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Mardi 22 janvier 2008

J'ai longtemps ignoré Radiohead, pensant que ce groupe était juste composé de jeunes rebelles sans cause alors que j'écoutais des vrais rebelles (Sepultura, Pantera) puisque eux étaient sales avec des cheveux longs. Un jour, secrètement amoureux de la plus belle du lycée (elle n'était pas pompom girl mais c'est comme si), j'ai trouvé un mot sur une table signé de sa main disant : "j'adore Radiohead, signé Anne ****". Alors j'ai démandé à mon ami Jean, qui avait les cheveux longs mais qui était propre, de me prêter ses cds de Radiohead. Aujourd'hui je sais que ce mot sur la table était un faux puisqu'il faut vraiment être con pour signer un acte de dégradation. Mais il n'y a pas de mauvais chemin pour apprendre les bonnes choses.
J'ai découvert Radiohead en pleurant. D'ailleurs tout les gens qui ont un album de Radiohead ont déjà pleuré en l'écoutant. Si ce n'est pas le cas, c'est que votre vie est vraiment chouette, du coup écouter Radiohead n'a aucun intérêt pour vous.

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En 1993 sortait Pablo Honey. Premier album d'un groupe inconnu, encore un disque d'Anglais popeux diront les rabas-joies. C'est vrai que rien de moderne ne ressort de cet album, des Anglais tristes qui s'habillent classes, un pochette d'un goût douteux dans le plus pur style Anne Geddes. Pourtant sur ce disque se trouve un morceau qui a considérablement changé la carrière de Radiohead, il s'agit de Creep. Creep, c'est de la pop qui a digéré le grunge récent, le shogazing en plein essor, et surtout qui s'affranchit des tutelles Beatles et Rolling Stones qui sclérosent le rock anglais. Les paroles sont l'hymne de l'adolescence : "cette fille est un ange, et elle s'en va, mais je suis une merde, mon dieu qu'est-ce que je fais là ?" les tourments de l'adolescence en 4 minutes.
L'influence et l'écho de cette chanson sont tels que les chevelus sales de Korn l'ont repris.
En 1995 après avoir sorti de nombreux singles histoire de faire patienter les fans (et se remplir un peu les poches) sort The Bends. Le plus triste de tous les albums de Radiohead, c'est sans doute pour ça que c'est celui qui m'a le plus marqué. Le son se fait dejà différent ; à la production apparaît Nigel Godrich que l'on pourrait appeler le 6e membre, et qui enlève toutes les platitudes sonores du 1er album et donne une nouvelle dimension aux chansons, en particulier des sons venus de nulle part (des cloches, des grésillements, des échos...) qui annoncent déjà l'évolution à venir. Thom Yorke maitrise bien mieux sa voix, et on se retrouve devant ses enceintes à tutoyer les anges. Je ne peux pas garder une chanson sur cet album, j'en garde au moins 8, et quand j'entends n'importe où quelqu'un dire "I wish..." mes pensées ponctueront toujours par : "... I was bullet proof". C'est l'un des albums que j'ai écouté le plus dans ma vie, et pour s'en assurer il suffit de voir dans mes 800 cds ceux qui sont abimés, et The Bends est dans un état pitoyable. Encore pire que mes cd d'Underworld, mais j'en prends vraiment soin.

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1997, c'est la consécration. Radiohead sort OK Computer et avec lui toute la légende Radiohead se met en place. La pochette est d'une qualité irréprochable, loin des tatonnements video de The Bends et des égarements honteux de Pablo Honey. On sort totalement de l'univers sentimental adolescent, les enjeux, les arrangements sont plus adultes, et dans un souci de "tout faire", Radiohead fait un grand écart en faisant cohabiter The Beatles et l'expérimentation électronique, et c'est à partir de cet album que Thom Yorke oublie d'articuler et ou sa voix devient un flux sans fin, une modulation hu
En 1997 l'image qu'on a de Radiohead c'est Karma Police, un morceau qui a tenu tout l'été malgré une absence totale de joie estivale. Karma Police est pourtant un symbole du passé, tout dans ce morceau rappelle The Beatles et en particulier la chanson A day in the life. pour s'en convaincre, il suffit de comparer le piano, les échos, les petits sons autour, et l'échos des voix au loin. Karma Police est le morceau de Radiohead le plus proche des Beatles alors même que c'est l'un des morceaux les plus expérimentaux des Beatles (2 chansons fusionnées en une avec une spirale infernale au milieu).
Le public retiendra cette citation du passé alors que la chanson suivante Fitter Happier marque un futur qui passe totalement inaperçu. Pour la première fois Thom Yorke ne chante pas. C'est un robot qui prend sa place, une voix synthétique qui scande de manière neutre et inhumaine la vie banale d'un homme au XXe siècle. Pendant que ce robot nous dit de ne pas s'inquiéter, qu'on doit être plus heureux, et que le bébé sourit à l'arrière d'une voiture sécurisée, Thom Yorke nous chante ses tourments de paranoïaque et doute de son humanité dans Paranoid Android. Les codes sont inversés, Fitter Happier marque un tournant définitif dans l'exploration de Radiohead. Tout est computer, même le piano, et ils utilisent un sample de film Les trois jours du Condor. Dans l'univers humain des instruments et des histoires d'avions contées par une voix qui n'articule plus, Fitter Happier fait froid dans le dos. Radiohead ne fait plus pleurer, il fait peur.
Tous ces aspects passés inaperçus il y a 10 ans paraissent désormais évidents quand on sait quelle direction a pris le groupe.

Après une attente qui semblait intérminable de seulement 3 ans (et pourtant demandez à un fan de radiohead combien de temps il a attendu la suite de OK Computer il vous dira au moins 5 ans), Kid A sort en 2000. OK Computer apparaissait dans les 10 meilleurs albums du XXe dans tous les magazines qui faisaient leur premier classement séculaire. Pour tous Radiohead est un groupe de rock. Et ils sortent un album presque entièrement électronique, Everything in its right place, ouvre le disque sur un synthé et une voix totalement hachée, filtrée, torturée. Les fans sont perdus, certains déçus. Mais le disque remporte un succès critique et commercial, beaucoup considérent que c'est l'album qui les a ouvert à la musique électronique. L'absence d'instruments traditionnels oblige Radiohead à revoir totalement son idée du "groupe" la séparation n'est pas loin. Chacun doit s'adapter et apprendre à utiliser un Kaos Pad ou les ondes Martenot. Kid A est difficile pour les habitués des guitares (même si certains morceaux sont "classiques") et on retrouve Idiotheque playlistée par de nombreux DJ tellement la rythmique électro est évidente pour un public techno. Kid A est un album éthéré, la présence humaine est infime, la voix de Thom Yorke n'est plus qu'une voix, elle ne "dit" plus rien. Les paroles passent d'ailleurs au second plan puisque pour la première fois Radiohead nous offre des plages purement instrumentales. Pourtant des morceaux datent de 1998 et ont une structure pop classique, mais la réécriture "Kid A" emmène les chansons vers de contrées inexplorées, comme The National Anthem qui finit en session free jazz.
Kid A fut un disque tellement attendu que certaines légendes tournent autour. Par exemple, si on lance le cd, puis qu'on lance un deuxième Kid A 16,8 secondes plus tard, on obtient un nouveau disque ou tout se répond. Tout est expliqué ici, mais la théorie n'est pas valable sur tous les morceaux. L'autre légende (qui n'en est pas une) c'est le prix exorbitant des quelques 150.000 cd pressés avec un défaut et qui sont devenus collectors.

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Pendant l'enregistrement de Kid A, environ 30 chansons voient le jour, et plusieurs non utilisées seront publiées sur Amnesiac qui sort un an plus tard. Amnesiac est selon moi l'album le plus abouti de Radiohead, pour la simple raison qu'il associe totalement le rock et l'électronique. Là où Kid A était plus un collage (une chanson rock, un morceau expé etc.) Amnesiac associe les deux tout au long de l'album. Il y a plus de guitares et pourtant plus d'éléments électroniques. Radiohead présente son travail de nouvelle manière. Le groupe ne se contente pas de composer désormais les textures, les sons, tout à une importance. C'est ce que vient souligner Morning Bells, titre issu de Kid A et réinterprété sur Amnesiac. L'autre exemple c'est Like Spinning Plates, morceau sur lequel la plupart des pistes sont passées à l'envers. L'enregistrement original pourrait presque être la version live présente sur I might be wrong. Pour finir les citations rock du siècle sont toujours présentes, en témoigne la basse en ouverture de Dollars & Cents qui est empruntée à Lowrider (mais je ne sais plus qui a fait l'original...).
L'album Hail to the thief est sorti en 2003, son titre fait référence à George Bush en détournant le nom de la mélodie jouée pour l'arrivée du président américain Hail to the chief. Les aspects politiques et sociaux entamés sur OK Computer sont ici très développés, en particulier sur la pochette qui est une réussite artistique complète.
Pour ce qui est de la musique, c'est l'album avec lequel j'ai le plus de mal, je ne sais pas pourquoi. Il n'empêche que c'est leur album le plus long donc on ne va pas se plaindre. Radiohead revient vers des contrées plus rock, les guitares reviennent en force, mais Thom Yorke ne supportant plus de voir sa guitare, il s'es met au piano et c'est sur cet album qu'on le retrouve le plus. Je pense que c'est un album qui n'a pas fini de me livrer tous ses mystères, et c'est sans doute celui que je vais le plus écouter parce que je sens que quelque chose m'échappe.

Du temps a passé sous les ponts, Radiohead s'est fait oublier. Et en octobre dernier ils annoncent la sortie de leur nouvel album. Je ne vous refais pas l'histoire, vous la connaissez. Beaucoup téléchargent l'album sans payer, dont moi, dont un vendeur de la Fnac, et quelques milliers d'autres branleurs. Mais finalement grâce à XL, Radiohead sort In Rainbows en CD et comme ça les milliers de branleurs ont mauvaise conscience et achètent le disque. En fait, d'un effet d'annonce, la promotion de Radiohead fut juste un leeking volontaire (mettre l'album en téléchargement illégalement ou non sur les grosses plateformes genre La Mule). En plus d'être un retour fracassant, In Rainbows place Radiohead à la tête d'un mouvement assez étrange qui prône la dématérialisation de la musique et l'abandon des majors. La grande ironie de la dématérialisation se situe dans la pochette de In Rainbows. cette pochette contient : un livret de paroles, le cd dans un carton, et surtout des autocollants. Le mode d'emploi est simple. L'acheteur prend un boitier cd vierge, colle les stickers dessus et obtient la pochette officielle. Ce que Radiohead dit en substance : cher acheteur, la musique tu l'avais déjà sur ton PC, il te suffisait de graver le CD et d'imprimer la pochette sur notre site. Le CD est donc ramené à la simple dimension décorative, et c'est sans doute pour ça que des milliers de branleurs comme moi ont acheté In Rainbows. Pour faire beau. Mais aussi pour écouter All I need, Reckoner et Videotape qui sonnent un retour de Radiohead sur le devant de la scène.



En parlant de scène, si quelqu'un a deux billets pour Radiohead à Paris en juin, mon anniversaire c'est le 2 mars.


J'ai un souci d'images, les illustrations viendront ultérieurement. Inch'over-blog.
par Dirty Epic publié dans : Musique
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