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Jeudi 28 février 2008
J'ai quelque peu négligé ce blog ces derniers temps, la faute aux vacances, sans doute. Et je profite de ce retour pour partager avec vous une nouvelle. J'espère qu'elle est bonne, je vous laisse juge.
Je préviens d'avance mon lectorat, certains passages (la plupart) peuvent choquer, donc veuillez éloigner les esprits les plus jeunes, le mot "sang" revient souvent.
Bonne lecture !








                Acouphènes




Je suis née en prison, un matin d’hiver. Ma mère, emprisonnée pour homicide involontaire, ne m’a connue que rouge et couverte de sang. Elle est morte jeune, je ne sais pas quand, mais je m’en fiche ; elle m’a donné une vie dont je n’ai jamais voulu. Je ne sais même pas si elle est sortie de prison avant de mourir. Mourir en prison, naître en prison. C’est sans doute le seul lien que j’ai trouvé avec ma mère.

 

Jusqu’à l’âge de 11 ans j’ai grandi entre quatre murs. Mon père était plutôt gentil, jusqu’à ce que l’alcool le tue. Il s’est endetté pendant des années afin de maintenir son taux d’alcoolémie. Ma chambre faisait la taille d’un lit deux places, avec un matelas simple posé à même le sol. Mes posters représentaient des stars éphémères découpées dans le programme télé. Ma mère ne m’a jamais manquée, peut-être parce que mon père ne parlait jamais d’elle. En revanche mon père pleurait souvent. Il disait que le vin faisait oublier et le whisky souvenir. Une fois j’ai goûté le fond d’un verre alors que papa dormait. J’ai cru boire des clous tellement ça piquait. J’ai craché le reste et papa a grogné.

« Encore un de foutu » il a dit. Il disait toujours ça.

Un jour, j’ai eu des acouphènes. Papa a dit : « Quelqu’un parle de toi ». Comme personne ne me connaissait, j’en ai conclu que c’était ma mère. « Les oreilles sifflent, quelqu’un persifle » disait la vieille qui habitait au dessus. C’est comme ça que j’ai appris le mot persifleur. Mais on m’a dit que mersifleur n’existait pas. Pourtant ça paraissait plus logique dans mon cas.

Quand mes oreilles ont commencé à siffler, je ne savais pas d’où ça venait. Pendant plusieurs jours j’ai cru qu’un appareil électrique était caché dans ma chambre. Je l’ai rangée dix fois sans rien trouver.

 

Parfois je n’entends rien, souvent je n’entends que ça ; un bourdonnement sourd, le cri strident d’une télé froide, le souffle d’une bouilloire. J’ai oublié ce qu’était le silence un jour que j’ai oublié. C’est arrivé sans raison.

Après six mois de plaintes auprès de mon père, il a enfin consenti à m’emmener chez un médecin. Il n’a rien trouvé ; il a voulu me rassurer en disant : « Vous savez, 15% de la population a des acouphènes, certains ne le savent même pas. Le mieux c’est de les ignorer. »

Mais quel gros con ! C’est moi qui vis avec ça ! Je n’ai jamais eu de walkman comme les filles de ma classe et je paie le prix fort !

Et voilà, je m’énerve, ça siffle, c’est encore plus aigu ! C’est comme si quelqu’un enfonçait une aiguille dans mon oreille… Pourquoi ? Ma vie est assez nulle comme ça, j’appelle ça l’acharnement divin ; je suis là pour concentrer la misère du monde.

Ca y est, j’entends le silence, ou plutôt un iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii incessant. Mais moins fort qu’avant. Le sifflement ne me quittera plus, il sera ma petite douleur intime, mon ennemi intérieur. Je vais faire comme a dit le docteur : faire avec, m’y habituer.

 
Le temps passe.
L’horreur ne passe pas.

C’est désagréable. Non, pire, insupportable, exaspérant. Je n’entends plus. Je perçois derrière un bruit blanc ambiant. Le son le plus monotone du monde. Et quand il y a des variations c’est pire. Ca monte, ça vrille, ça transperce, ça charcute. Un train freine dans ma tête et mes oreilles déraillent.

Le bruit, le bruit, la fureur, les élans aigus ! Je n’en peux plus ! Arrêtez ça !

iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii…
 

J’ai oublié la rumeur du monde, je ne l’entends plus. Ecouter l’extérieur n’a plus d’intérêt face à mon mur sonore. La décision fut finalement facile à prendre. Retrouver le silence était évident. Se boucher les oreilles ne servait à rien, alors j’ai décidé d’enfoncer un fil de fer (un trombone pour être exacte) à l’intérieur du trou.

La sensation était froide. Avec un peu de douceur aussi. Je n’ai jamais fait l’amour, mais me faire pénétrer comme ça m’a procuré un curieux plaisir. Et j’ai eu le courage d’aller jusqu’au bout.

J’entendis un bruit énorme, assourdissant, le fil touchait la paroi du tympan, je le sentais frapper, gratter. Il était là, prêt à agir. C’est là que j’ai forcé.

Plus rien. Quelle chaleur d’un coup. Je me sentais moite, la tête me tournait. La douleur couvrait le son. Ou n’y avait-il plus de son ? Une chose est sûre, à cet instant précis je n’entendais plus rien. Le sang ruisselait de mon oreille. Dans le miroir, mon visage était rouge, mes cheveux étrangement collés sur ma joue, un peu poisseux. Mais je riais. J’étais enfin libérée et allais retrouver le calme.

J’ai attendu un peu avant de percer la seconde oreille. Je voulais faire ça bien, profiter une dernière fois de cet orgasme irréversible. Pendant deux jours j’ai vécu essorée d’une oreille. Je la nettoyais avec le whisky de papa. J’entendais toujours les acouphènes, mais de loin. Je savais qu’une fois la deuxième oreille tuée tout irait mieux. Prendre le mal par la racine.

Et j’ai pris mon temps ; j’ai taillé un fil très fin, bien droit et souple, pour bien parcourir le conduit. Je voulais tout sentir en profondeur. J’ai chauffé le fil avec un briquet pour ne pas être gênée par le froid métallique et me concentrer sur la douceur. Je suis restée calme pendant toute l’opération, prenant soin de ne pas griller les étapes. La progression était infime. J’ai commencé par le lobe, caressé lentement, puis j’ai effleuré le cartilage, continuant doucement vers le trou. Je sens le fer dans ma tête, qui gratte, contourne, rampe. Je n’ai pas peur, je sais où je vais, j’avance vers le silence et la liberté.

Le silence.
POC.
Le silence.

Ca saigne en abondance, la douleur éteint tout. Je n’ai plus de sifflement. Mes oreilles sont désormais inutiles, mais je ne souffrirai plus.

Je rince au whisky et bois une gorgée pour me calmer. Dieu que c’est bon de ne plus rien entendre ! Ni le monde, les acouphènes. Je profite, je savoure ce silence si léger. Je n’entends RIEN.

 

Mais tout cela ne dura qu’un temps. Un matin je me suis réveillée, les acouphènes étaient revenus. Dans un livre de médecine j’ai lu : « les sourds peuvent subir des hallucinations auditives. » En quoi est-ce une hallucination si je l’entends en permanence ? Je l’entends ! Même sans oreilles ! Le bourdonnement, le souffle, le bruit qui n’a pas de nom. Je me dis que Jeanne d’Arc, plutôt que d’être prise pour une folle, a préféré dire qu’elle entendait la voix de Dieu, plutôt que les cris du diable. Moi je n’entends rien, ou alors j’entends tout. Je ne sais pas. Mon seul refuge est le sommeil, quand j’arrive à surmonter les acouphènes au moment de m’endormir, les pires.

 

J’ai commencé à méditer pour comprendre d’où venait le bruit. Assise dans le noir, je me concentrais pour explorer chaque partie de ma tête. Bouche ouverte, fermée, le son n’était pas le même. Je restais éveillée des nuits entières pour ne pas laisser le son s’échapper. Remonter à l’origine.

C’est là que j’ai compris. Le bruit venait du fond de ma bouche, qui formait une caisse de résonance. Pas de doute, ce sont mes dents. Le travail sera plus dur cette fois. Mon unique visite chez le dentiste se déroula dans les pires conditions, j’avais mordu ses doigts et il m’avait enlevé une dent trop cariée. Toujours ça de moins à faire.

Devant le miroir, la pince paraissait immense dans ma bouche. Je n’ai pas pu crier à cause du sang. Il a coulé dans ma gorge, je croyais me noyer ; il débordait de ma bouche dans un flot interminable. Je l’ai craché dans le lavabo et sur le miroir. Encore mon reflet rouge qui me regarde.

Seulement une dent et tout ce sang ; et cette douleur… Je ne sais même pas combien il en reste, c’est pour ça que je commence par le fond. Toute chasse doit être méthodique, et celle-ci sera longue.

J’ai déjà cinq dents alignées sur le bord de la tablette, c’est vraiment gros une dent, c’est comme d’avoir un iceberg dans la bouche. Le whisky de papa n’est plus une solution, ça pique trop. J’ai donc emprunté les médicaments de la vieille du dessus.

Je me suis habituée au goût du sang, même si j’ai vomi plusieurs fois. Maintenant je lui trouve un goût intéressant, épais et sucré. Je sais que je suis en bonne voie puisque je n’entends plus rien, pas même le moindre larsen. En une semaine j’ai vidé ma bouche. J’ai fini par m’habituer à la douleur. Mais je préfère souffrir qu’entendre. En passant ma langue je sens chaque trou dans mon palet. C’est désagréable, j’espère que je m’y ferai rapidement

et j’entends toujours ce PUTAIN DE SON ! J’ai pourtant jeté toutes les dents dans les toilettes ! Je ne devrais plus les entendre, elles sont loin ! Et ce bruit est toujours en moi, me torture, me viole. Il s’amuse à me faire souffrir avec son rire de porte qui grince. Et ma langue qui continue de se balader entre les tombes de mes dents. Ce vide dans ma bouche, cette sensation de mort… Quand je crie, j’entends ma voix qui résonne dans ma tête, mais ça ne couvre que quelques secondes les acouphènes.

 

Ma langue bouge trop, elle a trop d’espace, elle devient folle à se tortiller et à fouiller les trous derrière les lèvres.

Je l’ai coupée. D’un coup de ciseaux, tchac ! Bon débarras le steak remuant ! Je l’ai regardé tomber au creux de l’émail blanc du lavabo. Elle était plutôt jolie avec ces lignes de sang éclaboussé tout autour. Si j’avais pu, je l’aurais prise en photo.

La souffrance est vite partie et je ne me suis jamais sentie aussi légère. Le silence, l’absence de tout. Ce néant est si reposant… Je ne sens plus rien, je suis sur un nuage doux et cotonneux, pourtant la bouteille de papa est vide depuis longtemps.

Mais en m’allongeant j’ai senti. Mes yeux tombent. La tête en arrière, je sens que mes yeux glissent au fond de ma tête. Ma bouche est vide, tout est creux, rien ne peut les retenir. Et s’ils m’étouffaient pendant la nuit ? Oh non je ne veux pas mourir… Je suis si près du bonheur ; ai-je vraiment besoin de mes yeux ? Il faut que je m’en débarrasse, je suis proche du but.

 

Pour les yeux l’affaire se compliquait, je ne savais même pas mettre des lentilles. Alors j’ai pris une ventouse, un vieil Aspivenin qui traînait dans l’appartement depuis toujours. Là ça a fait mal, vraiment mal. Mais je ne voulais pas me crever les yeux. Même crevés ils auraient fini par tomber. J’ai retiré le premier œil et j’ai réfléchi ; je couperai les deux nerfs en une fois, pour ne pas rater.

J’ai replacé la ventouse sur la seconde orbite et j’ai tiré encore une fois. Il sortit beaucoup plus facilement. J’avais envie de vomir parce que je ne pouvais plus fermer les yeux. Ma vision tanguait, je ne distinguais que des formes vagues, mes pieds, mes doigts, tout était flou et remuant. J’ai eu du mal à saisir les deux globes ; ils étaient humides et gluants ; ils glissaient, et ironiquement, je ne pouvais pas les voir. Je ne pouvais pas me fier à ce que j’étais forcée de voir. Je les saisis enfin. Je cherchai à tâtons la paire de ciseaux.

D’un coup.
Noir.
Silence.
Silence ?
 
 

Je n’entends pas le bruit du stylo qui gratte le papier. Les acouphènes couvrent tout. Je suis dans une bulle rempliiiiiiiiiiiiiiiie de sifflements. J’écriiiiiiiiiiiiiiis sans savoir si quelqu’un pourra me lire. Ou me relire.

Et je ressens déjà des petits picotements, tout au fond de mes doigts.
 
par Dirty Epic publié dans : Beams
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Jeudi 14 février 2008
Longtemps j'ai arpenté les rues, quelle que soit la ville, j'aimais marcher au hasard des trottoirs, me  perdre à des carrefours trop nombreux, les allées s'étoilant autour d'une place.  Arpenter le bitume était pour moi un plaisir urbain, de jour comme de nuit,  je déambulais encapuché même sans pluie, mes écouteurs occultant la rumeur citadine.
J'ai rencontré les villes sous un autre angle en sortant des rues, en pratiquant les allées, les ruelles, les jardins, les cours privées.  Charleville-Maizières est une ville de vieux avec ses magasins de prothèse auditives, Grenoble c'est Metz avec des montagnes au bout des boulevards, Nancy est vivante la nuit, des rollers-man aux prostituées en passant par les punks à chien,  Metz est une clinique asceptisée, Strasbourg un régal pour les yeux, la place de la gare sous la pluie à 6h du matin reste l'une des plus belles banalités de ma vie.
J'ai vécu mille choses dans les rues désertes des villes la nuit, je me suis baigné dans la fontaine d'Amphitrite place Stanislas, j'ai mangé du saucisson et du pâté accompagné d'un bourgogne aligoté sous l'arc Héré, j'ai chevauché l'un des loups de l'hôtel des Loups, j'ai dompté un Lion dans les jardins du Luxembourg, je suis monté sur un camion qui transportait des chalets d'un marché de Noël, j'ai fait des parties de sonnette, pris des photos au me couchant au milieu de la route, couru après un écureuil, roulé dans une poussette, puis un caddie.
J'aimais la rue comme personne. Même dans mon appartement je passais mon temps à regarder la rue, comme les vieux qui s'ennuient trop pour regarder la télé. Combien ont déjà pris le temps de s'arrêter, de s'asseoir par terre et de contempler le béton, ses motifs aléatoires, ses jointures approximatives, sa chaleur granuleuse.

Mais la rue, je ne l'aime plus. Aux intersections, aux coins des immeubles jadis accueillants, près des arbres trop verts, ont poussés des poteaux étranges aux clochettes recourbées, comme des réverbères noires où ne sort aucune lumière. Ces sphères sombres sont des globes oculaires ; dans leur orbite roulent des caméras inquisitrices, des yeux perçants et rapides, tournant partout, sans rien voir, juste pour dire "je suis là".
Ces caméras sont partout. En quelques mois elles se sont répandues et c'est comme si personne n'avait rien vu.
Cette semaine je suis resté près de l'une d'elles, pendant 10 minutes, à l'observer, à chercher à la comprendre, comme un micro-organisme. Ses mouvements sont vifs, précis, elle sait où regarder, guette les points stratégiques. Toutes les 15 secondes elle change d'angle, scanne le monde de son regard noir. Et je crois qu'elle m'a vu. Intriguée qu'un passant lui prête attention. Puis elle a détourné le regard, sans doute par timidité devant mon insistance.

camera.jpg
Quand j'étais au collège j'ai lu 1984. Un roman qui se passe deux ans seulement après ma naissance, je me disais "c'est kitsch, c'est déjà passé et ça ne s'est pas passé comme ça". Je trouvais assez gros que la télé nous regarde autant qu'on la regarde ou qu'un visage moustachu imprimé sur des affiches scande "Big brother is watching you". Pour moi c'était du folklore totalitaire, post Stalitler.
Et je me moquais des gens qui criaient au loup en disant : l'état centralise toutes les données internet, les fournisseurs d'accès savent tout de vos clics, votre téléphone portable permet de vous situer n'importe où par triangulation... Pour moi c'était du X Files, comme quand on dit 'bombe' et 'terroriste' au téléphone on est tout de suite mis sur écoute. De la paranoia hollywoodienne...
Aujourd'hui tout va bien, on vit encore dans un état libre, et malgré les anti sarkozystes primaires qui veulent mener notre gouvernement au busher, je doute qu'on est perdu de nos libertés.
Mais je pense à un gouvernement futur, qui sera issu de la peur et de l'élan sécuritaire, un état qui nous dira : "je m'occupe de tout, tu auras un emploi, une maison, et une voiture et tu nous laisse gérer", cet état a déjà tout le matériel et l'infrastructure pour asseoir son pouvoir.
J'ai toujours été pessimiste quant à l'évolution de la démocratie en France, mais sous ces caméras qui me regardent sous prétexte de me protéger, je me sens vraiment en danger.

par Dirty Epic publié dans : Les constats alarmants
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Dimanche 3 février 2008
Achab2.jpg

Maintenant qu'il y a des Starbucks partout,  il fallait s'y attendre, la bite de Moby revient en force avec un film , Capitaine Achab.
Encore une histoire de chasse à la baleine qui va faire rugir les écolos et les fonctionnaires à quotas de pêche de l'UE me direz-vous. Mais la polémique n'est pas là.
Voyez sur l'affiche, le capitaine Achab a une jambe de bois blanche (pourtant les boas n'ont pas de jambes) c'est à cause de son combat avec la bite à Moby, grosse comme une baleine, blanche également.
Et c'est là que je m'insurge ! Pourquoi faire jouer ce rôle à Dominique Lavant alors que c'est un bipède ?? Le cinéma français compte dans ses rangs Guillaume Depardieu qui aurait pû pour une fois nous servir un vrai rôle de composition.

Ceci était un message des jambistes unis.


PS : Le pauvre Guillaume en prend plein la tête et les jambes dans cet article, c'est un coup bas (quiero bailar la salsa). Je m'excuse auprès des membres de la famille Depardieu un par un.




par Dirty Epic publié dans : La brique à Braque
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