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J’avais 13 ans. Assis sur un fauteuil en velours rouge dans la salle d’un cinéma de quartier, je dégustais une glace pendant les bandes-annonces. Le cinéma
de mon enfance était comme ceux qu’on voit dans les films, avec des affiches aux murs, un rideau qui s’ouvre sur l’écran, et surtout, une dame qui circulait dans les rangées pour vendre des
glaces ; qui n’a jamais bavé et défailli au passage de la dame aux glaces… Laissons la passer et reprenons.
J’avais 13 ans. Enfin le droit de regarder des films interdits aux moins de 12 ans, plus besoin d’enregistrer le film de 22h30 avec le gouverneur de
Californie qui se roule dans la boue pour combattre un monstre mutant avec des pièges vus dans Copain des
Bois (Predator est un bon film malgré tout). Quand on est un garçon et qu’on a 13 ans, on est forcément bête. On est attiré par tout ce qui a des muscles, qui fait du bruit avec des
flingues, et qui sent la sueur testostéronée. Les Rambo, les Commando et autres Armes Fatales étaient nos livres de cuisine pour apprendre la vie de dur à cuire.
C’est dans cet esprit "un-pour-tous tous-bourrins" que je suis allé voir Heat. Une affiche bleue et noire avec des mitraillettes, des lunettes
de soleils et des niros… que demande le peuple à part moins de travail et plus de sous ?
J’étais un gosse à l’époque, qui jouait à la guerre avec un pistolet à billes, qui courrait dans la forêt juste pour
croire qu’il était poursuivi, et je me retrouvais là, le cul sur du velours, sans savoir que j’allais voir un film qui allait devenir un pilier de ma vie.

Pour un film qui dure 3h, ça commence très fort : une bande de malfrats portant des masques de hockey braquent un fourgon blindé, et comme l’un d’entre
eux fait une faute minime, ils sont contraints de tuer les agents de sécurité par sécurité. En 5 minutes on voit que ces gangsters ne sont pas des rigolos et que pendant les 2h45 restantes on ne
va pas faire les fiers sur notre velours rouge. Je me souviens que le suspense et la pression faisaient fondre mon Miko à vue d’œil.
A l’époque j’étais cultivé comme une friche, et je ne devinais pas l’exceptionnelle rencontre de Robert de Niro et Al Pacino (Ils n’ont joué ensemble que
dans Le Parrain II, mais ça compte pas, ils jouaient dans deux époques différentes et n’avaient pas de scènes ensemble). Alors que dans Heat, la confrontation se fait enfin.
Dans un café, autour d’un café. Cette première rencontre sonne comme la conversation de deux amis qui ne se reverront plus.

Al Pacino est flic, mauvais père, mauvais mari, tout ce qu’il aime c’est courir après les méchants. Robert de Niro est un malfrat, bon gangster, bon amoureux, tout ce qu’il
aime c’est se faire courir après par les policiers pour leur prouver qu’il est le plus fort. Et leurs existences respectives, solitaires et mornes, s'exposent comme un miroir. Ces deux hommes ont
le même esprit, la même vie, mais chacun est d’un côté de la barrière et doit faire son travail. Cette scène est tellement importante dans l’histoire du cinéma que certains critiques ont avancé
qu’elle avait été tournée sans que De Niro et Pacino soient sur le même plateau. La légende était née. C’est de cette scène que découle le titre Heat. Il n’est
pas question ici de chaleur, mais de danger :
"Don’t let yourself get attached to anything you are not willing to walk out on in 30 seconds flat if you feel the heat around the corner."
"Ne jamais t'attacher à des choses dont tu ne peux te débarrasser en 30 secondes montre en main si les flics se ramènent dans le coin."
Tom Sizemore, mon acteur préféré
!!!(ça fait midinette hein!)
Alors bien sûr, hormis le duel titanesque de deux héros vieillissants (De Niro dans son dernier grand rôle, désormais il n’est plus que l’ombre de lui-même), on trouve aussi des jeunes seconds rôles au charisme charismatique et à l’allure vachement classe. Val Kilmer, à la peau post-acnéique mais qui mitraille comme personne, et surtout Tom Sizemore, le roi du second rôle, un mec qui impose le respect et le silence avec un seul regard. On a même droit à Nathalie Portman en adolescente suicidaire (pléonasme).
Figure 2
Heat est un film que j’ai du mal à définir ; à première vue il s’agit d’un film d’action, histoire de braquage
"pan pan t’es mort" avec des scènes de fusillades qui finissent de faire fondre ma glace (voir fig. 2). Mais sous l’enrobage chocolat se cache un cœur caramel fondant, un film d’amour
avec 3 romances bien précises dont l’une mènera l’un des protagonistes à sa perte. Dans ce film d’hommes blindé d’hormones, la caméra se fait amoureuse, la musique langoureuse, les couleurs
romantiques. On n’est pas dans la chaleur annoncée dans le titre, on est dans la froideur des buildings, la mécanique des ports, le bleu de la nuit et la transparence du verre. L’amour est
impossible dans ce film, et c’est là tout le but : dans cet univers où l’amour est impossible les héros sont seuls :
- Je ne suis pas solitaire, je suis seul. Et vous ?
- Extrêmement solitaire.
Ce film est le seul à m'avoir donné envie de vivre une vie dangereuse, en marge de la société et de l'amour, où la solitude et la tristesse n'existent pas tant qu'on ne les nomme pas. Les hommes dépeints sont si puissants que le monde n'est pas à leur taille, et les femmes non plus. Quand on est jeune avec de la glace fondue plein le pantalon, on rêve d'avoir une telle classe, comme les lascars qui veulent qu'on les appelle Tony Montana. Mais quand on grandit, on comprend pourquoi les grands meurent toujours à la fin. La classe n'arrive que si l'on arrête de vivre.
Infos :
Heat, 1996
Distributeur : Warner bros.
Réalisateur : Michael Mann (Collatéral, Miami Vice, Le dernier des Mohicans)
Musique : Moby, Brian Eno, Lisa Gerrard (que des trucs beaux à pleurer)
Casting : Robert de Niro, Al Pacino, Val Kilmer, Tom Sizemore, Ashley Judd, John Voight, Dany Trejo, Nathalie Portman...
Film de culte (pour les anecdotes)
Allociné pour en savoir plus

PS : "Pour moi le soleil se lève et se couche avec elle."




Rentrée scolaire 1999,
on a un nouveau dans la classe, Gaétan. Ce mec était aussi bizarre qu’une





