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Jeudi 28 juin 2007

Heat-thumb.jpg
        J’avais 13 ans. Assis sur un fauteuil en velours rouge dans la salle d’un cinéma de quartier, je dégustais une glace pendant les bandes-annonces. Le cinéma de mon enfance était comme ceux qu’on voit dans les films, avec des affiches aux murs, un rideau qui s’ouvre sur l’écran, et surtout, une dame qui circulait dans les rangées pour vendre des glaces ; qui n’a jamais bavé et défailli au passage de la dame aux glaces… Laissons la passer et reprenons.
        J’avais 13 ans. Enfin le droit de regarder des films interdits aux moins de 12 ans, plus besoin d’enregistrer le film de 22h30 avec le gouverneur de Californie qui se roule dans la boue pour combattre un monstre mutant avec des pièges vus dans Copain des Bois (Predator est un bon film malgré tout). Quand on est un garçon et qu’on a 13 ans, on est forcément bête. On est attiré par tout ce qui a des muscles, qui fait du bruit avec des flingues, et qui sent la sueur testostéronée. Les Rambo, les Commando et autres Armes Fatales étaient nos livres de cuisine pour apprendre la vie de dur à cuire.
        C’est dans cet esprit  "un-pour-tous tous-bourrins" que je suis allé voir Heat. Une affiche bleue et noire avec des mitraillettes, des lunettes de soleils et des niros… que demande le peuple à part moins de travail et plus de sous ?
       
J’étais un gosse à l’époque, qui jouait à la guerre avec un pistolet à billes, qui courrait dans la forêt juste pour croire qu’il était poursuivi, et je me retrouvais là, le cul sur du velours, sans savoir que j’allais voir un film qui allait devenir un pilier de ma vie.

omg-heat-game.jpg
        Pour un film qui dure 3h, ça commence très fort : une bande de malfrats portant des masques de hockey braquent un fourgon blindé, et comme l’un d’entre eux fait une faute minime, ils sont contraints de tuer les agents de sécurité par sécurité. En 5 minutes on voit que ces gangsters ne sont pas des rigolos et que pendant les 2h45 restantes on ne va pas faire les fiers sur notre velours rouge. Je me souviens que le suspense et la pression faisaient fondre mon Miko à vue d’œil.

        A l’époque j’étais cultivé comme une friche, et je ne devinais pas l’exceptionnelle rencontre de Robert de Niro et Al Pacino (Ils n’ont joué ensemble que dans Le Parrain II, mais ça compte pas, ils jouaient dans deux époques différentes et n’avaient pas de scènes ensemble). Alors que dans Heat, la confrontation se fait enfin. Dans un café, autour d’un café. Cette première rencontre sonne comme la conversation de deux amis qui ne se reverront plus.

489.jpg
            Al Pacino est flic, mauvais père, mauvais mari, tout ce qu’il aime c’est courir après les méchants. Robert de Niro est un malfrat, bon gangster, bon amoureux, tout ce qu’il aime c’est se faire courir après par les policiers pour leur prouver qu’il est le plus fort. Et leurs existences respectives, solitaires et mornes, s'exposent comme un miroir. Ces deux hommes ont le même esprit, la même vie, mais chacun est d’un côté de la barrière et doit faire son travail. Cette scène est tellement importante dans l’histoire du cinéma que certains critiques ont avancé qu’elle avait été tournée sans que De Niro et Pacino soient sur le même plateau. La légende était née. C’est de cette scène que découle le titre Heat. Il n’est pas question ici de chaleur, mais de danger :

"Don’t let yourself get attached to anything you are not willing to walk out on in 30 seconds flat if you feel the heat around the corner."
"Ne jamais t'attacher à des choses dont tu ne peux te débarrasser en 30 secondes montre en main si les flics se ramènent dans le coin."

tom.jpgTom Sizemore, mon acteur préféré !!!
(ça fait midinette hein!)


        Alors bien sûr, hormis le duel titanesque de deux héros vieillissants (De Niro dans son dernier grand rôle, désormais il n’est plus que l’ombre de lui-même), on trouve aussi des jeunes seconds rôles au charisme charismatique et à l’allure vachement classe. Val Kilmer, à la peau post-acnéique mais qui mitraille comme personne, et surtout Tom Sizemore, le roi du second rôle, un mec qui impose le respect et le silence avec un seul regard. On a même droit à Nathalie Portman en adolescente suicidaire (pléonasme).


Figure 2

        Heat est un film que j’ai du mal à définir ; à première vue il s’agit d’un film d’action, histoire de braquage "pan pan t’es mort" avec des scènes de fusillades qui finissent de faire fondre ma glace (voir fig. 2). Mais sous l’enrobage chocolat se cache un cœur caramel fondant, un film d’amour avec 3 romances bien précises dont l’une mènera l’un des protagonistes à sa perte. Dans ce film d’hommes blindé d’hormones, la caméra se fait amoureuse, la musique langoureuse, les couleurs romantiques. On n’est pas dans la chaleur annoncée dans le titre, on est dans la froideur des buildings, la mécanique des ports, le bleu de la nuit et la transparence du verre. L’amour est impossible dans ce film, et c’est là tout le but : dans cet univers où l’amour est impossible les héros sont seuls :

- Je ne suis pas solitaire, je suis seul. Et vous ?
- Extrêmement solitaire.

heat1.jpg
        Depuis ce film, je cours voir chaque nouveau Michael Mann. Et Collatéral, Miami Vice, et Révélations sont des chefs d'oeuvre, il n'y a guère qu'Ali pour faire de l'ombre au tableau, mais c'est le film qui lui a permis d'apprendre à filmer la nuit. Depuis Heat, le cinéma d'action a changé, il est à la fois plus viscéral et plus sensible ; et Mann, en fait, ne fait que mettre en scène des histoires d'amour banales dans des situations exceptionnelles. De la romance, la guimauve en moins.
        Ce film est le seul à m'avoir donné envie de vivre une vie dangereuse, en marge de la société et de l'amour, où la solitude et la tristesse n'existent pas tant qu'on ne les nomme pas. Les hommes dépeints sont si puissants que le monde n'est pas à leur taille, et les femmes non plus. Quand on est jeune avec de la glace fondue plein le pantalon, on rêve d'avoir une telle classe, comme les lascars qui veulent qu'on les appelle Tony Montana. Mais quand on grandit, on comprend pourquoi les grands meurent toujours à la fin. La classe n'arrive que si l'on arrête de vivre.


Infos :
Heat, 1996
Distributeur : Warner bros.
Réalisateur : Michael Mann (Collatéral, Miami Vice, Le dernier des Mohicans)
Musique : Moby, Brian Eno, Lisa Gerrard (que des trucs beaux à pleurer)
Casting : Robert de Niro, Al Pacino, Val Kilmer, Tom Sizemore, Ashley Judd, John Voight, Dany Trejo, Nathalie Portman...

Film de culte (pour les anecdotes)
Allociné pour en savoir plus

heat6.jpg


PS : "Pour moi le soleil se lève et se couche avec elle."

par Dirty Epic publié dans : Les fils rouges
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Jeudi 21 juin 2007
            Petit retour en arrière depuis mon emménagement dans ce grand édifice qu'est Overblog.

          Depuis mon installation ici je découvre les joies de gadgets inutiles (donc des gadgets) pour savoir d'où viennent mes lecteurs, où ils vont, pourquoi sont-ils là, sur cette Terre, parmi 6 milliards d'individus dont la plupart finalement n'a même pas MSN.
        Le gadget le plus intéressant c'est "phrase tapée dans un moteur de recherche" qui montre par quelle recherche les gens s'échouent sur mon bulletin. Et bien niveau pertinence des recherches, mon blog est essentiellement visité par des gens tapant "Segolène Royal". Jusque ici rien d'exceptionnel, j'ai cartonné Segolène et plastifié Sarkozy, tout comme 15678 blogs français.
         SAUF QUE : les merveilleux chercheurs internautiques sont souvent remplis de pensées impures en tapant Ségolène.
On trouve, en vrac et en minuscules d'imprimerie :
"Ségolène Royal se fait sauter"
"Ségolène Royal hard".
        Je ne sais toujours pas comment on peut taper "Ségolène royal se fait sauter" et tomber sur ma page mais bon... les méandres de l'Internet sont comme les nonnes, impénétrables. Ils auraient pu taper "segolene suce" ou "Francois hollande nu" ou "sarkozy nu" ou "sarkozy baise" et ils seraient allés ailleurs.

       Alors, pour les gens dont l'imagination n'est pas aussi fertile que la mienne (qui est vraiment trop tarabiscottée) je vais vous conter l'histoire de l'homme arrivé par erreur sur mon blog.

un-clic-de-trop-copie-1.jpg

        Ce matin Jean-Denis s'est réveillé au son de son portable qui hurlait une sonnerie stridente comme seul Nokia sait les faire. Fraichement rasé, douché, habillé, pas encore cravaté, il dévore ses tartines pré-tartinées en écoutant RTL d'une oreille distraite. Les nouvelles sont mauvaises d'où qu'elles viennent (musique : Stéphane Eicher / paroles Philippe Djian). Il prend son café en riant en apprenant que la retraite d'un conducteur de TGV commence à 50 ans et qu'il touche 2000 euros net. Et en plus de ça la SNCF réemploie ses "retraités" à l'étranger pour former les nouveaux conducteurs, soit un salaire complémentaire de 6500 euros.
        Mais ce qui met en joie Jean-Denis, c'est l'annonce de la séparation entre Ségolène Royal et François Hollande. En bon militant UMP, il ne peut que se réjouir de l'ultime humiliation faite à Flamby, il se retrouve seul, sans femme, et sans parti il n'est pas prêt de revenir.
        Jean-Denis aspire goulûment sa tartine gorgée de café. Il n'est pas pressé par le temps, il a le temps, il se garde toujours une vingtaine de minutes le matin pour tout débordement éventuel. Et la nouvelle du célibat de Ségolène le mettait en appétit. Son bol fini, il allume son ordinateur pour checker ses mails et voir si un ou deux contacts (il refuse de les appeler amis) ne trainent pas encore sur MSN après une nuit d'errance sur des forums rances critiquant l'avenir de la France.
       Il est seul sur la toile, il se sent seul, sur google il feuillette cliquette les actualités espérant tomber sur LA reticle qui fera toute la lumière sur la libération de Ségolène. Ségolène, l'ennemie, celle qu'il a aimé détester pendant 6 mois car dans ses tailleurs étroits laissant deviner des formes alléchantes elle faisait de l'ombre à son poulain Nicolas Sarkozy. Mon dieu qu'il l'avait trouvée belle et dangereuse quand elle s'était mise en colère pendant le débat, il se souvient encore de la lueur dans ses yeux de biche en danger, il avait presque eu une érection en ce soir d'élection.
        Maintenant les gislatives passées, l'humiliation était totale, Ségolène était à sa merci ; le fantasme de la femme puissante et déchue, cette Marie-Madeleine du PS, cette Eve de la politique, Jean-Denis se sentait prêt à croquer dans le fruit défendu. Internet, ce monde de stupre et de vices, éveille en lui les désirs les plus fous, et d'une main maladroite sous le coup le l'excitation il tape "Ségolène Royal se fait sauter". L'espoir de voir la honte dans les yeux d'une Ségolène moins besogneuse et plus besognée l'amenait dans des sphères ennivrantes. Il oubliait même que c'est cette même Ségolène qui se bat depuis des années d'une main de peau de pêche dans un gant de velours pour endiguer la pornographie et le sexe malsain diffusé sur un net pas très net.
        Jean-Denis sait que sa quequête est difficile, Ségolène n'est pas Paris Hilton, et la chance de trouver une vidéo d'ébats l'obligerait tout de même à voir François Hollande en tenue d'Adam. Mais son désir d'avenir est trop grand, il commence à prospecter d'un clic nerveux les différents liens à la recherche d'un film rose, à l'image du logo socialiste. Et c'est là qu'il cliqua sur "Le Bulletin Tamard". A la vue d'une photo pourtant attirante pour un amateur de porno hardcore amateur, il sent qu'il frappe à la bonne porte.

        Son désarroi ne fut que plus grand quand il vit que la page du blog susnommé n'était tenu que par un petit scribouillard en mal d'humour qui en plus disait du mal de son cher Nicolas. S'en est trop pour lui ; il se jura de ne plus jamais se tripoter, et qu'il honorerait sa femme le soir venu, comme il est écrit dans la Bible.
        Jean-Denis est revenu depuis lire le Bulletin Tamard, il a versé une larme en lisant le portrait de Cécilia Sarkozy, il s'est dit : "l'amour c'est solide comme un roc" (oui, il aime aussi Nadiya). Et depuis ce jour, Jean-Denis a un profond respect pour Ségolène, celle qui l'a sorti de la pornographie grâce à un cliché de bouche abimée par l'effet lassion. Et depuis ce jour Ségolène s'endort seule, ne se doutant pas qu'elle éveille des désirs inavoués chez des hommes, même de droite.


PS : Ceux qui pensent que cet article n'est fait que pour être référencé dans le thème ségolène - sexe n'ont qu'à se reporter au paragraphe 4 pour voir qu'ils n'ont pas tout à fait tort.

PPS : pour les plus curieux, je contrepète dans le titre.


par Dirty Epic publié dans : Politique
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Mercredi 20 juin 2007
        Le  Bac, c'est toujours un truc qui fout la trouille, même si on aime certaines matières l'aura du Bac est telle qu'on finit par tout détester. Pourtant, grâce à une dondon dodelinante à la silhouette oranginesque (ma prof de français que j'appellerai mademoiselle Alka, pour ne pas faire de jeu de mot avec son véritable patronyme, Seltzer) ; je disais donc, mademoiselle Alka, dans son infinie sagesse (et le programme obligatoire du Bac), nous a fait étudier Les fleurs bleues de Raymond Queneau. Rien que le titre j'en ris encore. Entre Les fleurs du mal et l'eau de rose, ça sentait le sirupeux pour ménopausée en mal de sentiments cardiaques.
        Je l'ai lu d'un oeil inquisiteur, loin de deviner que sous mes yeux se déroulaient des kilomètres de phrases qui allaient bientôt devenir les succubes de mes nuits blanches quand ma vie était noire. Au cours de ma scolarité, rares sont les livres à m'avoir procuré autant de joie et de rêves, le plus souvent il s'agissait d'ouvrages du XXe siècle, et il n'y a guère que Flaubert qui m'a dit "Eh mec, la littérature c'est pas que des vieux barbus, ya aussi des rigolos qui savent rire sous cape."
            Bien sûr je n'aime pas que les plumes rigolardes, mais je trouve que plus un auteur fait rire et moins il est pris au sérieux. Mais je ne reprendrai pas ici la diatribe atrabilaire de Desproges sur le labeur du clown.

raymond-queneau.jpg

             Revenons à nos moutons qui broutent des fleurs pour faire de la laine bleues. Comme le dit si bien Wikipédia, qui pour une fois est d'accord avec moi : "
Outre ses qualités littéraires incontestables, le roman présente un intérêt notable en raison de sa structure." (En fait je trouve l'emploi de "en raison de" mal-à-propos, mais là n'est pas la question). Pour faire vite et pour faire bien, Les fleurs bleues racontent l'histoire d'un alcoolique oisif qui s'évertue à repeindre son portail car un sauvageon le couvre sans cesse de graffiti. Il faut aussi souligner qu'il vit sur une péniche baptisée l'Arche. Pour clore l'hypotypose, le fainéant se nomme Cidrolin et raffole de l'essence de Fenouil.
            Mais Cidrolin n'est que le personnage principal d'une histoire secondaire, ou est-ce l'inverse ? Car Les fleurs bleues brossent également le portrait du duc Joachim d'Auge, un seigneur d'âge moyen du Moyen-Age qui vit dans un monde plein d'anachronismes et qui sautent les époques comme on passe d'un chapitre de son livre d'Histoire à un autre.
            Le roman passe d'un personnage à l'autre en usant d'un stratagème rudimentaire, le duc d'Auge prend vie quand Cidrolin s'endort, ou est-ce l'inverse ? Queneau reprend une idée vieille comme le monde, l'apologue, pour faire érudit : "Tchouang-tseu rêve qu'il est un papillon, mais n'est-ce point le papillon qui rêve qu'il est Tchuang-tseu ?"
          Dans les grandes lignes, le roman est une histoire classique, mais comme a dit Bernard d'Ormale en épousant Brigitte Bardot :"c'est dans les vieilles peaux qu'on fait les meilleures soupes". Face au quotidien hyper lassant de Cidrolin retraité-chômeur-sorti de prison qui cherche à marier ses filles, on a le quotidien belliqueux et hyperbolique d'Auge qui cherche à marier ses filles.
              Les fleurs bleues est un roman dont le tout est inférieur à la somme des parties. C'est une suite de sketches, de rencontres au sommet ou dans la vallée, de constats sur le présent, le passé, l'Histoire avec un H, ou  l'histoire avec un h. Le duc d'Auge saute 175 ans à chaque fois qu'il apparaît, il rencontre Saint Louis, Gilles de Rais, un alchimiste, trouve la grotte de Lascaux et finit par rencontrer Cidrolin lui-même (qui fait pâle figure face aux grands événements de l'histoire qu'Auge traverse).

            Pour conclure, je vais laisser la parole à Queneau, qui sera mieux placé que moi (même mort) pour vendre son livre :
"Le gaulois fumait une gitane, (...) les Sarrasins fauchaient l'avoine."
" - On finira par bâtir une mahomerie.
   - Pourquoi pas un bouddhoir ? un confucius-sonnal ?"
"A la terrasse d'un café, des couples pratiquaient le bouche-à-bouche, et la salive dégoulinait le long de leurs mentons amoureux."
"Lamélie le regarde, hagarde".
"Les compagnies royales de sécurité" (les Céheresses en fait)
"Le chapelain devina que le duc avait deviné qu'il avait deviné, mais devinait pas si le héraut avait lui aussi deviné que le duc avait deviné qu'il avait deviné." (phrase sans queue no tête, je vous l'accorde pour vous pendre.)
"L'histoire ça n'a jamais été les actualités et les actualités c'est pas l'histoire, faut pas confondre."
"La tévé c'est de l'actualité qui se congèle en histoire."
"La répétition est l'une des plus odoriférantes fleurs de la rhétorique" (ça c'est pour les gens qui disent que je radote, je ne fais que composer un bouquet de fleurs cueillies dans mon champ lexical)
"Ce que je veux, moi papa, c'est baiser".
A propos de Gilles de Rais (compagnon d'arme de Mireille Jeanne d'Arc, dont la réputation fait passer Marc Dutroux pour Casimir) : "Mettons qu'il ait violé une dizaine de petits garçons et qu'il en ait zigouillé trois ou quatre, il n'y a pas de quoi fouetter un maréchal de France." (car ce bon Gilles était maréchal de France).
"D'habitude je suis seul à penser ce que je pense". (c'est bizarre je pensais la même chose...)

Une description de toute beauté (et pourtant ce que Queneau décrit est plutôt moche) :
"Il porte une casquette carrée semi-ronde ovale en drap orné de pois blancs. Le fond est noir. Les pois sont de formes elliptiques ; le grand axe de chacun d'eux a six millimètres de long et le petit axe quatre, soit une superficie inférieure à dix neuf millimètres carrés. La visière est faite d'une étoffe analogue, mais les pois sont plus petits et de forme ovale. Leur superficie ne dépasse pas dix-huit millimètres carrés."

"Voilà, je vais me retouver tout seul sur ma péniche. Il faudra que je fasse la cuisine, lave mon linge, raccomode mes chaussettes, donne un coup de faubert sur le pont, toutes occupations qui m'emmerdent et sont d'ailleurs exclusivement féminines." (l'énumération sera faite 3 fois, rien que pour montrer que ça le fait franchement chier de faire le boulot d'une fille...)

"Aussitôt la porte s'ouvre comme par enchantement et une radieuse apparition fait son apparition.
L'apparition susdite consiste en une pucelle d'une insigne saleté mais d'une esthétique impeccable. Le duc a le souffle coupé.
- Pauvre messire, dit la jeune femme d'une voix vachement mélodieuse."
Et finalement il faut écumer les 270 pages de rhétorique sans filet (exécutée par des professionnels, ne faites pas ça la maison) pour lire :
"Une couche de vase couvrait encore la terre, mais, ici et là, s'épanouissaient déjà de petites fleurs bleues."
        C'est beau comme une paire d'Adidas une phrase comme ça, et malgré toute l'aversion que j'ai contre l'Education Nationale, je ne remercierai jamais assez la personne qui a dit "tiens ? on va mettre Queneau au programme".
Et je ne sais pas si le hasard le fait exprès, mais pour Dalì, Underworld et Queneau, j'ai découvert tout ça la même année. Quand on nous dit qu'on a qu'une fois 18 ans on a tendance à vouloir répondre "et toi t'auras qu'une fois 50 ans" avec une pointe de colère juvénile. Mais force est de constater que les sentiments à fleur de peau, on a envie de foutre le feu à un monde qui ne nous correspond pas, et on se rend compte qu'il ne correspond à personne, et que des artistes, ça et là, disséminent des graines éparses pour faire naître autour de nous des petites fleurs bleues.


infos :
Raymond Queneau, Les fleurs bleues, 1965.
Folio, n°1000
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par Dirty Epic publié dans : Les fils rouges
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Mercredi 13 juin 2007
          Retour en musique puisque ce soir je désirerais m’entretenir avec vous d’un disque qui a changé le cours de ma vie.
 
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          Mars 1999, pour mon anniversaire, un ami plein de bonnes intentions m’offre Beaucoup Fish de Underworld. Je connaissais ce groupe uniquement grâce aux compils dance des années 90 où figurait toujours Born Slippy, l’hymne techno des boums adolescentes qui clôt  le film Trainspotting. Je me souviens que Beaucoup Fish faisait tache au milieu de ma collection de CD de Sepultura, Pantera et autres groupes de chevelus tatoués. Pourtant au fil des écoutes je découvre un feeling, une voix étrange qui scandent des paroles étranges, ce qui est assez étrange pour de la techno. C’est cette voix, celle de Karl Hyde, qui fait que Underworld ne sera jamais considéré comme de la techno.
underworld--beauc.jpg        Rentrée scolaire 1999, on a un nouveau dans la classe, Gaétan. Ce mec était aussi bizarre qu’une carte du monde australienne. Ce qui faisait de lui mon super pote de terminale, le genre de meilleur ami pour la vie le temps d’une année. Et dans son infinie sagesse, il m’a prêté tous les albums d’Underworld (car c’était est un homme de goût). J’avais désormais acs au pouvoir absolu, c’était mon Eve qui me proposait la pomme de l’arbre de la connaissance. Et innocemment j’ai croqué.
    Je glisse Dubnobasswithmyheadman dans mon lecteur sans trop savoir à quoi m’attendre. Première écoute fade, sans saveur, je ne découvrais rien de transcendant, une sorte de gris musical. Je persiste mais rien n’y fait, je ne trouve rien de surprenant. J’en parle à Gaétan et il me dit « écoute juste la 6, Dirty Epic ».

Underworld - Dirty Epic


        Ce soir là, pendant une session bière-bougie en compagnie d’une feuille et d’un stylo, je me joue Dirty Epic comme pour la première fois. Ce fut une révélation. La découverte d’un morceau beau comme le regard d’une femme amoureuse. J’avais toujours entendu cette musique sans la connaître, elle était en moi bien avant que je ne la découvre.
        Les paroles sont très évasives, comme pour tous les titres d’Underworld, la chanson parle d’hiver, de pluie, d’un homme seul au téléphone rose qui se sent sale, les rares lumières dans la nuit lui brûlent les yeux, et d'un Christ qui apparaît avec des béquilles. Dirty Epic, sale épopée, l’histoire de la solitude d’un homme loin de l’amour et qui se noie dans la télévision, le porno et l’alcool. Sale épopée. Mais en 10 minutes de musique l’horizon se dessine, le soleil se lève, et finalement le piano s’envole en emportant avec lui tout le malheur d’une vie en jachère.
        Dirty Epic est une chanson comme on en fait peu. Elle est tellement importante dans la vie d’Underworld qu’elle n’a été jouée en live qu’à partir de 2002, et une vingtaine de fois en tout. J’ai eu la chance de l’écouter au Bataclan, les larmes aux yeux. Ce morceau m’accompagne depuis plus de 7 ans, comme un talisman, comme la BO de ma vie ; quand il arrive quelque chose d’important dans ma vie je l’écoute, il me ressource. Quand je suis triste il me relève, que je suis heureux il me consolide.
 
        Dirty Epic fut ma porte d’entrée pour le monde du dessous, j’avais découvert un mystère de la vie, j’avais enfin accès à un nouvel Eden. Chaque morceau de Dubnobasswithmyheadman devenait peu à peu un tableau sonore de la vie urbaine, on y retrouve le subway londonien (Dark & Long), les gratte-ciels (Skyscraper I love you), le béton des trottoirs (River of Bass), la prostitution (Cowgirl), et finalement on arrive à un retour à la nature (Mother Earth).
        Les années 90 sont consignées dans ce disque, la froideur des villes et pourtant sa vie, l’anonymat des rues mais l’humanité des sentiments, la solitude parmi des millions d’individus.

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        Sorti en 1994, Dubnobasswithmyheadman est un disque réfléchi, mûri, préparé pendant plus de deux ans et accueilli dans l’indifférence la plus totale. A l’origine Underworld est un groupe de New Wave de mauvais goût, avec un son 80’s difficilement écoutable aujourd’hui. Avec l’arrivée de la techno sur le territoire anglais, le groupe décide de mettre du vin dans sa soupe et mâtine sa pop d’une énergie électronique nouvelle. Dirty est l’un des premiers tracks techno du groupe et se révèle être une première mouture instrumentale de Dirty Epic, qui finalement n’est qu’un remix d’un morceau moyen. Mother Earth sort en vinyl en 1992 à 500 exemplaires vendus dans le coffre d’une voiture… Je vous fais grâce de la valeur actuelle de ce collector.
 
        L’histoire d’Underworld est intimement liée au réalisateur anglais Danny Boyle. Lorsque celui-ci commence l’élaboration de son chef d’œuvre Trainspotting, son idée première est donner vie à Dubnobasswithmyheadman. Il veut que le film soit entièrement rythmé par l’album, que la BO du film soit Dubno. Les producteurs hurlent au suicide commercial et cette idée est mise au rencard. Finalement les producteurs ont eu raison, Boyle demande à Underworld un inédit (Born Slippy) qui offrira la gloire au groupe. Depuis, chaque film de Danny Boyle est du pain béni pour les fans, puisqu’il y a très souvent un inédit (Oh dans Une vie moins ordinaire,  8 Ball dans La plage). Mon rêve s’est réalisé il y a peu, puisqu’Underworld a écrit toute la BO de Sunshine, son dernier film.

sunshine.jpg
Sunshine

        Dubnobasswithmyheadman
, c’est aussi un univers graphique, où la typographie devient dessin, où les lettres deviennent formes comme les mots deviennent sons. L’album a maintenant 14 ans, et pourtant il est toujours aussi moderne et neuf. Dirty Epic figure dans la plupart des classements « meilleures chansons des 90’s » « meilleurs morceaux du XXe siècle » « classement rock » « classement techno »… Dirty Epic est tellement universel que même mes parents apprécient. Et j’en veux pour preuve mon père qui m’a accompagné à un concert de 3 heures et qui a franchement trippé sa mère (désolé mamie) puisqu’il m’a demandé tous les CD ensuite.
        Quand j’écoute ce disque, je me sens à l’étroit dans mon 501. (the emptiness in my 501…)

Tracklist :
1. Dark & Long (7:35)
2. mmm Skyscraper I love you (13:08)
3. Surfboy (7:33)
4. (4:49)
5. Tongue (4:49)
6. Dirty Epic (9:56)
7. Cowgirl (8:25)
8. River of bass (6:26)
9. M.E. (7:09)

Infos :
Junior boy's Own, 1993

Myspace Underworld
Site officiel Underworld



PS : Comme vous l'imaginez, j'ai écouté l'album 3 fois en écrivant ce texte.
PPS : Pour les plus aveugles, je viens d'expliquer l'histoire de mon pseudo (ce que les gens aiment découvrir sur internet)

par Dirty Epic publié dans : Les fils rouges
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Mercredi 6 juin 2007


    En cherchant parmi les milliers de films (au moins) que j'ai vu au cours de ces 25 dernières années, j'ai voulu en retenir un. Mais en faisant le tour des titres dans ma tête, l'un d'eux est revenu trois fois. Fight Club, Retour vers le Futur, Garden State, Retour vers le Futur II, Human Traffic, Retour vers le Futur III...
Hill Valley Il fallait me rendre à l'évidence, les aventures de Marty McFly ont forgé mon enfance. Et je pense que contrairement aux deux premières oeuvres présentées, celle-ci nécessite peu d'explication puisque ce(s) film(s) fait partie de la culture commune, le grand gloubiboulga qui a nourri tous les enfants nés avant les années 90.



Rappel pour les deux du fond qui ne suivaient pas :
    Marty est un jeune adolescent américain comme dans tous les films, sa copine Jennifer est une adolescente américaine comme dans tous les films, et sa famille réunit des supers loosers : la mère boit de la vodka dès le matin, le père est exploité et sous payé par son boss Biff Tannen, son oncle est en prison etc. Le seul ami de Marty semble être un savant farfelu dont l'esprit est à l'image de ses cheveux. Bordélique.
Doc Brown (Docteur Emmet Brown) est le génial(?) inventeur d'une machine à remonter le temps ; et cette machine est d'autant plus classe qu'il s'agit d'une DeLorean, l'une des rares voitures à avoir des portes à ouverture papillon. Suite à un concours de circonstances gagné par Marty, celui-ci est projeté dans le passé, en 1955. Voila pour le pitch.



        Vu comme ça, ya pas de quoi tripper sa mère et hurler "Encore!" à la fin de chaque film. Là où tout est génial, c'est tout ce qui est inutile à l'intrigue principale. D'abord la mode. Les détracteurs diront que Retour vers le Futur est kitsch, puisque les filles sont permanentées les bombers gonflés et les baskets à scratch. Mais chers amis, toutes les époques de la trilogie sont surfaites ! 1955 et ses robes longues sur soquettes blanches, 1985 et ses skate-boards et ses walkmans, 2015 avec ses doubles cravates en plastique...
        Ensuite il y a les inventions de Marty, au cours de ses voyages, il invente le skate-board, le freesbee et le rock & roll (rien que ça). Et sans jamais le vouloir il réécrit la petite histoire de sa ville, Hill Valley : le centre commercial Two Pines devient Lone Pine, le ravin Clayton devient le ravin Eastwood...
        Il y a aussi la musique qui fait beaucoup : Alan Sylvestri signe une bande originale dans un style très Superman, avec des cuivres partout pour que ça brille et des batteries de batteries pour que ça tape. Et même quand Marty n'est pas à cheval, ça galope.
    Et pour finir des dialogues splendides servis par des acteurs exceptionnels (on dirait un dos de jaquette d'un film de Steven Seagal). Plus sérieusement, qui n'a jamais dit "nom de Zeus" à la manière de Doc ?

    Et là j'aborde les deux fondements de Retour vers le Futur : les dialogues, et Doc Brown. En fait les deux ne font qu'un puisque tout le film repose sur le langage frivole et les théories alambiquées de Doc.
Doc c'est le grand père que tous les enfants rêvent d'avoir et que les parents ont en horreur : drôle, inventif, irresponsable. Un type qui n'a jamais rien sû faire de sa vie sauf tomber dans les toilettes et dans les pommes ce qui lui donnera l'idée du convecteur temporel. Le personnage, on le doit à Christopher Lloyd (également oncle Fétide de la Famille Addams) qui compose un zouave incompréhensible et attachant, mais aussi à sa doublure française, Pierre Hatet, qui en fait un personnage encore meilleur que l'original.

        Depuis Retour vers le Futur, aucun film sur le voyage dans le temps ne supporte la comparaison. tous sont écrasés par la limpidité des enchaînements, la gestion du continuum espace-temps, et surtout, les paradoxes temporels. C'est tellement bien fait que même un gamin de 10 ans comprend (pour peut qu'il maîtrise la compléxité du convecteur temporel).
        Retour vers le Futur est un film de gosse, un vrai rêve éveillé et qui rappelle les instincts les plus anciens. (qui n'a jamais fait voler ses petites voitures en jouant ?) A la fin du film, j'ai toujours envie de sauter sur le canapé en criant : "Encore !" c'est souvent là que ma copine dit "Fred, 8 ça suffit".
        Mais Retour vers le Futur est aussi un film qui vieillit avec le spectateur, et ça, c'est rare. Quand on est petit, on aime le 3, parce que les cowboys et les trains et les fusils c'est trop cool. Après on grandit et on decouvre les joies de la compléxité d'un scénario et on aime le deux, parce qu'on va dans le futur et les voitures volent, puis dans le passé, et on a deux Marty... Et finalement on aime le premier volet, parce que finalement c'est le plus mature, celui du passage à l'âge adulte, où les responsabilités tombent.
        J'aime ce film parce que sous couvert de ramener dans l'enfance, il présente vraiment la vie d'adulte avec son grand conseil final : "Le temps est ce qu'on en fait, alors ne le gâchez pas." Je sais que c'est de la philosophie lyophilisée, mais merde quoi, c'est Doc qui dit ça, c'est pas rien !
        Je n'arrive pas à m'arrêter tellement ce(s) film(s) me procure des émotions intenses, je le(s) regarde au minimum une fois par an, ce film ne vieillira jamais, c'est un document d'époque de 1985, les historiens l'étudieront un jour. En attendant, je rêve toujours quand je roule à 88 miles à l'heure (140km/h) qu'il se passe un truc.



Repliques cultes :
- "2,21 gigowatts !!!!!!!" (en fait c'est super nul sans la voix)
- "La route ? Là où on va on a pas besoin (clac) de route."
- "Marty : Attendez doc, vous voulez dire que vous avez construit une machine à voyager dans le temps... à partir d'une DeLorean?
Doc : 'Faut voir grand dans la vie! Quitte à construire une machine à partir d' une voiture autant en prendre une qui a de la gueule!"
- "Allo? Allo? Y'a personne au bout du fil? 'Faut réfléchir McFly! 'Faut réfléchir! Et le temps qu'il me faut pour la recopier? Mais est-ce-que tu te rends compte de ce qui se passerait, si je rendais MA rédaction, avec TON écriture? Mais je serais viré du lycée! Ce serait pas ce que tu cherches à faire par hasard?"

Extraits audio des répliques
Site presque officiel (mais sur Google il y en  a des tas)
 
Equipe :
Réalisateur : Robert Zemeckis (Roger Rabbit, Forrest Gump) ce type est un grand.
Scénariste : Bob Gale (un geek à lunette)
Producteur : Steven Spielberg (vous savez le type avec une casquette et une barbe)
Acteurs : Michael J. Fox, Christopher Lloyd, Crispin Glover, Lea Thompson, Thomas F. Wilson...

PS: Bon, c'est pas tout ça, mais quand est-ce que Mattel le sort son over-board ?


par Dirty Epic publié dans : Les fils rouges
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