanc avec une série de codes qui amènent encore vers un autre site.

        Dans un mois sort Year Zero Remixed, qui sera le dernier album de Nine Inch Nails chez Universal, et donc après ça, Trent Reznor sera 100% indépendant, et vu comme il en a fait baver aux majors avec ses idées hallucinantes, je pense que 2008 augure de bonnes choses pour l'avenir de la musique "différente".


Cas n°2 : Underworld et les lives :

        Underworld étaient depuis longtemps sur un label anglais, V2 Records, un truc assez pop où on trouve de tout. Pas de la major, mais du très gros label généraliste. Et puis un jour, je ne connais pas les termes exacts, je ne sais pas si Underworld est parti ou si V2 les a viré, quoi qu'il en soit ils se sont retrouvé à la rue en 2004 après avoir sorti un best of. Le groupe ne s'est pas démonté, et a commencé à sortir des "mini-albums", les Riverrun Project, qui sont des mp3 de 30min et des photos, payants, uniquement sur underworldlive.com. Ils ont sorti aussi des singles sur Itunes et en vinyle. Tout ça en indépendant mais c'était assez facile. Pour sortir des CD c'est plus compliqué, et du coup ils ont travaillé avec Gabriel Yared (compositeur oscarisé plusieurs fois) pour la BO de Par Effraction (Breaking & Entering) de Anthony Minghella, et hop ça fait déjà un CD. Après ils ont composé la BO de Sunshine de Danny Boyle, mais le CD on l'attend toujours. Ce mois-ci sort un nouvel album, Oblivion With Bells,  dans un esprit franchement nouveau, loin de la house d'avant, mais avec une inspiration et une inventivité bienvenue.

        Et la nouveauté pour Underworld et pour la musique en général a commencé il y a deux an. Pour le concert Electraglide au Japon en 2005, Underworld a sorti le triple CD du concert quelques vingt minutes après le concert. Enregistrement live, gravage, pochette et vente directe. Un succès total vu le prix des rares copies sur Ebay. Du coup, pour leur nouvelle tournée, ils lancent un nouveau style de distribution avec un site spécialisé dans le CD live, LiveHereNow. Underworld va enregistrer 6 concerts en Angleterre et les vendre à partir de ce site. Le pressage se fait à la commande pour ne pas avoir de stocks sur les bras.


Cas n°3 : Radiohead et l'Auto-prod :
raibows.jpg
        Bon ça n'a rien a voir avec les groupes à leurs débuts qui font leurs maquettes. Ici il s'agit aussi moins de l'enregistrement que de la pub et de la distribution. En 2005 le contrat de Radiohead avec EMI prenait fin et le groupe décide de ne pas continuer avec une major pour explorer un nouveau style de diffusion. Tout comme Trent Reznor, Thom Yorke, le leader de Radiohead, considère que le téléchargement n'est pas un fléau et qu'il est favorable à ça pour que le maximum de gens écoute leur musique. Beau discours, mais est-ce vraiment applicable ?

        Radiohead tente une nouvelle expérience aujourd'hui et lance son nouvel album In Rainbows avec une technique particulière. Aucune distribution dans les magasins, le seul lieu où on peut avoir l'album, c'est sur leur site : www.inrainbows.com. Et là, la nouveauté frappe encore : chaque acheteur paie le téléchargement au prix qu'il veut. Pas de prix de départ, ni d'arrivée, mais tous les professionnels du disque voudront savoir quel est le prix moyen fixé par les acheteurs et si la méthode marche. Téléchargement payant, mais loin des plateformes mercantiles d'Itunes.
        Pour les plus traditionnalistes, Radiohead a crée un packaging bien particulier, une box contenant l'album, un CDrom avec photos et album supplémentaire, deux vinyles, et un livre de paroles et illustrations. Un objet fabriqué à la demande et qui coûte 60€, port compris. Cher, mais l'objet est rare.


    Vous savez désormais comment se profile la musique pour 3 groupes qui ont révolutionné la musique populaire des années 90. Trent Reznor a lancé la carrière de Marilyn Manson, Underworld a mené le grand public vers l'electro et la techno, et Radiohead a transformé le rock et l'a
amené vers des sphères expérimentales. A grands groupes grandes aventures.

par Dirty Epic publié dans : Musique
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