:
Tamard, c'est un bulletin qui fait du bruit, plein de chro-ni queues ni tête.
En fait, il s'agit de repartir moins bête qu'en entrant, mais sans savoir qu'on a appris quelque chose.
Voilà, la notoriété a un prix, je l'ai payé en me faisant tagguer par Minuit Dix-huit (un pseudo aux allures de Grand Corps
Malade "d'ailleurs j'vous laisse là c'est chaud... il est déjà midi vingt - j'en profite d'ailleurs pour placer une très mauvaise blague : monsieur et madame Vin ont un fils...? Medhi, Medhi
Vin...)
Pour faire plus ample connaissance, voici le blog de m. Dix-huit (dont les frères sont connus à la télé : Cent et Deux-cent
Dix-huit sont de la même famille) : http://minuitdixhuit.over-blog.com
Puisque le succès a un coût, je me dois de perpétuer cette tradition millénaire (le graffiti existe depuis la Rome antique, on
a trouvé des tags genre "Romulus was here" sur de nombreux vestiges)
Graffito caricatural d'un
homme politique,
découvert à Pompéi.
Règle du jeu du Tag :
Chaque personne décrit 7 choses sur elle-même (celles qui ont été tagguées doivent écrire sur leur blog 7 choses qui les décrivent ainsi
que le règlement). Elles doivent ensuite tagguer 7 personnes, les énumérer sur leur blog
puis leur laisser un message les invitant à venir lire ce règlement.
7 choses que je sais de moi…
1 – Je suis matérialiste. Il paraît que connaître ses défauts c'est déjà les combattre, mais protéger son ipod avec des films plastiques, des housses et tout ça,
c'est déjà compulsif. Il y a certaines paires de baskets que je ne mettrai jamais s'il pleut. Et touchez pas à mes figurines Dragon Ball !
2 – Je suis dépendant très facilement et je ne fais jamais dans la demie mesure. Exemple : si j'achète une figurine Dragon Ball il me faut la collection complète, soit
une centaine. Quand je regarde 24, c'est les 18h d'affilée, sinon ça n'a pas d'intérêt. (et si les séries que j'aime compte 10 saisons, j'achète les 10). Quand j'aime, j'aime à fond et je
suis prêt à tout par amour, ma chère et tendre en sait quelque chose.
3 – J'aime être seul. Ecrire, lire, écouter de la musique, regarder un film (sauf au cinéma). J'aime les plaisirs solitaires, c'est de la masturbation intellectuelle.
4 – Je parle trop et souvent fort. Je pense que ça a un rapport à la taille. Notre estimé président est l'exemple idéal de ce besoin de reconnaissance demandé par les
gens de proportions modestes.
5 – Je sais que je suis capable de grandes choses, j'aimerais un jour pouvoir écrire un livre génial ou un scénario incroyable ; mais je sais aussi que je n'ai ni le
courage, ni la volonté de me consacrer à UNE chose. Alors la notoriété ça sera pour une autre vie.
6 – Je me trouve drôle. L'inconvénient c'est que la vie en société m'oblige à me censurer pour éviter d'importuner mes concitoyens. Je
retiens certaines blagues car je sais qu'elles sont nulles, mais c'est de la constipation humoristique, et un jour ça finit par sortir (cf. le 1er paragraphe qui est un très bon exemple de
dérapage)
7 – Je possède les qualités naturelles d'un homme et je possède également de nombreuses qualités féminines. Mais ça ne fait pas de moi quelqu'un de meilleur. C'est
juste que je suis plus facilement attiré par la compagnie des femmes que celle des hommes. Sans doute parce que les filles sont mieux que les hommes.
Etant historien de malformation, j'ai découvert avec grand intérêt le site new 7 wonders. Le but est simple et les adeptes de la langue de Shakespeare (il embrasse très bien) l'ont déjà compris,
il s'agit de faire une nouvelle liste, actuelle, de 7 Merveilles du Monde. - Mais pourquoi refaire une liste ? Parce que 6 des 7 Merveilles du Monde n'existent plus, et que du coup c'est pas touristique d'aller visiter du vide.
Leçon d'Histoire pour apprendre des choses qui vont permettront de briller au Trivial Pursuit
Le Top 7 des Merveilles du Monde a été réalisé par Antipater de Sidon mais si vous n'avez pas envie de retenir un
nom à la con, dites que c'est Hérodote, personne ne pourra dire le contraire. La seule certitude, c'est qu'elle a été recopiée et mise au propre par Philon de Byzance vers 215 av.
JC.
Parenthèse : Si vous voulez briller en société, vous pouvez aussi critiquer Wikipédia ; à chaque fois que je vais chercher des infos sur cette soi-disant
encyclopédie j'en ressors plus bête qu'en arrivant. Exemple : "Les sept
merveilles du monde antique sont les plus admirables monuments du monde antique, selon une liste généralement attribuée à Antipater de Sidon et datée d'environ -140. L'auteur
alexandrin Philon de Byzance donne la liste de manière formelle dans son ouvrage, intituléSur les sept merveilles du monde." Jusqu'ici rien ne vous frappe, normal, mais si Antipater a fait cette liste en -140, je me demande comment Philon de Byzance a pu reprendre cette liste puisqu'il vivait au IIIe siècle
av. JC. (soit de 250 à 200 av. JC. pour faire large). Quand je pense que les étudiants cherchent leurs documents sur Internet, j'espère qu'ils font de
sérieux recoupements... enfin passons.
Les Merveilles du Monde me fascinent depuis toujours puisque j'ai une enfance Indiana Jones,
donc j'aime les vieilles pierres et les trous. Découvrir les 7 Merveilles, c'était pour moi comme une aventure incroyable, un voyage dans le temps et sur terre. Rêver à des civilisations
disparures, regarder des constructions qui font dire "les métiers du bâtiment, c'est plus ce que c'était".
Petit tour du monde des merveilles :
- Les pyramides déguisées de Gizeh :
Construites en 2550 av. JC., elles sont grandes, pointues, en pierre, et servaient à faire atterrir les vaisseaux
des extra-terrestres. Bizarrement c'est la plus vieille merveille, mais c'est la seule encore en état (si les touristes allemands ne piétinent pas trop les pyramides ne finiront pas en
poussière avant longtemps). Plus sérieusement, les pyramides sont 3, tombeaux des pharaons Kheops, Kephren et Mykerinos. Même quand Hérodote les a visités il les considérait comme des monuments
antiques, c'est dire comme elles sont vieilles. Même si la pyramide de Kephren semble plus haute, c'est une illusion, elle est construite sur un plateau et a une pente plus inclinée ; mais c'est
bien Keops qui a la plus grosse.
- Les jardins suspendus de
Babylone: dateraient de 600 av. JC. et ont été construits sur
ordre de Nabuchodonosor II (comme pour Terminator, le 2e est meilleur que le 1er). On n'a pas d'image des jardins, juste des
descriptions faites par des soldats : des jardins en terrasse, avec des escaliers, des arcades et tout et tout. Des fouilles ont retrouvé le site originel, mais vu qu'il s'agit de plantes, il n'a
pas de vestiges. (Pis de toute façon c'est en Irak alors les archéologues ont pas trop envie d'y aller).
- Le temple d'Artémis à Ephèse :
Chef d'oeuvre de l'art ionique, Il a vu le passage de 3 géants de l'architecture grecque : Théodore de Samos, Ctésiphon et Métagénès. La construction commence en 550 av. JC., mais c'est sa
destruction qui est intéressante : un bon gars nommé Erostate l'a fait brûler afin que l'Histoire retienne son nom. Pari gagné. Comment devenir célèbre quand on n'a pas de talent ? Alexandre le
Grand le fera reconstruire, parce que dans le genre temple, il avait de la gueule : des statues de Phidias, Polyclète, Praxitèle (très à la mode en ce moment). Et Néron, suivi des
Gothiques, prie soin de bien piller les trésors de ce temple pour la grandeur Rome.
- La statue chryséléphantine de Zeus à Olympie :
Le mot bizarre, c'est pour dire qu'elle était en or et en ivoire. La statue mesurait 12m assise, je vous dis pas ce que ça fait debout. Phidias l'a sculpté de 437 à 433 av. JC., et elle se
trouvait dans le temple de Zeus dans le sanctuaire d'Olympie. Il a une Athéna Nikè dans la main (Nikè voulant dire victorieux et c'est de la que la marque Nike tire son nom), et un sceptré avec
un aigle dans l'autre. Son trône est vachement classe aussi, et c'est pas par hasard si c'est le dieu des dieux. La statue fut détruite dans un incendie.
- Le mausolée d'Ali Halicarnasse : Contre toute attente,
Halicarnasse n'est pas un personnage, mais un lieu, et la personne enterrée dans le mausolée s'appelait Mausole. On aurait pû l'appeler le mausolée de Mausole, mais ça aurait fait con. (c'est
Mausole qui a donné son nom au mausolée, pas le contraire). Il s'agit d'un tombeau immense construit vers 350 av. JC., avec des scultpures partout, et des colonnes là où
Scopas l'architecte n'avait pas pu mettre de sculptures. Personnellement je trouve que c'est la Merveille la plus mystérieuse (comme plusieurs autres on ne connaît pas
sa forme exacte), car on dirait un bâtiment qui n'en est pas un, une pyramide mais ce n'en est pas une etc. Il est détruit en 1494 par un tremblement de terre, mais l'archéologue Charles Newton
mettra au jour en 1857 des vestiges des sculptures.
-Le colosse de Rodez
Rhodes : Statue de bronze de 32 mètres de haut, elle représente Hélios, dieu du
soleil. Dans le genre "bref mais intense" le colosse de Rhodes est un exemple en la matière puisqu'il a résisté seulement 57 ans (il est terminé en 282 av. JC. et se casse aux
genoux pendant un tremblement de terre en 225 av. JC.) Le colosse est ensuite resté couché parce que la pythie de Delphes avait dit de pas y toucher. Mais au VIIe siècle les Arabes ont fondu la
statue et vendu le bronze à un marchand juif. (et après ils s'étonnent qu'on les aime pas...) Il existe des tas de théorie sur l'emplacement et la position du colosse par rapport au port de
Rhodes, mais une chose est sûre, on sait où a pompé Bartholdi pour la Statue de la Liberté.
- Le phare d'Alexandrie ouhohoh chante encore la même mélodie : On dit phare parce qu'il se
trouvait sur l'île de Pharos (c'est fou tout ce qu'on apprend aujourd'hui). La construction commence en 297 av. JC. sous Ptolomée 1er et se finit 15 ans plus tard sous un soleil de plomb. C'est
la seule Merveille a avoir une autre utilité qu'être jolie, puisqu'elle servait à diriger les bateaux dans le port d'Alexandrie mais je ne vous apprends rien. Redécouvert en 1995 par
l'archéologue Jean-Yves Empereur (cocorico), il fut construit par Sostrate de Cnide et détruit par Séisme au XIVe siècle. C'est sans doute la Merveille la plus célèbre en son temps, on a retrouvé
des souvenirs jusqu'en Afghanistan. Comme quoi les vendeurs de Tour Effeil en plomb (comme le soleil) n'ont rien inventé. (Et c'est la Merveille qui a la page wikipédia la plus complète, ça veut
tout dire.) 3 étages (carré - octogonal - rond) et 135m de haut, un feu qui brûle en permanence, on pouvait le voir à 50km.
Au fur et à mesure de cet inventaire j'ai cru m'égarer en parlant trop du passé et de ces monuments perdus. Tout ce que je voulais, c'était vous faire voter sur
New 7 Wonders. Mais finalement, tout ce que je voulais, c'était vous faire partager l'Histoire que j'aime, celle
des choses qu'on ne comprend pas, celle qu'on oublie car on ne la voit plus. Le succès du Seigneur des Anneaux repose sur ce besoin d'Histoire. Oublions les dates, oublions les noms, les nations,
et faisons whaaaaaa! dès qu'on voit une oeuvre titanesque qui transcende toutes idées qu'on a sur l'homme.
Merveilles du passé ou du présent, l'Homme est toujours au centre, et il est grand, fier, défiant toutes les lois et tous les a priori. Et après ce final
dithyrambique, je m'en vais prier l'humanité de nous offrir des jours meilleurs, pour que de nouvelles merveilles voient le jour.
PS : vous avez jusqu'a 07-07-07 pour voter, toujours sur New 7 wonders ;-)
J’avais 13 ans. Assis sur un fauteuil en velours rouge dans la salle d’un cinéma de quartier, je dégustais une glace pendant les bandes-annonces. Le cinéma
de mon enfance était comme ceux qu’on voit dans les films, avec des affiches aux murs, un rideau qui s’ouvre sur l’écran, et surtout, une dame qui circulait dans les rangées pour vendre des
glaces ; qui n’a jamais bavé et défailli au passage de la dame aux glaces… Laissons la passer et reprenons.
J’avais 13 ans. Enfin le droit de regarder des films interdits aux moins de 12 ans, plus besoin d’enregistrer le film de 22h30 avec le gouverneur de
Californie qui se roule dans la boue pour combattre un monstre mutant avec des pièges vus dans Copain des
Bois (Predator est un bon film malgré tout). Quand on est un garçon et qu’on a 13 ans, on est forcément bête. On est attiré par tout ce qui a des muscles, qui fait du bruit avec des
flingues, et qui sent la sueur testostéronée. Les Rambo, les Commando et autres Armes Fatales étaient nos livres de cuisine pour apprendre la vie de dur à cuire.
C’est dans cet esprit "un-pour-tous tous-bourrins" que je suis allé voir Heat. Une affiche bleue et noire avec des mitraillettes, des lunettes
de soleils et des niros… que demande le peuple à part moins de travail et plus de sous ?
J’étais un gosse à l’époque, qui jouait à la guerre avec un pistolet à billes, qui courrait dans la forêt juste pour
croire qu’il était poursuivi, et je me retrouvais là, le cul sur du velours, sans savoir que j’allais voir un film qui allait devenir un pilier de ma vie.
Pour un film qui dure 3h, ça commence très fort : une bande de malfrats portant des masques de hockey braquent un fourgon blindé, et comme l’un d’entre
eux fait une faute minime, ils sont contraints de tuer les agents de sécurité par sécurité. En 5 minutes on voit que ces gangsters ne sont pas des rigolos et que pendant les 2h45 restantes on ne
va pas faire les fiers sur notre velours rouge. Je me souviens que le suspense et la pression faisaient fondre mon Miko à vue d’œil.
A l’époque j’étais cultivé comme une friche, et je ne devinais pas l’exceptionnelle rencontre de Robert de Niro et Al Pacino (Ils n’ont joué ensemble que
dans Le Parrain II, mais ça compte pas, ils jouaient dans deux époques différentes et n’avaient pas de scènes ensemble). Alors que dans Heat, la confrontation se fait enfin.
Dans un café, autour d’un café. Cette première rencontre sonne comme la conversation de deux amis qui ne se reverront plus.
Al Pacino est flic, mauvais père, mauvais mari, tout ce qu’il aime c’est courir après les méchants. Robert de Niro est un malfrat, bon gangster, bon amoureux, tout ce qu’il
aime c’est se faire courir après par les policiers pour leur prouver qu’il est le plus fort. Et leurs existences respectives, solitaires et mornes, s'exposent comme un miroir. Ces deux hommes ont
le même esprit, la même vie, mais chacun est d’un côté de la barrière et doit faire son travail. Cette scène est tellement importante dans l’histoire du cinéma que certains critiques ont avancé
qu’elle avait été tournée sans que De Niro et Pacino soient sur le même plateau. La légende était née. C’est de cette scène que découle le titre Heat. Il n’est
pas question ici de chaleur, mais de danger :
"Don’t let yourself get attached to anything you are not willing to walk out on in 30 seconds flat if you feel the heat around the
corner."
"Ne jamais t'attacher à des choses dont tu ne peux te débarrasser en 30 secondes montre en main si les flics se ramènent dans le
coin."
Tom Sizemore, mon acteur préféré
!!!
(ça fait midinette hein!)
Alors bien sûr, hormis le duel titanesque de deux héros vieillissants (De Niro dans son dernier grand rôle, désormais il n’est plus que l’ombre de lui-même),
on trouve aussi des jeunes seconds rôles au charisme charismatique et à l’allure vachement classe. Val Kilmer, à la peau post-acnéique mais qui mitraille comme personne, et surtout Tom Sizemore,
le roi du second rôle, un mec qui impose le respect et le silence avec un seul regard. On a même droit à Nathalie Portman en adolescente suicidaire (pléonasme).
Figure 2
Heat est un film que j’ai du mal à définir ; à première vue il s’agit d’un film d’action, histoire de braquage
"pan pan t’es mort" avec des scènes de fusillades qui finissent de faire fondre ma glace (voir fig. 2). Mais sous l’enrobage chocolat se cache un cœur caramel fondant, un film d’amour
avec 3 romances bien précises dont l’une mènera l’un des protagonistes à sa perte. Dans ce film d’hommes blindé d’hormones, la caméra se fait amoureuse, la musique langoureuse, les couleurs
romantiques. On n’est pas dans la chaleur annoncée dans le titre, on est dans la froideur des buildings, la mécanique des ports, le bleu de la nuit et la transparence du verre. L’amour est
impossible dans ce film, et c’est là tout le but : dans cet univers où l’amour est impossible les héros sont seuls :
- Je ne suis pas solitaire, je suis seul. Et vous ? -
Extrêmement solitaire.
Depuis ce film, je cours voir chaque nouveau Michael Mann. Et Collatéral, Miami
Vice, et Révélations sont des chefs d'oeuvre, il n'y a guère qu'Ali pour faire de l'ombre au tableau, mais c'est le film qui lui a permis d'apprendre à filmer la nuit.
Depuis Heat, le cinéma d'action a changé, il est à la fois plus viscéral et plus sensible ; et Mann, en fait, ne fait que mettre en scène des histoires d'amour banales dans des
situations exceptionnelles. De la romance, la guimauve en moins.
Ce film est le seul à m'avoir donné envie de vivre une vie dangereuse, en marge de la société et de l'amour, où la solitude et la tristesse n'existent pas
tant qu'on ne les nomme pas. Les hommes dépeints sont si puissants que le monde n'est pas à leur taille, et les femmes non plus. Quand on est jeune avec de la glace fondue plein le pantalon, on
rêve d'avoir une telle classe, comme les lascars qui veulent qu'on les appelle Tony Montana. Mais quand on grandit, on comprend pourquoi les grands meurent toujours à la fin. La classe n'arrive
que si l'on arrête de vivre.
Infos :
Heat, 1996
Distributeur : Warner bros.
Réalisateur : Michael Mann (Collatéral, Miami Vice, Le dernier des Mohicans)
Musique : Moby, Brian Eno, Lisa Gerrard (que des trucs beaux à pleurer)
Casting : Robert de Niro, Al Pacino, Val Kilmer, Tom Sizemore, Ashley Judd, John Voight, Dany Trejo, Nathalie Portman...
Petit retour en arrière depuis mon emménagement dans ce grand édifice qu'est Overblog.
Depuis mon installation ici je découvre les joies de gadgets inutiles (donc des gadgets) pour savoir d'où viennent
mes lecteurs, où ils vont, pourquoi sont-ils là, sur cette Terre, parmi 6 milliards d'individus dont la plupart finalement n'a même pas MSN.
Le gadget le plus intéressant c'est "phrase tapée dans un moteur de recherche" qui montre par quelle recherche les gens
s'échouent sur mon bulletin. Et bien niveau pertinence des recherches, mon blog est essentiellement visité par des gens tapant "Segolène Royal". Jusque ici rien d'exceptionnel, j'ai cartonné
Segolène et plastifié Sarkozy, tout comme 15678 blogs français.
SAUF QUE : les merveilleux chercheurs internautiques sont souvent remplis de pensées impures en tapant Ségolène.
On trouve, en vrac et en minuscules d'imprimerie :
"Ségolène Royal se fait sauter"
"Ségolène Royal hard".
Je ne sais toujours pas comment on peut taper "Ségolène royal se fait sauter" et tomber sur ma page mais bon... les méandres de
l'Internet sont comme les nonnes, impénétrables. Ils auraient pu taper "segolene suce" ou "Francois hollande nu" ou "sarkozy nu" ou "sarkozy baise" et ils seraient allés ailleurs.
Alors, pour les gens dont l'imagination n'est pas aussi fertile que la mienne (qui est vraiment trop tarabiscottée) je vais vous conter
l'histoire de l'homme arrivé par erreur sur mon blog.
Ce matin Jean-Denis s'est réveillé au son de son portable qui hurlait une sonnerie stridente comme seul Nokia sait les faire.
Fraichement rasé, douché, habillé, pas encore cravaté, il dévore ses tartines pré-tartinées en écoutant RTL d'une oreille distraite. Les nouvelles sont mauvaises d'où qu'elles viennent (musique :
Stéphane Eicher / paroles Philippe Djian). Il prend son café en riant en apprenant que la retraite d'un conducteur de TGV commence à 50 ans et qu'il touche 2000 euros net. Et en plus de ça la
SNCF réemploie ses "retraités" à l'étranger pour former les nouveaux conducteurs, soit un salaire complémentaire de 6500 euros.
Mais ce qui met en joie Jean-Denis, c'est l'annonce de la séparation entre Ségolène Royal et François Hollande. En bon militant
UMP, il ne peut que se réjouir de l'ultime humiliation faite à Flamby, il se retrouve seul, sans femme, et sans parti il n'est pas prêt de revenir.
Jean-Denis aspire goulûment sa tartine gorgée de café. Il n'est pas pressé par le temps, il a le temps, il se garde toujours une
vingtaine de minutes le matin pour tout débordement éventuel. Et la nouvelle du célibat de Ségolène le mettait en appétit. Son bol fini, il allume son ordinateur pour checker ses mails et voir si
un ou deux contacts (il refuse de les appeler amis) ne trainent pas encore sur MSN après une nuit d'errance sur des forums rances critiquant l'avenir de la France.
Il est seul sur la toile, il se sent seul, sur google il feuillette cliquette les actualités espérant tomber sur LA
reticle qui fera toute la lumière sur la libération de Ségolène. Ségolène, l'ennemie, celle qu'il a aimé détester pendant 6 mois car dans ses tailleurs étroits laissant deviner des formes
alléchantes elle faisait de l'ombre à son poulain Nicolas Sarkozy. Mon dieu qu'il l'avait trouvée belle et dangereuse quand elle s'était mise en colère pendant le débat, il se souvient encore de
la lueur dans ses yeux de biche en danger, il avait presque eu une érection en ce soir d'élection.
Maintenant les gislatives passées, l'humiliation était totale, Ségolène était à sa merci ; le fantasme de la femme puissante et
déchue, cette Marie-Madeleine du PS, cette Eve de la politique, Jean-Denis se sentait prêt à croquer dans le fruit défendu. Internet, ce monde de stupre et de
vices, éveille en lui les désirs les plus fous, et d'une main maladroite sous le coup le l'excitation il tape "Ségolène Royal se fait sauter". L'espoir de voir la honte dans les yeux d'une
Ségolène moins besogneuse et plus besognée l'amenait dans des sphères ennivrantes. Il oubliait même que c'est cette même Ségolène qui se bat depuis des années d'une main de peau de pêche dans un
gant de velours pour endiguer la pornographie et le sexe malsain diffusé sur un net pas très net.
Jean-Denis sait que sa quequête est difficile, Ségolène n'est pas Paris Hilton, et la chance de trouver une
vidéo d'ébats l'obligerait tout de même à voir François Hollande en tenue d'Adam. Mais son désir d'avenir est trop grand, il commence à prospecter d'un clic nerveux les différents liens à la
recherche d'un film rose, à l'image du logo socialiste. Et c'est là qu'il cliqua sur "Le Bulletin Tamard". A la vue d'une photo pourtant attirante pour un amateur de porno hardcore amateur, il sent qu'il frappe à la bonne porte.
Son désarroi ne fut que plus grand quand il vit que la page du blog susnommé n'était tenu que par un petit scribouillard en mal
d'humour qui en plus disait du mal de son cher Nicolas. S'en est trop pour lui ; il se jura de ne plus jamais se tripoter, et qu'il honorerait sa femme le soir venu, comme il est écrit dans la
Bible.
Jean-Denis est revenu depuis lire le Bulletin Tamard, il a versé une larme en lisant le portrait de Cécilia Sarkozy, il s'est dit
: "l'amour c'est solide comme un roc" (oui, il aime aussi Nadiya). Et depuis ce jour, Jean-Denis a un profond respect pour Ségolène, celle qui l'a sorti de la pornographie grâce à un cliché de
bouche abimée par l'effet lassion. Et depuis ce jour Ségolène s'endort seule, ne se doutant pas qu'elle éveille des désirs inavoués chez des hommes, même de droite.
PS : Ceux qui pensent que cet article n'est fait que pour être référencé dans le thème ségolène - sexe n'ont qu'à se reporter au paragraphe 4 pour voir qu'ils n'ont
pas tout à fait tort.
PPS : pour les plus curieux, je contrepète dans le titre.
Le Bac, c'est toujours un truc qui fout la trouille, même si on aime certaines matières l'aura du Bac est telle qu'on finit
par tout détester. Pourtant, grâce à une dondon dodelinante à la silhouette oranginesque (ma prof de français que j'appellerai mademoiselle Alka, pour ne pas faire de jeu de mot avec son
véritable patronyme, Seltzer) ; je disais donc, mademoiselle Alka, dans son infinie sagesse (et le programme obligatoire du Bac), nous a fait étudier Les fleurs bleues de Raymond
Queneau. Rien que le titre j'en ris encore. Entre Les fleurs du mal et l'eau de rose, ça sentait le sirupeux pour ménopausée en mal de sentiments cardiaques.
Je l'ai lu d'un oeil inquisiteur, loin de deviner que sous mes yeux se déroulaient des kilomètres de phrases qui allaient bientôt devenir les succubes de mes
nuits blanches quand ma vie était noire. Au cours de ma scolarité, rares sont les livres à m'avoir procuré autant de joie et de rêves, le plus souvent il s'agissait d'ouvrages du XXe siècle, et
il n'y a guère que Flaubert qui m'a dit "Eh mec, la littérature c'est pas que des vieux barbus, ya aussi des rigolos qui savent rire sous cape."
Bien sûr je n'aime pas que les plumes rigolardes, mais je trouve que plus un auteur fait rire et moins il est pris au sérieux. Mais je ne
reprendrai pas ici la diatribe atrabilaire de Desproges sur le labeur du clown.
Revenons à nos moutons qui broutent des fleurs pour faire de la laine bleues. Comme le dit si bien Wikipédia, qui pour une fois est
d'accord avec moi : "Outre ses qualités littéraires incontestables, le roman présente un intérêt notable en raison de sa structure." (En fait je trouve l'emploi
de "en raison de" mal-à-propos, mais là n'est pas la question). Pour faire vite et pour faire bien, Les fleurs bleues racontent l'histoire d'un alcoolique oisif qui
s'évertue à repeindre son portail car un sauvageon le couvre sans cesse de graffiti. Il faut aussi souligner qu'il vit sur une péniche baptisée l'Arche. Pour clore l'hypotypose, le fainéant se nomme Cidrolin et raffole de l'essence de Fenouil. Mais Cidrolin n'est que le personnage principal d'une histoire secondaire, ou est-ce l'inverse ? Car Les fleurs bleues
brossent également le portrait du duc Joachim d'Auge, un seigneur d'âge moyen du Moyen-Age qui vit dans un monde plein d'anachronismes et qui sautent les époques comme on passe d'un chapitre de
son livre d'Histoire à un autre.
Le roman passe d'un personnage à l'autre en usant d'un stratagème rudimentaire, le duc d'Auge prend vie quand Cidrolin s'endort, ou est-ce
l'inverse ? Queneau reprend une idée vieille comme le monde, l'apologue, pour faire érudit : "Tchouang-tseu rêve qu'il est
un papillon, mais n'est-ce point le papillon qui rêve qu'il est Tchuang-tseu ?"
Dans les grandes lignes, le roman est une histoire classique, mais comme a dit Bernard d'Ormale en épousant Brigitte Bardot :"c'est dans les
vieilles peaux qu'on fait les meilleures soupes". Face au quotidien hyper lassant de Cidrolin retraité-chômeur-sorti de prison qui cherche à marier ses filles, on a le quotidien belliqueux et
hyperbolique d'Auge qui cherche à marier ses filles. Les fleurs bleues est un roman dont le tout est inférieur à la somme des parties. C'est une suite de sketches, de
rencontres au sommet ou dans la vallée, de constats sur le présent, le passé, l'Histoire avec un H, ou l'histoire avec un h. Le duc d'Auge saute
175 ans à chaque fois qu'il apparaît, il rencontre Saint Louis, Gilles de Rais, un alchimiste, trouve la grotte de Lascaux et finit par rencontrer Cidrolin lui-même (qui fait pâle figure face aux
grands événements de l'histoire qu'Auge traverse).
Pour conclure, je vais laisser la parole à Queneau, qui sera mieux placé que moi (même mort) pour vendre son livre :
"Le gaulois fumait une gitane, (...) les Sarrasins fauchaient l'avoine."
" - On finira par bâtir une mahomerie.
- Pourquoi pas un bouddhoir ? un confucius-sonnal ?"
"A la terrasse d'un café, des couples pratiquaient le bouche-à-bouche, et la salive dégoulinait le long de leurs mentons amoureux."
"Lamélie le regarde, hagarde".
"Les compagnies royales de sécurité" (les Céheresses en fait)
"Le chapelain devina que le duc avait deviné qu'il avait deviné, mais devinait pas si le héraut avait lui aussi deviné que le duc avait deviné qu'il avait deviné." (phrase sans queue no tête, je
vous l'accorde pour vous pendre.)
"L'histoire ça n'a jamais été les actualités et les actualités c'est pas l'histoire, faut pas confondre."
"La tévé c'est de l'actualité qui se congèle en histoire."
"La répétition est l'une des plus odoriférantes fleurs de la rhétorique" (ça c'est pour les gens qui disent que je radote, je ne fais que composer un bouquet de fleurs cueillies dans mon champ
lexical)
"Ce que je veux, moi papa, c'est baiser".
A propos de Gilles de Rais (compagnon d'arme de Mireille Jeanne d'Arc, dont la réputation fait passer Marc Dutroux pour Casimir) : "Mettons qu'il ait violé une dizaine de petits
garçons et qu'il en ait zigouillé trois ou quatre, il n'y a pas de quoi fouetter un maréchal de France." (car ce bon Gilles était maréchal de France).
"D'habitude je suis seul à penser ce que je pense". (c'est bizarre je pensais la même chose...)
Une description de toute beauté (et pourtant ce que Queneau décrit est plutôt moche) :
"Il porte une casquette carrée semi-ronde ovale en drap orné de pois blancs. Le fond est noir. Les pois sont de formes elliptiques ; le grand axe de chacun d'eux a six millimètres de long et le
petit axe quatre, soit une superficie inférieure à dix neuf millimètres carrés. La visière est faite d'une étoffe analogue, mais les pois sont plus petits et de forme ovale. Leur superficie ne
dépasse pas dix-huit millimètres carrés."
"Voilà, je vais me retouver tout seul sur ma péniche. Il faudra que je fasse la cuisine, lave mon linge, raccomode mes chaussettes, donne un coup de faubert sur le pont, toutes occupations qui
m'emmerdent et sont d'ailleurs exclusivement féminines." (l'énumération sera faite 3 fois, rien que pour montrer que ça le fait franchement chier de faire le boulot d'une fille...)
"Aussitôt la porte s'ouvre comme par enchantement et une radieuse apparition fait son apparition.
L'apparition susdite consiste en une pucelle d'une insigne saleté mais d'une esthétique impeccable. Le duc a le souffle coupé.
- Pauvre messire, dit la jeune femme d'une voix vachement mélodieuse."
Et finalement il faut écumer les 270 pages de rhétorique sans filet (exécutée par des professionnels, ne faites pas ça la maison) pour lire :
"Une couche de vase couvrait encore la terre, mais, ici et là, s'épanouissaient déjà de petites fleurs bleues."
C'est beau comme une paire d'Adidas une phrase comme ça, et malgré toute l'aversion que j'ai contre l'Education Nationale, je ne remercierai jamais assez la
personne qui a dit "tiens ? on va mettre Queneau au programme".
Et je ne sais pas si le hasard le fait exprès, mais pour Dalì, Underworld et Queneau, j'ai découvert tout ça la même année. Quand on nous dit qu'on a qu'une fois 18 ans on a tendance à vouloir
répondre "et toi t'auras qu'une fois 50 ans" avec une pointe de colère juvénile. Mais force est de constater que les sentiments à fleur de peau, on a envie de foutre le feu à un monde qui ne nous
correspond pas, et on se rend compte qu'il ne correspond à personne, et que des artistes, ça et là, disséminent des graines éparses pour faire naître autour de nous des petites fleurs bleues.
infos :
Raymond Queneau, Les fleurs bleues, 1965.
Folio, n°1000
Retour en musique puisque ce soir je désirerais m’entretenir avec vous d’un disque qui a changé le
cours de ma vie.
Mars 1999, pour mon anniversaire, un ami plein de bonnes intentions m’offre Beaucoup Fish de
Underworld. Je connaissais ce groupe uniquement grâce aux compils dance des années 90 où figurait toujours Born Slippy, l’hymne techno des boums adolescentes qui clôt le film
Trainspotting. Je me souviens que Beaucoup Fish faisait tache au milieu de ma collection de CD de Sepultura, Pantera et autres groupes de chevelus tatoués. Pourtant au fil des
écoutes je découvre un feeling, une voix étrange qui scandent des paroles étranges, ce qui est assez étrange pour de la techno. C’est cette voix, celle de Karl Hyde, qui fait que Underworld ne sera jamais considéré comme de la techno.
Rentrée scolaire 1999,
on a un nouveau dans la classe, Gaétan. Ce mec était aussi bizarre qu’une carte du monde australienne. Ce qui faisait de lui mon super pote de terminale,
le genre de meilleur ami pour la vie le temps d’une année. Et dans son infinie
sagesse, il m’a prêté tous les albums d’Underworld (car c’était est un homme de goût). J’avais désormais
accès au pouvoir absolu, c’était mon Eve qui me proposait la pomme de l’arbre de la
connaissance. Et innocemment j’ai croqué.
Je glisse Dubnobasswithmyheadman
dans mon lecteur sans trop savoir à quoi m’attendre. Première écoute fade, sans saveur, je ne découvrais rien de transcendant, une sorte de gris musical. Je
persiste mais rien n’y fait, je ne trouve rien de surprenant. J’en parle à Gaétan et il me dit « écoute juste la 6, Dirty Epic ».
Les paroles sont très évasives, comme pour tous les titres d’Underworld, la chanson parle d’hiver, de pluie, d’un homme seul au
téléphone rose qui se sent sale, les rares lumières dans la nuit lui brûlent les yeux, et d'un Christ qui apparaît avec des béquilles. Dirty Epic, sale épopée, l’histoire de la solitude
d’un homme loin de l’amour et qui se noie dans la télévision, le porno et l’alcool. Sale épopée. Mais en 10 minutes de musique l’horizon se dessine, le soleil se lève, et finalement le piano
s’envole en emportant avec lui tout le malheur d’une vie en jachère.
Dirty Epic est une chanson comme on en fait peu. Elle est tellement importante dans la vie d’Underworld qu’elle n’a été
jouée en live qu’à partir de 2002, et une vingtaine de fois en tout. J’ai eu la chance de l’écouter au Bataclan, les larmes aux yeux. Ce morceau m’accompagne depuis plus de 7 ans, comme un
talisman, comme la BO de ma vie ; quand il arrive quelque chose d’important dans ma vie je l’écoute, il me ressource. Quand je suis triste il me relève, que je suis heureux il me
consolide.
Dirty Epic fut ma porte d’entrée pour le monde du dessous, j’avais découvert un mystère de la vie, j’avais enfin accès à
un nouvel Eden. Chaque morceau de Dubnobasswithmyheadman devenait peu à peu un tableau sonore de la vie urbaine, on y retrouve le subway londonien (Dark & Long), les
gratte-ciels (Skyscraper I love you), le béton des trottoirs (River of Bass), la prostitution (Cowgirl), et finalement on arrive à un retour à la nature (Mother
Earth).
Les années 90 sont consignées dans ce disque, la froideur des villes et pourtant sa vie, l’anonymat des rues mais l’humanité des
sentiments, la solitude parmi des millions d’individus.
Sorti en 1994, Dubnobasswithmyheadman est un disque réfléchi, mûri, préparé pendant plus de deux ans et accueilli dans
l’indifférence la plus totale. A l’origine Underworld est un groupe de New Wave de mauvais goût, avec un son 80’s difficilement écoutable aujourd’hui. Avec l’arrivée de la techno sur le
territoire anglais, le groupe décide de mettre du vin dans sa soupe et mâtine sa pop d’une énergie électronique nouvelle. Dirty est l’un des premiers tracks techno du groupe et se révèle
être une première mouture instrumentale de Dirty Epic, qui finalement n’est qu’un remix d’un morceau moyen. Mother Earth sort en vinyl en 1992 à 500 exemplaires vendus dans le
coffre d’une voiture… Je vous fais grâce de la valeur actuelle de ce collector.
L’histoire d’Underworld est intimement liée au réalisateur anglais Danny Boyle. Lorsque celui-ci commence l’élaboration de son
chef d’œuvre Trainspotting, son idée première est donner vie à Dubnobasswithmyheadman. Il veut que le film soit entièrement rythmé par l’album, que la BO du film soit
Dubno. Les producteurs hurlent au suicide commercial et cette idée est mise au rencard. Finalement les producteurs ont eu raison, Boyle demande à Underworld un inédit (Born
Slippy) qui offrira la gloire au groupe. Depuis, chaque film de Danny Boyle est du pain béni pour les fans, puisqu’il y a très souvent un inédit (Oh dans Une vie moins
ordinaire, 8 Ball dans La plage). Mon rêve s’est réalisé il y a peu, puisqu’Underworld a écrit toute la BO de Sunshine, son dernier film.
Sunshine
Dubnobasswithmyheadman, c’est aussi un univers graphique, où la typographie devient dessin, où les lettres deviennent formes comme les mots deviennent
sons. L’album a maintenant 14 ans, et pourtant il est toujours aussi moderne et neuf. Dirty Epic figure dans la plupart des classements « meilleures chansons des 90’s »
« meilleurs morceaux du XXe siècle » « classement rock » « classement techno »… Dirty Epic est tellement universel que même mes parents apprécient. Et j’en
veux pour preuve mon père qui m’a accompagné à un concert de 3 heures et qui a franchement trippé sa mère (désolé mamie) puisqu’il m’a demandé tous les CD ensuite.
Quand j’écoute ce disque, je me sens à l’étroit dans mon 501. (the emptiness in my
501…)
Tracklist :
1. Dark & Long (7:35)
2. mmm Skyscraper I love you (13:08)
3. Surfboy (7:33)
4. (4:49)
5. Tongue (4:49)
6. Dirty Epic (9:56)
7. Cowgirl (8:25)
8. River of bass (6:26)
9. M.E. (7:09)
PS : Comme vous l'imaginez, j'ai écouté l'album 3 fois en écrivant ce texte.
PPS : Pour les plus aveugles, je viens d'expliquer l'histoire de mon pseudo (ce que les gens aiment découvrir sur internet)
En cherchant parmi les milliers de films (au moins) que j'ai vu au cours de ces 25 dernières années, j'ai
voulu en retenir un. Mais en faisant le tour des titres dans ma tête, l'un d'eux est revenu trois fois. Fight Club,Retour vers le Futur, Garden State, Retour vers le Futur II, Human Traffic,
Retour vers le Futur III... Hill Valley Il fallait me rendre à l'évidence, les aventures de Marty McFly ont forgé mon enfance. Et je pense que
contrairement aux deux premières oeuvres présentées, celle-ci nécessite peu d'explication puisque ce(s) film(s) fait partie de la culture commune, le grand gloubiboulga qui a nourri tous les
enfants nés avant les années 90.
Rappel pour les deux du fond qui ne suivaient pas : Marty est un jeune adolescent américain comme dans tous les films, sa copine Jennifer est une adolescente
américaine comme dans tous les films, et sa famille réunit des supers loosers : la mère boit de la vodka dès le matin, le père est exploité et sous payé par son boss Biff Tannen, son oncle est en
prison etc. Le seul ami de Marty semble être un savant farfelu dont l'esprit est à l'image de ses cheveux. Bordélique. Doc Brown (Docteur Emmet Brown) est le génial(?) inventeur d'une machine à remonter le temps ; et cette machine est d'autant
plus classe qu'il s'agit d'une DeLorean, l'une des rares voitures à avoir des portes à ouverture papillon. Suite à un concours de circonstances gagné par Marty, celui-ci est projeté dans le
passé, en 1955. Voila pour le pitch.
Vu comme ça, ya pas de quoi tripper sa mère et hurler "Encore!" à la fin de chaque film.
Là où tout est génial, c'est tout ce qui est inutile à l'intrigue principale. D'abord la mode. Les détracteurs diront que Retour vers le Futur est kitsch,
puisque les filles sont permanentées les bombers gonflés et les baskets à scratch. Mais chers amis, toutes les époques de la trilogie sont surfaites ! 1955 et ses robes longues sur soquettes
blanches, 1985 et ses skate-boards et ses walkmans, 2015 avec ses doubles cravates en plastique... Ensuite il y a les inventions de Marty, au cours de ses voyages, il invente le
skate-board, le freesbee et le rock & roll (rien que ça). Et sans jamais le vouloir il réécrit la petite histoire de sa ville, Hill Valley : le centre commercial Two Pines devient Lone Pine, le ravin Clayton devient le ravin Eastwood... Il y a aussi la musique qui fait beaucoup : Alan Sylvestri signe une bande originale
dans un style très Superman, avec des cuivres partout pour que ça brille et des batteries de batteries pour que ça tape. Et même quand Marty n'est pas à cheval, ça galope. Et pour finir des dialogues splendides servis par des acteurs exceptionnels (on dirait un dos de jaquette
d'un film de Steven Seagal). Plus sérieusement, qui n'a jamais dit "nom de Zeus" à la manière de Doc ?
Et là j'aborde les deux fondements de Retour vers le Futur : les
dialogues, et Doc Brown. En fait les deux ne font qu'un puisque tout le film repose sur le langage frivole et les théories alambiquées de Doc. Doc c'est le grand père que tous les enfants rêvent d'avoir et que les parents ont en horreur : drôle, inventif,
irresponsable. Un type qui n'a jamais rien sû faire de sa vie sauf tomber dans les toilettes et dans les pommes ce qui lui donnera l'idée du convecteur temporel. Le personnage, on le doit à
Christopher Lloyd (également oncle Fétide de la Famille Addams) qui compose un zouave incompréhensible et attachant, mais aussi à sa doublure française,
Pierre Hatet, qui en fait un personnage encore meilleur que l'original.
Depuis Retour vers le Futur, aucun film sur le
voyage dans le temps ne supporte la comparaison. tous sont écrasés par la limpidité des enchaînements, la gestion du continuum espace-temps, et surtout, les paradoxes temporels. C'est tellement
bien fait que même un gamin de 10 ans comprend (pour peut qu'il maîtrise la compléxité du convecteur temporel). Retour vers le Futur est un film de gosse, un
vrai rêve éveillé et qui rappelle les instincts les plus anciens. (qui n'a jamais fait voler ses petites voitures en jouant ?) A la fin du film, j'ai toujours envie de sauter sur le canapé en
criant : "Encore !" c'est souvent là que ma copine dit "Fred, 8 ça suffit". Mais Retour vers le Futur est aussi un film qui vieillit avec le spectateur, et ça,
c'est rare. Quand on est petit, on aime le 3, parce que les cowboys et les trains et les fusils c'est trop cool. Après on grandit et on decouvre les joies de la compléxité d'un scénario et on
aime le deux, parce qu'on va dans le futur et les voitures volent, puis dans le passé, et on a deux Marty... Et finalement on aime le premier volet, parce que finalement c'est le plus mature,
celui du passage à l'âge adulte, où les responsabilités tombent. J'aime ce film parce que sous couvert de ramener dans l'enfance, il présente vraiment la
vie d'adulte avec son grand conseil final : "Le temps est ce qu'on en fait, alors ne le gâchez pas." Je sais que c'est de la philosophie lyophilisée, mais merde quoi, c'est Doc qui dit ça, c'est
pas rien ! Je n'arrive pas à m'arrêter tellement ce(s) film(s) me procure des émotions intenses, je
le(s) regarde au minimum une fois par an, ce film ne vieillira jamais, c'est un document d'époque de 1985, les historiens l'étudieront un jour. En attendant, je rêve toujours quand je roule à 88
miles à l'heure (140km/h) qu'il se passe un truc.
Repliques cultes : - "2,21 gigowatts !!!!!!!" (en fait c'est super nul sans la voix) - "La route ? Là où on va on a pas besoin (clac) de
route." -"Marty : Attendez doc, vous voulez dire que vous avez construit une machine à voyager dans le temps... à partir d'une DeLorean? Doc : 'Faut voir grand dans la vie! Quitte à construire une machine à partir d' une voiture autant en prendre une qui a de la
gueule!" - "Allo? Allo? Y'a personne au bout du fil? 'Faut réfléchir McFly! 'Faut réfléchir! Et le temps qu'il me faut pour la
recopier? Mais est-ce-que tu te rends compte de ce qui se passerait, si je rendais MA rédaction, avec TON écriture? Mais je serais viré du lycée! Ce serait pas ce que tu cherches à faire par
hasard?"
Extraits audio des répliques Site presque officiel(mais sur Google il y en a des tas) Equipe : Réalisateur : Robert Zemeckis (Roger Rabbit, Forrest
Gump) ce type est un grand. Scénariste : Bob Gale (un geek à lunette) Producteur : Steven Spielberg (vous savez le type avec une casquette et une
barbe) Acteurs : Michael J. Fox, Christopher Lloyd, Crispin Glover, Lea Thompson, Thomas F. Wilson...
PS: Bon, c'est pas tout ça, mais quand est-ce que Mattel le sort son over-board ?
El Torero Hallucinogene, 1968-70, Huile sur toile de 4x3, collection famille
Morse.
Tout le monde ici connaît Salvador Dalì, et nos parents en ont tellement bouffé (avec des barres de
chocolat Gérard Lanvin) que tout le monde a désormais une opinion à peu prêt arrêtée sur le personnage. Soit on aime, soit on déteste (j'adore cette phrase qui finalement ne veut rien
dire). Une chose est sûre, pour faire classe dans le monde des arts, il faut obligatoirement critiquer ouvertement Dalì, car trop populaire, trop riche, trop lourd, trop typé (un peu comme la
Vache qui rit en fait). Je me suis mis à vraiment aimer Dalì le jour où un mec s'est trouvé intelligent quand il m'a dit :
"Comment peux-tu aimer un type qui était pour Franco, donc un gros facho ?" Mon sang ne fit qu'un demi-tour, je lui ai dit qu'il condamnait bien vite la production d'un artiste sous prétexte que
ses idées politiques étaient du mauvais côté de la barrière. Apparemment pour être artiste il faut être de gauche, et même défendre les goulags ne fait pas mal à une
carrière. Je me suis mis à aimer Dalì pour ce qu'il FAISAIT, pas pour ce qu'il était ou
disait.
L'été 1998 fut celui de mes dernières vacances avec mes parents, vous savez, celles qui
vous disent en rentrant "ça-y-est tu es un adulte". Et pendant ce séjour dans le très sud de la France, nous avons fait un détour par Figeres et le musée-théâtre Dalì. Ce musée est un superbe
attrape-touriste, la plus belle entourloupe de Dalì, puisqu'elle marche toujours malgré sa mort. Passons notre chemin sur les oeuvres tape-à-l'oeil et les toiles au kilomètre pour nous attarder
sur le coeur du musée, la salle à la voûte de verre, celle qui abrite le Torero Hallucinogène.
J'avais 16 ans, des cheveux plein la tête et des boutons plein les joues mais ça ne m'a
pas empêché de tomber des nues devant le Torero. 4m sur 3, un monstre de toile, 12m² de peinture surréaliste et hallucinante, des couleurs à faire pleurer
un arc en ciel, des idées à faire palir Dieu s'il existe. Il y a 6 mois et 16 jours je vous faisait découvrir la paranoïa critique, le système d'illusion qui guide la création chez Dalì ; le
Torero Hallucinogène en est sans doute l'aboutissement tant il multiplie les illusions, les allusions, les citations et les
auto-références.
Petit tour rapide d'une oeuvre-tiroir comme il aimait en faire : 1. Le Torero, celui qui se cache dans le tableau, mais finalement quand on le voit on
ne voit que lui. (Sur un grand format il est plus dur de le voir, avec sa cravate verte et sa cape rouge). Il semble mort avec ses yeux noirs. 2. Gala (meuf qu'il a piqué à son pote Eluard) qui fut sa muse avant d'être remplacée
par Amanda Lear (la vieillesse est un naufrage...) Ici elle apparaît en phosphène, les lumières trop bizarres qui brillent quand on s'appuie sur les yeux. 3. Une Vénus, Dalì est fasciné par la femme sans bras, c'est sans doute ce qui le
poussera à faire de la pub pour le chocolat. 4. Une ouverture, joue le même rôle que le tiroir dans la symbolique dalienne, la
vacuité du corps et la mort. (mais aussi l'esprit qui se libère) 5. Le taureau qui vient d'être mis à mort, on voit les banderilles plantées dans son
corps. Mais il est caché dans une montagne, comme si l'on était sur les bords d'une crique à Cadaquès (village de Dalì) 6. Un chevalet cubiste rappelant les débuts de Dalì et de son pote
Braquemard. 7. Une mouche symbolisant l'Espagne, pays de la mouche parce qu'il fait chaud. On est
encore une fois dans la thématique chocolat puis qu'il boit un Coca pour se rafraichir : Mouche-chaud-cola. 8. Le détail qui tue : on dirait le portrait une petite vieille sous son voile d'été,
mais en y regardant de plus prêt, il s'agit d'un soldat qui se penche pour parler à deux bonnes soeurs. 9. On pense voir l'ombre d'une Vénus de Milo, mais s'agit en fait d'une vieille femme
julien courbée sous le poids des ans. 10. Dalì enfant, habillé par Petit Bateau, qui contemple son oeuvre futur, sa vie
future, mais déjà passée.
Bon je rigole un peu, mais Dalì était un rigolo ; sous prétexte de parler d'art il parlait de fesses, mais
quand on voit certaines fesses, certains hommes ne peuvent s'empêcher de parler d'art. Il y a tout dans le Torero, la vie, la mort, l'enfance, la
vieillesse, l'amour, le souvenir, l'Espagne... bref, la vision folle et bordélique d'un artiste fou et bordélique.
J'ai revu ce tableau 4 fois depuis, il m'a toujours fait autant d'effet, j'ai gardé mon
âme de gosse qui se retrouve devant une énigme, et je rêve un jour d'avoir une révélation et de découvrir un secret bien caché dans le Torero, mais c'est
comme le sens de la vie, plus on le cherche moins le trouve.
Nine Inch Nails est le groupe d'un seul homme, Trent Reznor. Pour les fans de Daria, le
personnage deTrentvient directement de ce musicien, et les Spirals Mystics tirent leur nom de l'album The Downward
Spiral.
Nine Inch Nails est un groupe né en 1989, sur les cendres du rock punk, intégrant ouvertement des instruments électroniques dans un rock encore très frileux à l'époque. La
marque de fabrique du groupe est un amour de la saturation derrière laquelle se cachent des mélodies incroyables. Les textes sont pessimistes, tristes, tournant souvent autour du suicide, de la
souffrance, de l'amour impossible etc. Evidemment que tout adolescent en mal-être s'y retrouve. Mais plutôt que de sombrer dans le misérabilisme, Reznor joue sur la force du désespoir, la
puissance au bord du gouffre. Pour un public loin des sons violents, Nine Inch Nails est un calvaire, tout est cassé, distordu, et assassin.
Trent Reznor (l'homme qui a lancé Marilyn Manson)
Still offre un versant totalement unique sur la musique de NIN, Il s'agit de
réinterprétations accoustiques de grands morceaux du répertoire, avec en prime 5 inédits. Tout commence par un piano, Trent Reznor est seul, il joue, il souffre il crie : "I
just want something I can never have". Tout l'univers de Nine Inch Nails prend sens, un homme torturé, seul crache ses tripes et ses sentiments sur un clavier. On est loin des enregistrements
parfaits des albums, ici on entend le bois craquer (si ce n'est Trent), la respiration s'accélérer la voix se casser. Loin des programmations informatiques et des rythmes binaires électroniques on découvre l'humain,
l'impureté charnelle qui reprend ses droits et prouve que l'imperfection fait la perfection. Pour certains morceaux des synthés arrivent au loin des guitares, parfois une batterie,
mais tout se fait plus doux, plus mesuré. Pour les fans on reste en terrain connu, pour les autres qui sont en terre inconnue, les mélodies passent au premier plan, et il n'y a qu'un mot,
beauté. Après l'écoute de cet album, il est évident que l'envie de découvrir NIN se fait
sentir, et même si certains morceaux (Mr Self Destruct, Wish) peuvent faire peur par leur violence, d'autres finiront de vous faire aimer totalement
l'univers industriel et humain de Reznor (Hurt, Right where it belongs).
Le plus étonnant pour ce disque indispensable, c'est qu'il s'agit d'un CD bonus sorti pour le live And all could have been. Il est aujourd'hui difficile à
trouver, mais facile à avoir si on le cherche un peu .
Tracklist : 1. Something I can never have (original sur Pretty Hate Machine) 2. Adrift and at place 3. The Fragile (Original sur The Fragile) 4. The Becoming (Original sur The Downward Spiral) 5. Gone, Still 6. The day the world went away (original sur The Fragile) 7. And all that could have been 8. The Persistence of loss 9. Leaving hope