Je suis monomaniaque et j'ai toujours raison. Et comme vous me lisez vous ne pouvez pas me contredire, et ça me donne un pouvoir
immense. AHAHAHAAAAAH !!! Il n'empêche, nous sommes en société et les bonnes moeurs m'enjoignent de me comporter décemment. Il faut savoir raison garder.
Reprenons nous. Dimanche, mon meilleur ami numéro 2 est parti s'installer à Nouméa parce qu'il trouve que la Nouvelle
Canélonie c'est mieux que la France. Mais le président de la Nouvelle Calédonie c'est aussi Nicolas Sarkozy. Pas de pot. En hommage à Jean, qui nous a quitté, parti vers des cieux plus
accueillants, voici une petite anecdote oubliée (même par lui) pour vous prouver 1) que je suis prêt à tout pour avoir raison, et 2) que Jean est quand même vachement sympa.
Fondu au chocolat noir.
La scène se passe il y a 7 ans, à l'époque du lycée, des boutons et des compilations de metal enregistrées sur des K7 de
90min. J'étais le genre de jeune pas bien méchant, mais prêt à tout juste pour qu'on le remarque parce que l'adolescence c'est quand même très nul. "L'adolescence c'est comme un concert
sans fin des Cure, avec Open bar mais sans fille et sans toilettes", Robert Schmitt.
J'étais le genre de mec qu'on voit souvent dans la rue, entourés de copains qui ont honte de lui parce qu'il s'amuse à dire aux
vieilles "il a un beau poil votre chien, vous lui donnez quoi à manger ? Des petites filles ?".
Un jour, je ne sais plus pourquoi (c'est pour vous dire l'intérêt de l'histoire que je vous narre) j'ai voulu prouver à deux
copines que j'habitais à 15km du lycée et que je pourrais faire le trajet en 1h30 à pied. Notez l'intelligence du pari stupide, tellement stupide que je n'avais d'ailleurs rien à gagner, si ce
n'est le droit de dire "ffffff, ouf ouf ouf, j'vous l'avais dit ouf ouff fiouuuu".
Mais comme pour tout pari, il faut un juge. Comme Vincent Perrot était pris pour le Domino Day, mon ami Jean s'est porté volontaire contre son gré.
Son rôle était simple, il devait partir avec moi me suivre tout le long et me motiver (un peu). Et comme c'était mon pari et pas le sien (il aurait eu un truc à raconter) il pouvait me suivre en
vélo ce qui est beaucoup moins fatigant.
Nous avons planifié mon aventure en détail, Jean devant dormir chez moi le lundi soir pour que le mardi matin il puisse m'accompagner. Alors on a
passé la soirée ensemble comme deux bons adolescents :
Jean : "écoute le morceau là, il démonte"
Fred : "ah ouais, trop classe la montée."
Jean : "Et ça et ça!"
Fred : "Je me souviens, taaaadadaaaaa tadaaaaa!!!"
Jean : "vas y monte le son !"
Fred : "Je peux pas ya mes parents à côté".
De la folie je vous dis les soirées avec Jean. On a dû se coucher à 22h30 au moins. Mais il fallait qu'on se lève tôt le lendemain pour ma
performance. L'estomac blindé de Craquinettes (le seul moyen de faire crac crac quand on a 17 ans), on est parti de bon matin, on est parti sur les chemins, à bicycleeeeeette pour Jean, et à pied
pour moi. Et sans aucune préparation physique à part le marathon Picon - Bière la semaine passée. Et croyez-le ou non (croyez-le croyez-le please ^^ ) J'ai fait les 15km sans trop de problème, au
trot, avec l'entrain du petit matin, et je devais motiver Jean qui semblait peu enclin à pédaler.
A chaque minute je regardais ma montre, et pour les derniers mètres, j'ai senti le sang taper dans mes muscles, et ce rush d'adrénaline qui
vous ferait soulever Laurence Boccolini sans palan. Je courais jusqu'à Perdralenne, dans le Morbihan. A l'arrivée, j'avais mis très exactement 1h20, j'étais arrivé avant Jean en plus.
Ah mes aieux quelle fierté ! Tellement fier d'arriver en nage à mon cours de philo, même pas en retard à 8h, et j'ai voulu enfoncé le clou
devant mes deux copines. Et ça a donné un truc du style "ah ouais ? tant mieux pour toi."
Mais mon honneur était sauf. Aahhh ce sentiment de toute puissance, la raison l'emportant sur l'ignorance...
Le plus dur fut le retour. Vu que Jean rentrait chez lui et qu'à l'époque les TER ne prenaient pas les vélos (mais acceptaient les chiens) j'ai dû
rentrer à vélo. J'ai dû mettre 1h30. Epuisé, exhausté, fourbu. Mais j'avais gagné.
Je suis sûr que même Jean a oublié cette histoire, cependant je reste persuadé que si je n'avais pas fait ça pour prouver rien du tout je
serais à l'heure actuelle frustré et introverti.