Je sais que les deux euphories potteresques de l'été sont déjà passées. La première c'était le film Harry Potter et
l'Ordre du Phénix, et le 21 juillet dernier c'était la sortie du dernier livre, Harry Potter and the Deathly Hollows. Le dernier livre avant le prochain. Je dis ça parce qu'il y a
de fortes chances pour que JK Rowling écrive des livres AUTOUR de l'univers d'Harry, genre la vie de Griffondor, ou d'Albus Dumbledore, ou encore des bestiaires, des manuels de défense contre les
forces du mal etc etc.
Mais là n'est pas la question.
Harry Potter ce n'est pas un héros, c'est une saga qui porte le nom du personnage principal, malheureusement, ceux qui connaissent Harry Potter uniquement par les films ne
voient qu'un héros entouré de faire-valoirs. Bon allez, j'arrête de tirer à boulet rouge sur les films, sinon je vais encore déchirer ma chemise.

Le premier livre, L'école des Sorciers est paru en 1997, puis en 1998 en France, dans une collection de poche pour enfants. Ma maman, dans son
infinie sagesse, décida d'offrir à ma petite soeur ce livre pensant l'intéresser un peu. C'était la grande mode d'Halloween à l'époque et ma soeur était fan de tout ce qui ressemblait de prêt ou
de loin aux sorcières (par exemple Arlette Chabot). Elle n'est pas conquise mais apprécie, le livre vieillit sur une étagère. Un an plus tard ma mère remet le couvert en disant "Tiens ya une
suite". Alors ma soeur lit et tombe sous le charme du sorcier mal coiffé et scarifié du front. Du coup elle me dit "Il faut que tu lises ça te plaira". J'ai 17 ans à l'époque et je me vois mal
lire un bouquin pour gosse alors que je suis en section littéraire, ma réputation en dépend. Alors je me cache. Je commence par le 2e, ma soeur m'expliquant que le 1er est lent et enfantin.
Harry Potter et la Chambre des Secrets dans les mains, je trouve ça pas mal, dans le genre aventure avec des serpents géants, des épées magiques et
des phénix... Ses amis Hermione et Ron représentent avec lui la trinité, Harry étant l'audace, et Hermione l'intelligence, et Ron étant le lien entre les deux. C'est terriblement efficace et les
livres de cours, les bonbons chocogrenouille construisent un décor riche et hors du commun.
Du coup, pour mieux comprendre cet univers riche en tiroirs, je lis le 1er livre. Je redécouvre ce bon vieux Hagrid avec ses mains "de la taille d'un
couvercle de poubelle", sa moto qui appartient en fait à Sirius Black. Même si ce livre est celui qui pose les bases et ouvre l'histoire je le considère comme le moins bon vu qu'il est très
simpliste. (en même temps les livres - et Harry - sont faits pour grandir avec les lecteurs et cette idée est purement géniale).
Quand Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban est sorti, ma soeur était la seule à squatter devant la Fnac pour l'avoir. Les vendeurs ont dû la
prendre pour une dingue à l'époque. Elle lit le livre en une journée une nuit et me le tend le matin les yeux bouffis : "à toi" et retourne se coucher. Elle était intoxiquée. D'ailleurs,
l'intoxication s'est répandue très vite, car les voyages dans le temps, les métamorphoses de Sirius Black, les détraqueurs qui veulent manger nos âmes, tout ça relevait le niveau vers une
adolescence dure, et pour la première fois le méchant Voldemort n'était pas au rendez-vous. Le monde autour d'Harry et Poudlard s'élargit, on découvre un village de sorciers, les anciens amis des
parents d'Harry, des sorts compliqués, et surtout un ministère de la magie avec une organisation très précise. Harry n'est plus qu'un noyau perdu dans un fruit plein de pépins. Le Prisonnier
d'Azkaban va totalement changer la donne dans l'univers de la magie.
Du coup, les éditeurs sentent qu'une
tempête couve et décident de faire tourner le vent. Harry Potter et la Coupe de Feu, le 4e tome sort pour la première fois en Best Seller, le gros format très cher qui n'est PAS destiné
aux enfants. La génération 1985-1989 se fait voler son héros par des parents et des frères et soeurs qui veulent savoir pourquoi leur fille tombe amoureuse d'un geek gringalet qui rafistole ses
affaires avec du scotch.
Dans ce livre, celui du milieu et ça se sent (historiquement et économiquement), Voldemort reprend vie, Harry affronte véritablement la
mort et l'amour (et ses "papillons dans le ventre"). La Coupe de Feu n'est pas uniquement une aventure d'Harry Potter, elle est sans doute la mieux écrite et la plus aboutie ce qui explique peut
être le succès (et la raison du marketing). Rowling abandonne la structure habituelle de son roman : l'histoire ne commence pas chez les Dursley avec Harry qui râle, mais avec le Serpent de
Voldemort qui tue du sang froid (logique) un pauvre vieux. Le ton est donné, on n'est plus là pour jouer. D'ailleurs il n'y a plus de jeu, fini les parties d'échecs, les matchs de Quidditch,
désormais on participe au tournoi des 3 Sorciers et on risque sa vie et celle des autres. Et le monde s'élargit encore, tous les pays comptent leurs magiciens, et les Mangemorts ne sont plus
seuls car ils savent que Voldemort est toujours en vie. A la fin du livre, la réunion morbide du cimetière n'est que le juste retour d'une puissance trop longtemps sousestimée. Et ce n'est pas un
gosse seul qui va pouvoir arrêter ça. Le lecteur ne comprend pas, et Harry non plus, comment la survie de ce binoclard peut être possible face à un Hitler de la sorcellerie. Les questions
resteront en suspens.
2001, pas de suite. 2002 pas de suite. Le public s'impatiente, trépigne, relit la bave aux lèvres les 4 livres, les théories s'échaffaudent : mme Figg
est une sorcière, elle surveille Harry depuis le début. L'esprit de Voldemort vit en Harry, Les parents de Harry le protègent quoi qu'il se passe, et je pense déjà à cette issue horrible, Harry
ne s'en sortira pas vivant.
C'est d'ailleurs pendant cette période que la mode devient magique ; on sort le
Seigneur des Anneaux, on dépoussière le Monde de Narnia en livre avant d'en faire un film, Serge Brussolo publie Peggy Sue sans trop de succès.
Finalement l'amitié avec Ron et Hermione s'en retrouve renforcée, et c'est grâce à eux que Harry tient vraiment le coup. En fondant l'Armée de Dumbledore, les 3 compères s'ouvrent de nouvelles amitiées, Neville Londubat qu'on connaissait déjà comme un naze devient plus sûr de lui et prouve sa valeur au combat. Ginny Weasley, la soeur de Ron, prouve sa valeur au combat avec des Reducto qui font mal. Elle est l'une des rares à connaître Voldemort, ce dernier l'a possédé dans le tome 2 ; elle fut sauvée par Harry et elle lui voue un culte secret sans pour autant être une groupie inutile.
Avec ce livre, JK Rowling ouvre la symbolique de sa saga. Cette fois le monde dans lequel vit Harry est beaucoup plus dur. Harry n'est plus une "star" mais un menteur à traquer, il fait désormais parti des rebelles qui sont seuls à voir que le mal est là et l'Etat fait l'autruche (un peu comme les premices de la 2nde guerre mondiale).
La première cicatrice d'Harry fut infligée par Voldemort, "le marquant comme son égal". Dans le 5e tome Harry reçoit une seconde cicatrice : "je ne dois pas dire de mensonges". Cette cicatrice est faite par miss Ombrage mais représente tout le ministère de la Magie. Cette fois Harry est marqué à vie. Ses deux ennemis l'ont marqué au fer rouge, désormais il est facile pour lui de savoir qui est contre lui.
L'Ordre du Phénix répond très bien aux attentes du lecteur, mais c'est lent, et entre le début et la fin il ne se passe rien. C'est très psychologique et politique, mais Luna Lovegood, une freak qui se met des radis en boucles d'oreille amène du sang frais dans l'univers, et surtout prouve à Harry et au lecteur que l'union fait la force et que 6 c'est mieux que 3 et que 3 c'est mieux que 1. (c'est limpide)
Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé relance considérablement l'histoire en l'inscrivant dans notre monde. Le Premier Ministre anglais ouvre le roman, la population est
démoralisée par les détraqueurs, bref, tout va mal. Tout va tellement mal que le mentor d'Harry, le professeur Dumbledore meurt. Il était le Gandalf d'Harry. Et tout le Prince de
Sang-Mêlé n'est que le Testament de Dumbledore, un passage de flambeau. Dumbledore donne des missions à Harry, mais il semble affaibli, une brûlure malsaine lui rongeant la main. En plus
d'être un testament, le Prince est une biographie, celle de Tom Elvis Jedusor autoproclamé Lord Voldemort. Pour finir, le Prince de Sang-Mêlé tire son nom d'un personnage
détesté, Severus Rogue, professeur de Potions devenu Professeur de défense contre les forces du mal. Le titre du tome 6 évoque Rogue ce type antipathique qui semble malsain, mais évoque surtout
la plus grande trahison de toute la littérature. A la fin du livre Rogue tue son propre chef, son mentor, et par son geste il détruit toutes les espérances d'Harry. Celui que Dumbledore
considérait comme son espion n'était qu'un espion pour Voldemort. La mort de Dumbledore n'en est que plus rude... Et Harry est forcé de la regarder sans pouvoir agir.L'école Poudlard devient un champ de bataille, les élèves se battent entre eux, les Serpentards sont les bêtes à abattre. Les professeurs sont en guerre contre les Mangemorts, l'Ordre du Phoenix se bat pour sauver des vies innocentes, mais leur chef est mort.
C'est le second tome dans lequel Voldemort n'apparaît pas. C'est pourtant celui où il est le plus présent, dans la pensine de Dumbledore, mais en temps que jeune sorcier solitaire et intelligent, Tom.
Ce livre est celui qui répond à la plus grande question : "Comment Voldemort a-t-il survécu les 14 dernières années ?". On découvre alors l'existence des Horcruxes, des objets abritant une partie de l'âme de Voldemort. Tant que ces objets ne sont pas détruits, Voldemort survivra. C'est cette quête qui blessera, puis tuera Dumbledore, c'est cette quête que devront accomplir seuls, Harry, Ron, et Hermione.
Le Prince de Saint-Mêlé est, même sans considérer toute la saga Potter, un grand livre. Il présente les méandres de l'esprit torturé de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. Comment un orphelin peut devenir un monstre tout en restant humain. Comment des hommes saints d'esprit peuvent suivre, approuver et aider une telle folie. La mort de la figure du père offre à Harry le moyen de montrer sa détermination et surtout l'amène à faire son devoir. Il devient responsable de la destinée de son monde.

Harry Potter et les Reliques de la Mort sortira le 26 octobre. Bien sûr des gens camperont devant les Fnac, les têtes de gondoles seront toujours pleines et tout le monde sera servi. Bloomsbury a vendu 72 millions d'exemplaires en anglais la première semaine. Je me souviens ce samedi à 9h25 dans ma Fnac locale, je prenais le 1er livre devant moi et 3 secondes plus tard une fille en fit de même et me suivit à la caisse. L'exemple parfait de la compulsion.
Ce 7e et dernier tome de la saga clot avec brio les aventures du jeune sorcier devenu adulte (mais toujours puceau). Il a 17 ans mais parle et se bat comme un homme. Il est responsable, courageux, honnête, et surtout sait rester humble avec ses amis. JK Rowling se permet une petite référence au Seigneur des Anneaux, mais s'en sert avec intelligence et recul. L'histoire est ficelée, définitive, la maitrise du propos est évidente et il semblerait presque que le dernier tome fut écrit depuis une dizaine d'années. Les liens se tissent entre les différents tomes, les références pullulent et tout tient debout avec un équilibre déconcertant.
Harry Potter et les Reliques de la Mort donne un sens au mot priorité et responsabilité. Mais il offre aussi un regard nouveau sur l'amour et l'amitié. J'ai rarement ressenti autant de respect pour des personnages de fiction. Jamais je n'ai été triste en lisant ce livre, j'était juste surpris, parfois choqué, souvent fier. En fait ce livre exprime la valeur d'une vie, la fierté et le dévouement. Les êtres les plus insignifiants et les plus vils ont un rôle à jouer, et les pires monstres sont parfois nécessaires pour nous montrer qu'une vie heureuse se mérite.
Je n'ai pas versé de larme en lisant, juste les yeux humides, et un coeur qui battait tellement que j'étais dans un état de stress proche de celui des héros. Mais j'étais triste de quitter ce petit bonhomme imaginaire, un petit frère devenu ami, dont les aventures s'arrêtent (enfin) pour lui.
Dans la forme, le tome 7 rompt totalement la tradition car l'année n'est pas découpée comme d'habitude, et surtout parce que Poudlard n'est pas le décor du roman. Car le monde est vaste et un jour il faut savoir sortir de chez nous pour affronter le monde.
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Harry Potter est le symbole d'une génération, les 1985-1989. (et ceux autour aussi). Il est aussi le symbole d'un mercantilisme jamais atteint pour de la littérature jeunesse et de la littérature tout court. Des sorties mondiales, des ouvertures à minuit, des piratages pour avoir l'avant-première, des milliers de pages prises en photo pour spoiler, des groupes organisés de "réécriveurs" pour taper l'intégralité du livre et la diffuser sur le net, des théories des spéculations, des Fans Fics d'excellente qualité. Harry Potter va laisser un vide immense dans l'univers de la saga littéraire. Les limites ont été repoussées et les films ne seront jamais au niveau de l'engouement créé par les livres.
Reste à savoir si Harry Potter est un feu de paille littéraire, si sa lecture survivra au temps, qui nous dit que dans 10 ans il ne sera pas oublié ; nos enfants auront leurs héros. On leur montrera nos 7 livres en disant "mon chéri il faut que tu lises ça, papa a vécu des aventures merveilleuses avec Harry Potter". Mais ça sera la mode des pisto-lasers et des vaisseaux galactiques ; et on relira la saga avec un sourire en coin, en se disant comme un vieux, "c'était mieux avant".
PS : je n'ai jamais remercié ma soeur de m'avoir pris la main pour franchir la porte de Poudlard, mais c'est quelque chose que je n'oublierai
jamais.