Dalì - Le Torero Hallucinogène

Publié le par Dirty Epic


El Torero Hallucinogene, 1968-70, Huile sur toile de 4x3, collection famille Morse.

    Tout le monde ici connaît Salvador Dalì, et nos parents en ont tellement bouffé (avec des barres de chocolat Gérard Lanvin) que tout le monde a désormais une opinion à peu prêt arrêtée sur le personnage. Soit on aime, soit on déteste (j'adore cette phrase qui finalement ne veut rien dire). Une chose est sûre, pour faire classe dans le monde des arts, il faut obligatoirement critiquer ouvertement Dalì, car trop populaire, trop riche, trop lourd, trop typé (un peu comme la Vache qui rit en fait).
    Je me suis mis à vraiment aimer Dalì le jour où un mec s'est trouvé intelligent quand il m'a dit : "Comment peux-tu aimer un type qui était pour Franco, donc un gros facho ?" Mon sang ne fit qu'un demi-tour, je lui ai dit qu'il condamnait bien vite la production d'un artiste sous prétexte que ses idées politiques étaient du mauvais côté de la barrière. Apparemment pour être artiste il faut être de gauche, et même défendre les goulags ne fait pas mal à une carrière.
        Je me suis mis à aimer Dalì pour ce qu'il FAISAIT, pas pour ce qu'il était ou disait.

        L'été 1998 fut celui de mes dernières vacances avec mes parents, vous savez, celles qui vous disent en rentrant "ça-y-est tu es un adulte". Et pendant ce séjour dans le très sud de la France, nous avons fait un détour par Figeres et le musée-théâtre Dalì. Ce musée est un superbe attrape-touriste, la plus belle entourloupe de Dalì, puisqu'elle marche toujours malgré sa mort. Passons notre chemin sur les oeuvres tape-à-l'oeil et les toiles au kilomètre pour nous attarder sur le coeur du musée, la salle à la voûte de verre, celle qui abrite le Torero Hallucinogène.

        J'avais 16 ans, des cheveux plein la tête et des boutons plein les joues mais ça ne m'a pas empêché de tomber des nues devant le Torero. 4m sur 3, un monstre de toile, 12m² de peinture surréaliste et hallucinante, des couleurs à faire pleurer un arc en ciel, des idées à faire palir Dieu s'il existe. Il y a 6 mois et 16 jours je vous faisait découvrir la paranoïa critique, le système d'illusion qui guide la création chez Dalì ; le Torero Hallucinogène en est sans doute l'aboutissement tant il multiplie les illusions, les allusions, les citations et les auto-références.



        Petit tour rapide d'une oeuvre-tiroir comme il aimait en faire :
1. Le Torero, celui qui se cache dans le tableau, mais finalement quand on le voit on ne voit que lui. (Sur un grand format il est plus dur de le voir, avec sa cravate verte et sa cape rouge). Il semble mort avec ses yeux noirs.
2. Gala (meuf qu'il a piqué à son pote Eluard) qui fut sa muse avant d'être remplacée par Amanda Lear (la vieillesse est un naufrage...) Ici elle apparaît en phosphène, les lumières trop bizarres qui brillent quand on s'appuie sur les yeux.
3. Une Vénus, Dalì est fasciné par la femme sans bras, c'est sans doute ce qui le poussera à faire de la pub pour le chocolat.
4. Une ouverture, joue le même rôle que le tiroir dans la symbolique dalienne, la vacuité du corps et la mort. (mais aussi l'esprit qui se libère)
5. Le taureau qui vient d'être mis à mort, on voit les banderilles plantées dans son corps. Mais il est caché dans une montagne, comme si l'on était sur les bords d'une crique à Cadaquès (village de Dalì)
6. Un chevalet cubiste rappelant les débuts de Dalì et de son pote Braquemard.
7. Une mouche symbolisant l'Espagne, pays de la mouche parce qu'il fait chaud. On est encore une fois dans la thématique chocolat puis qu'il boit un Coca pour se rafraichir : Mouche-chaud-cola.
8. Le détail qui tue : on dirait le portrait une petite vieille sous son voile d'été, mais en y regardant de plus prêt, il s'agit d'un soldat qui se penche pour parler à deux bonnes soeurs.
9. On pense voir l'ombre d'une Vénus de Milo, mais s'agit en fait d'une vieille femme julien courbée sous le poids des ans.
10. Dalì enfant, habillé par Petit Bateau, qui contemple son oeuvre futur, sa vie future, mais déjà passée.

    Bon je rigole un peu, mais Dalì était un rigolo ; sous prétexte de parler d'art il parlait de fesses, mais quand on voit certaines fesses, certains hommes ne peuvent s'empêcher de parler d'art. Il y a tout dans le Torero, la vie, la mort, l'enfance, la vieillesse, l'amour, le souvenir, l'Espagne... bref, la vision folle et bordélique d'un artiste fou et bordélique.

        J'ai revu ce tableau 4 fois depuis, il m'a toujours fait autant d'effet, j'ai gardé mon âme de gosse qui se retrouve devant une énigme, et je rêve un jour d'avoir une révélation et de découvrir un secret bien caché dans le Torero, mais c'est comme le sens de la vie, plus on le cherche moins le trouve.

 

Publié dans Les fils rouges

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Fred 05/05/2010 20:52



Hoferic, merci, mais faites attention, il y a quelques blagues (beaucoup même). Donc il faut faire un peu de tri : il n'y a pas de rapport avec le chocolat ;-)



hoferic 05/05/2010 20:10



bravo pour ces explications , ma fille avait besoin d'info sur ce tableau pour son cour de troisième, c'est parfait merci beaucoup, c'est génial d'avoir des blogueurs passionné comme vous merci
encore . je ne manquerais pas de revenir vous voir ..@ bientôt.....hoferic..............



JPB 08/05/2009 09:39

J'ai découvert par hasard votre commentaire concernant ce tableau. Vous terminez en écrivant que vous rêvez de trouver un autre secret bien caché. Sachez que le secret même du tableau, vous ne le mentionnez pas. Il s'agit du visage du torero (Manolo) réalisant qu'il va mourir bientôt. Alors ce secret, voulez-vous que je vous le livre ou vous cherchez encore ?JPB. 

Flubacher 11/01/2009 21:13

S'agissant du Torero hallucinogène, le point 8 de votre commentaire n'est pas correct. Il s'agit ici d'un détail du Marché d'esclaves avec apparition du buste invisible de Voltaire, (1949, huile sur toile, 46,5X65,5cm, Salvador-Dali Museum, St-Petersbourg, Floride). Votre point 6 est lui aussi incorrect: Dali n'a jamais eu de période cubiste avec Georges Braque, c'est son compatriote Picasso qui travailla avec lui entre 1907 et 1914. Que vous aimiez Dali est une bonne chose, que vous en parliez comme vous le faites en est une autre qui contribue à cette calamiteuse réputation qu'Internet véhicule depusi sa naissance: le n'importe quoi y coudoie le sublime. Je vous laisse imaginer dans quelle catégorie je vous classe.  

Fred 11/12/2008 15:47

Tout est bien qui finit bien alors, pas de quoi crier au scandale ;-)pour Amanda Lear c'etait vraiment pour la tristesse de la chose, de là a dire qu'elle était muse, c'était pour amuser.pour la mouche j'avais lu (je dois retrouver mes sources) que la mouche c'était un symbole de la chaleur et la sécheresse espagnole et qu'elles se transformaient peu à peu en gyroscope, espèce d'hélicoptère espagnol.Merci pour les précisions c'est plus sympa qu'une violente saillie sans lubrifiant.