Le félin de sa langue boit

Publié le par Dirty Epic

    Finalement après plusieurs années en Histoire de l'Art je ne regrette pas d'avoir raté Sciences-Po. Mais j'espère qu'après ce petit cours de politique Sciences-Po va regretter de m'avoir raté.
    Depuis plusieurs semaines j'avais dans la tête d'offrir à mes chers électeurs un texte virulent et assassin sur la configuration politique actuelle. Mais j'avais tellement à écrire sur ma vie fascinante que je trouvais bien inutile d'aborder celle des autres (que vous connaissez déjà je pense).
     Ce week-end, Nicolas Sarkozy fut ma plus grande source de rire (jaune il faut l'admettre) puisqu'il a annoncé avec un immense sérieux (il faudrait que j'arrive à trouver la vidéo sur Youtube, distributeur de gag) que son slogan pour les présidentielles serait :
La rupture tranquille
 
il a pas l'air commode le "tranquille".


     Déjà slogan dans la bouche de Sarkozy ça me fait penser à Sloggy, alors s'il fait sa campagne d'affiches en slip comme Yannick Noah je dis respect. Mais ce qui me fait rire, c'est que monsieur Sarkozy a derrière lui toute une équipe de publicistes, de spécialistes en gestuelle, en communication etc. et que j'imagine ces personnes autour d'une table ronde faisant un superbe brainstorming pour trouver le slogan. Alors après avoir ouvert le dictionnaire pour voir les mots qui ont la classe comme "avenir" (zut déjà pris) "changement" (trop long) "égalité" (pas crédible) etc. etc. ils sont arrivés avec deux mots extrêmement banaux et extrêmement opposés. Et dans un superbe oxymore (savaient-ils qu'ils en faisaient un ?) ils pondent : Une rupture tranquille. Alors avec une formule comme ça ils rallient tout le monde : Vous voulez du changement ? On va vous en donner ! Vous voulez pas changer votre vie ? On va rien changer. Mais une rupture c'est jamais tranquille, ça fait mal, pourtant c'est parfois nécessaire. Quant à "tranquille" excusez moi, mais je crois que Doc Gynéco a une mauvaise influence sur Nicolas Sarkozy…

      Petit cours d'histoire politique pour comprendre l'impact du slogan UMP. Pour ceux qui ne s'en souviennent pas, François Mitterrand est arrivé au pouvoir en 1981 avec une phrase culte de Jacques Séguéla (maître à penser des communicants et publicistes) : La force tranquille. Tiens tiens comme c'est bizarre… le mot "tranquille"...

     En 1995, Jacques Chirac arrivait au pouvoir avec comme cheval de bataille la Fracture sociale. Mais "Fracture", c'est pas un peu comme "rupture" ? même sonorités, même idée de cassure et de séparation… Alors voilà, Nicolas Sarkozy c'est l'amalgame des deux derniers présidents, l'union de la droite et la gauche… Ca fait rêver ! Sauf qu'il n'a que les mots de ces présidents, il n'a ni l'intelligence de Mitterrand, ni le charisme de Jacques Chirac. Il n'est qu'un suiveur, de loin.
     Il aurait pu faire un autre slogan en reprenant ses prédécesseurs : la Force sociale. Mais ça sonne comme un autre petit teigneux, on a l'impression d'être en Allemagne en 1933 quand on entend ça.

     Autre côté, autre slogan. Ségolène Royal et son Désir d'avenir. La on ne joue plus dans la même cour, "désir" ça fait tellement sexy… c'est tellement plus féminin, plus délicat. Là où l'homme parle de rupture, mot féminin qui fait souffrir, la femme parle de désir, mot masculin qui fait plaisir. On sait déjà qu'elle va nous caresser dans le sens du poil.

     Pour finir je vous propose deux slogans pour les années à venir :
Désir de rupture
et
Avenir tranquille


    Vous avez compris, tout cela c'est de la langue de bois, et moi je pratique le coup de gueule de bois. Et il est certain que pendant que Sarkolène ségozille, il y en a dans l'ombre qui vont encore profiter de ces non-discours pour faire entendre des idées dures, loin, trop loin du miasme politique actuel.

PS : "La femme serait vraiment l'égale de l'homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente."
Françoise Giroud, 1975.

PPS : petit jeu pour pratiquer la langue de bois. Amusez vous en famille ou entre amis, pour apprendre à parler pour ne rien dire.

Making off : J'avais toujours rêvé de commencer un texte comme une conclusion, d'où le « finalement » d'ouverture. Un jour j'essaierai de finir par une introduction.
Le nom « Sarkozy » revient 5 fois dans le texte, alors que le nom « Royal » n'apparaît qu'une fois, c'est pour respecter les quotas des média.
Mais si vous lisez le PS, vous comprendrez mon message caché top secret que les initiales PS dissimulent avec intelligence.

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