Dans un
monde parfait Ladyhawke serait sur le plateau de la Star Ac' et en rotation sur Virgin Radio (je l'ai entendu une fois à Cora, rien n'est perdu). Ladyhawke est une vingtenaire comme moi qui a
oublié de grandir après les années 80, comme moi aussi. Quand elle était petite elle écoutait Blondie, INXS, Depeche Mode, Nena, et ça s'entend ; elle aime les refrains grandiloquents, les
arrangements putassiers, les envolées lyriques à la guitare. Il paraît que la petite Australienne a un début d'autisme, mais c'est le grain de folie qui fait les grands
artistes.
Sur la pochette on peut lire que la plupart des morceaux ont été écrits entre 2004 et 2006. Un vieux truc donc qui a eu le temps d'être pillé par Timbaland et 50Cents avant sa sortie. Je me
souviens il y a deux ans sur un CD de Trax, un obscure groupe qui remixait les Klaxons pour un truc hyper péchu tout en sirènes, sons stridents et rythmes compressés. J'avais craqué dessus. Ben
en fait c'était eux, un rouleau compresseur digital qui défonce les tympans sur son passage, alors ça passe ou ça casse, mais si vous aimez le rock qui démonte, voici le versant électronique de
la guitare électrique.
Je dois le
reconnaître, je ne suis pas impartial. MAIS, comment expliquer qu'une BO non sortie suscite autant d'attente ? En un an on a eu droit à plus leeks "officiels" (dont un de John Murphy himself), et
au moins trois fakes ? 20th Century Fox a senti un peu tard qu'ils étaient en train de perdre de la thune dans cette histoire donc ils ont sorti l'album sur itunes en 128kps (oui, on est en 2008,
c'est comme de sortir un 78 tours). Enfin bref, il est là il est beau, il fout des frissons dans le dos tellement les cordes sont tendues à faire pleurer des cordes. Une grande musique de film où
l'association instrumental/électronique est parfaite.
2007 avait sonné le glas de
l'union NIN avec Universal, Trent Reznor était tout content d'annoncer le divorce de 2008. Dans son élan il sort un double album instrumental. Quatre paysages, quatre ghosts qui se développent en
9 pistes à chaque fois. Disponible en plein de versions différentes (du téléchargement au coffret dédicacé à 300$), chaque piste est accompagnée d'une photo, Trent Reznor est l'un des premier à
inventer la pochette évolutive pour chaque mp3. A l'heure du tout numérique il est toujours très fort. Musicalement on retrouve du grand NIN, tout en retenue, du piano, des guitares qui hurlent,
mais toujours en silence. Les mélodies priment, les arrangements, les accidents, tout est ciselé pour nos oreilles. Surprise inattendue vendue seulement sur nin.com, Reznor a ensuite fait un
cadeau à ses fan en offrant "The Slip" (le nom est nul) gratuitement au téléchargement "this one is on me". La classe.
L'année
dernière c'était Chromatics, cette année ce fut Glass Candy. Le label Italians Do It Better a remis au goût du jour l'italo disco et les années 80, Sébastien Tellier s'est engouffré derrière, en
moins bien, mais Glass Candy c'est beau, c'est triste, c'est 80's, c'est trompette numérique, tellement rétro qu'ils reprennent Kraftwerk sans complexe.
Cauchemar des femmes, rêve des hommes, Scarlett Johansson a tout pour plaire. Depuis Match Point les clubs de ping pong ne désemplissent pas. Quand on l'entend pousser la voix dans
Deux soeurs pour un roi ça fait un peu peur, dans Lost In Translation elle est déjà plus craquante avec sa voix cassée. Et là pour un premier album elle décide de reprendre des standards
de Tom Waits. Country très amérique profonde (pléonasme) avec voix brûlée au whisky. J'aime Tom Waits comme acteur, pas comme chanteur... J'aime Scarlett Johansson, tout court.
Sortie
discrètement pendant l'hiver 2008, cet album est vraiment chaud, avec des basses rondes à faire trembler les dents des vieux, une voix suave toute en douceur. C'est un peu dansant, mais c'est
surtout très cotonneux, ouaté, super beau, parfois un poil triste, mais la voix d'Astrid nous emmène toujours vers des sphères éthérées pleines d'un soleil qui brille même à deux heures du matin.
La house, la vraie, sans filtre, non coupée. La nuit sera longue.
Retour
franchement attendu, l'album sera adoré par les fans de rock, démonté par les fans d'électro, ils étaient forcément sur la sellette. La voix de Beth Gibbons est toujours aussi belle, frémissante,
la musique est cependant moins chaude, loin des crépitements et des scratches qui les ont rendus célèbres. Mais les atmosphères restent feutrées, vaporeuses. S'il existe un équivalent musical au
film noir, Portishead a écrit son Faucon Maltais.
Après des
errances destructurées, flirtant avec l'accident rythmique et la mélodie aléatoire, Autechre continue de construire un monde où rien ne se répète. Tout est bancal en tenant droit.Ici, ou plutôt
nulle part, l'humain n'a aucun droit de citer, c'est la machine qui règne en maître sur 20 morceaux-diamants, encore tranchants. Dans un monde instable, Autechre est l'architecture invisible qui
maintien tout. Les machines parlent, aiment, pleurent, rient, écoutez les.
Le XXIe
siècle a offert à la musique le métissage, la "fusion" comme on disait en 90. Maintenant tout va avec tout, on peut mixer Britney avec Aphex Twin et ça passe tout seul. Pyramids a tenté
l'impossible (où presque puisque c'est possible) de mêler du Shoegazing (My Bloody Valentine) à du Black Metal (Dimmu Borgir). Entre double pédale et larsen de guitares, la voix vacille entre le
guttural satanique et l'envolée aigue et lyrique. C'est beau et violent comme un crash d'avion, il y a des morts mais c'est puissant, on ne peut rien faire, juste attendre en brûlant dans les
débris.
Quand j'ai écouté leur premier single, Couleurs, je me suis dit : "ils ont réussi à
compiler en 8 minutes l'équivalent de 20 ans de musique." Car après un début house 80's très "Chicago", on passe par l'ambient de Brian Eno, la pop de Kate Bush, le rock de Cure, la new wave de
Propaganda, le R&B de Timbaland. J'exagère un peu, mais sur l'album on a tout ça (encore une influence 80's évidente). Si M83 reste le meilleur "groupe" (Anthony Gonzales est seul maître à
bord) de rock en France, c'est parce qu'ils chantent en anglais. Mais il y a aussi un song writing de qualité, des synthés à faire pleurer JM Jarre, et des guitares qui font des solos comme dans
New Order. Et pour ses envolées (encore), ses nappes épiques qu'on a envie de chevaucher jusque à tomber dans le soleil couchant. ou dans les étoiles juste à côté. Pour tout ça M83 reste
supérieur à tout rocker actuel, même si au départ c'est de l'ambient électronique. Comme quoi il n'y a pas de mauvais chemin pour arriver aux bonnes choses.
Pour plus d'information se référer à l'article de novembre dernier. Je vais
quand même pas me répéter pour dire que Mr Oizo c'est trop de la balle et que les pensionnaires de l'Hospice de Saint Mort dans les fossés danse nt encore sur les beats de Positif.
La France mène la danse en matière de techno, encore. Kiko c'est le son
de Grenoble, et le grand ami de The Hacker et Miss Kittin. Avant cela il avait sorti un album sous le nom de Sinema, qui reste l'un des meilleurs albums house toutes périodes confondues. Sur
Slave of my mind, le son est plus sombre, s'approchant parfois de Depeche Mode, pas mal de sonorités electro aussi (au sens Anthony Rother du terme).
souvenez vous quand vous étiez gosse, vous chantiez les chansons
de Nitzer Ebb à tue-tête. (groupe EBM qui démonte tout) Et le temps a passé, vous avez oublié Douglas Mc Carthy le chanteur, il est devenu camé, rebut de rien. Vous, vous êtes mis à la musique
vous faites de la techno, et un jour vous rencontrez votre idole, Mc Carthy, et vous vous entendez pour faire un groupe ensemble. C'est le rêve un peu fou que vit Terence Fixmer, musicien lillois
qui sort son deuxième album avec son chanteur fétichiste. Alors encore une fois ça sent les années 80, mais versant belge, style Front 242.
L'Electronic Body Music c'est un style violent, froid et industriel, un peu comme dans les clubs sado maso. Into The Night a été sorti par Citizen, le label de Vitalic, gage de qualité.
Même style que Fixmer / Mc Carthy, mais tirant plus vers la techno
tout en étant plus accessible. C'est techno, italo disco, sons de pistolasers et moustaches top moumouttes et boule à facettes.
Faux branleur de la musique, il a su populariser le retour de
l'italo disco avec des morceaux comme Sexual Sportwear ou Fingers of Steel. Après une grosse branlette autour du suicide français de l'Eurovision (Divine est un morceau de merde), Sébastien
Tellier est quand même un sacré compositeur qui s'est fait pomper partout (dans tous les sens du terme). Il est volontairement kitsch, et souvent avec talent. Mais souvent ça sent le camping en
Italie.
Ils sont deux, ils sont rockers, ils sont jeunes, ils
sont beaux et l'un des deux est une fille. On dirait une description de Eurythmics ou de plus récemment The Kills (la drogue et la déchéance en moins). The Ting Tings c'est un mec à la batterie
et une blonde au chant, et c'est super dansant avec ses rythmes bien carrés et ses fesses bien rondes.
ls sont deux, ils sont rockers, ils sont jeunes, ils sont beaux et l'un des deux est une fille. On dirait une description de The Ting Tings, mais en
fait Olivia est norvégienne. Ce qui change tout en fait parce leur musique est plus calme et lorgne vers un hip folk de campagne. Ils sont devenus connus avec une pub pour des cahiers qui bavent.
En live ils sont hyper charismatiques, surtout Olivia qui a des yeux qui chantent vraiment bien.
Katy Perry n'a pas inventé l'eau chaude, mais c'est justement
pour ça qu'on l'aime. Quand elle a sorti I Kissed A Girl, ma première réaction fut : "elle a piqué la basse dévastatrice de Monstertruckdriver de T.Raumschmiere !" Mais en fait personne
ne connaît Monstertruckdriver, mais tout le monde a dansé cet été sur Katy Perry (enfin, pas sur elle, sur sa chanson). Le reste de l'album fait très Avril Lavigne en fait (moins de skate plus de
sucre).
Elle a perdu 3 places depuis le dernier bilan annuel, mais bon,
c'est la seule avec NIN a avoir sorti deux albums coup sur coup. Blackout, qui est son meilleur album a ce jour, a été démonté dans tous les sens et Britney s'est fait motocultée une fois de
plus. Elle se fait changer quelques pièces, on retape la carrosserie, on refait la peinture, mais le résultat est moins fort. Malgré un Womanizer bulldozer, le reste ne suit pas.
Elle se place entre Britney et Katy Perry, ce qui permet d'imaginer un fantasme
sympa. Son clip est plutôt marrant, les sonorités sont 80's (encore) et le rapper ressemble à Peter Petrelli dans Heroes. C'est du R&B d'inspiration Timbaland, mais sans lui et c'est tant
mieux.




3. Pour elle, Fred Cavayé :
J'aime bien Diane Kruger en photo, moins quand
elle joue. J'aime pas Vincent Lindon, surtout quand il ne joue pas. Avec le casting de Pour elle, c'etait pas gagné. Et pourtant, avec une ambiance bien moite, une déchéance progressive,
un abandon total à une cause perdue, et un scénario rondement mené, on se retrouve à se ronger les ongles encore plus que d'habitude devant ce thriller à la française qui marche sur les traces
d'Olivier Marchal qui y fait d'ailleurs une apparition. On découvre la mini pègre de Paris, la vie d'un père célibataire qui se fait draguer sur les bancs publics (si vous n'avez pas de voiture
de sport, faites un enfant, la gente féminine vous appartiendra).
Un premier film tout en retenue, avec des personnages qui respirent la sympathie (sauf la gardienne de prison, mais bon, on dit "aimable comme elle"), des scènes de non dit où le respect
transpire du cadre, et une intelligence comme il en faut pour ce genre de film.
Et je viens de voir que mon top 3 est constitué de premiers films. Chapeau à cette nouvelle génération de réalisateurs.
4. Entre les murs, Laurent Cantet :
Palme d'Or pour un quasi-documentaire (encore),
Entre les murs ne la méritait pas. Mais il mérite cependant d'être vu, au moins pour voir la vie d'un collège moyen. C'est pas un collège à problème comme on a pu l'entendre, c'est
juste une école, avec son lot de misère, de joie, de difficultés, d'incompréhension et de clichés.
"ça fait 20 ans que je fais ce boulot, j'ai jamais vu ça". Mais cette phrase est dite tous les ans. Et au moins on peut voir un conseil de discipline (un cas particulier, certes), chose rare (et
heureusement) pour des parents d'élèves.
5. La Personne aux deux personnes, Nicolas & Bruno :
Avec un marketing viral sur le net qui frôlait le génie (Grandet), en particulier le myspace de Gilles Gabriel, La personne aux deux personnes est un film difficile, il faut aimer le ridicule, les années 70 et le pire des années 80 et Alain Chabat
quand il se la pète. Pour ceux qui veulent se faire une idée, il suffit de regarder les Messages à caractère
informatif qui sont vieux comme ma tente, mais avec des vidéos à coucher dehors. Le scénario c'est pas le César de l'année, mais Jean-Christian Ranu de la COGIP a enfin son film, et ça
c'est vraiment très intéressant.
Meilleures séries en 2008 :
En mars dernier sortait le premier film de Philippe Claudel, dans l’ombre d’une autre histoire de province au chauvinisme exacerbé (aussi par le foot), Bienvenue chez les Ch’tis. France 3 – Lorraine mettait en boucle la bande-annonce de Il y a longtemps que je t’aime, le vendant comme un produit local destiné à l’exportation. Parmi les Nancéiens, après la curiosité, c’est l’overdose de B-A qui ennuyait le téléspectateur lambda, celui qui se retrouvait tous les jours devant Kristin Scott Thomas pleurant sur Jean-Louis Aubert.
La publicité peut faire du tort, surtout quand on ne la contrôle pas.
Une fois passé le tapage médiatico-chauviniste, les échos des premières projections furent plutôt positifs. Je me souviens d’un ami me disant : « les cinq dernières minutes sont inutiles, sans ça le film serait mieux. » Encore une fois je me demandais pourquoi les gens n’aimaient un film qu’en fonction de sa fin. Si la fin d’un film faisait tout, Le Seigneur des Anneaux serait le plus long navet du grand écran.
Malgré mon amour pour Kristin Scott Thomas que j’avais classée dans mon top 5 des femmes les plus séduisantes alors que j’avais 14 ans, je ne suis pas allé voir le film à sa sortie. Je préférerais le laisser vivre avant. Et le voir deux fois.
Première séance un matin à Metz dans un cinéma quasi-vide. Je mets ça sur le compte de l’horaire. Je suis heureux de voir ma ville d’étude et d’adoption à l’écran. Nancy et sa beauté crue, sa faculté devenue sale à force de grèves, et sa lumière triste la nuit. Voir sa ville défiler sur écran, c’est un peu se la faire voler, avoir la sensation étrange de ne plus lui appartenir.
Je n’ai pas pleuré à la fin, j’avais cependant une grosse boule dans la gorge, celle des films qui jouent sur la corde raide du non-lacrymal. Sans violon, le sentiment devient réel, il gagne en vérité ce qu’il perd en tyrannie.
La seconde séance fut accompagnée de mon amie, à Nancy cette fois ; je jouais à domicile. Et l’avantage, c’est que le public vient en nombre. Salle comble un mois après la sortie. Le plus drôle, ce sont les petits murmures quand on reconnaît un coin de ville, où un bout de figurant ; à trop connaître la réalité, on en oublie la fiction. Pendant que mon amie pleurait, j’essayais de faire passer cette boule qui squattait encore mon œsophage.
Pour ce deuxième essai, j’ai fait quelque chose que je n’avais plus fait depuis Le fabuleux destin d’Amélie Poulain (autre film d’un Nancéien qui apprécie les titres interminables) : j’ai pris des notes. Ecrire dans la clarté de l’écran d’une salle obscure est un combat de chaque instant, il faut guetter les quelques secondes de chemise blanche ou le gros plan sur les assiettes, pour pouvoir écrire ce que le film inspire.
J’ai tenté de décortiquer Il y a longtemps que je t’aime, essayé de l’analyser. Car en bon écrivain, Philippe Claudel aime les figures de style et les symboliques subtiles ; et le passage des mots aux images n’est pas si évident. On trouve des qualités qui font du film de m. Claudel un bon film, mais pas un grand.
Sans surprise, les qualités essentielles résident dans l’écriture alors que les défauts viennent plus des aspects techniques de la mise en scène.
Commençons par le plus facile, le scénario. On lui reproche souvent d’être irréaliste, pourtant comment peut-on croire qu’un auteur ne se renseigne pas sur son sujet ? Car la réalité dépasse souvent la fiction dans l’invraisemblance et le grotesque.
L’histoire repose sur un secret révélé en deux temps, mais ce n’est pas le plus important ; le fil narratif, c’est surtout la reconstruction d’une vie après une expiation de 15 ans. Le secret n’est pas un grand twist final hollywoodien, il est juste humain et logique.
Plus important que l’histoire dans ce film, les personnages sont finement taillés, et c’est sans doute la plus grande qualité de Il y a longtemps que je t’aime. Chaque personnage a ses manies, ses défauts, et c’est dans les détails que le réalisme s’épanouit (Il faut également saluer le casting, le jeu, et la direction des acteurs qui y est pour beaucoup).
Juliette fume. Beaucoup. C’est rare de nos jours. Elle semble coincée dans ses vêtements trop stricts, qu’on croirait trop étroits, parfois elle se cache sous un tablier, enfilant son costume de mère. Elle sursaute à chaque bruit, rappelant son enfermement et la peur qui en résulte quand plus rien n’est contrôlé. Et elle ne pleure jamais, elle a dans les yeux une lueur froide qui ne demande qu’à être allumée.
Léa est une petite sœur. Avec sa bouche pincée et ses petites chaussures. L’absence de Juliette pousse Léa à l’idéaliser, ce qui lui donne un côté fleur bleue adolescente, surtout quand on découvre les agendas. Elle aime se détendre à la piscine, mais quoi de plus logique qu’une Fontaine qui se ressource dans l’eau.
Tous les personnages sont pétillants, la rudesse de Luc est adoucie par son t-shirt CNRS (sauf qu’il parle de ce t-shirt, ce qui donne un effet « eh regardez ma blague, elle est drôle », qui détruit une blague effectivement drôle), P’tit Lys qui écrit des poèmes dans un livre qui se ferme à clé mais qu’elle ne ferme pas, ou le père de Luc dont les post-it sous-titrent la pensée (alternative idéale à la bulle de BD).
Mais dans tout ce petit monde, le personnage qui ressort est le capitaine Fauré. Comme le compositeur, dont le nom apparaît étrangement sur une partition de La Claire Fontaine. Malgré son statut de second rôle, c’est le personnage le plus soigné, on sent l’écriture amoureuse (peut-être trop) de l’auteur qui veut accorder une place de choix au seul personnage qui meurt pendant l’histoire. Il semble lucide sur les petites choses comme sur les grands combats, mais c’est le pessimisme qui parle, c’est pour ça qu’il a l’air clairvoyant. Il a droit à d’excellentes répliques, et surtout, il est attendrissant. C’est un bon flic, un gentil maladroit qui ne sait pas faire de café. Quand il dit « et vous, ça va en ce moment ? », on sent qu’il va mal, on compatit, mais on voit qu’il n’est pas pour Juliette, il le voit aussi. Sa sympathie auprès du spectateur est primordiale pour que sa mort ait un impact.
L’un des axes les plus surprenants dans le film, c’est le parti pris de la diversité. La « famille Benetton » décrite par Léa s’étend au-delà des Fontaine. On compte des noirs, des Arabes, des handicapés, des obèses… tout le monde est immigré, déraciné, que ce soient des Irakiens, des Polonais, des Arméniens ou des Parisiens qui fuient la capitale.
Enfin il y a les dialogues. Ceux-ci forment un entre-deux étrange, à la fois réaliste, à la fois trop écrits. Quand on lit une réplique comme « non s’il vous plaît, je suis encore un peu loin » pour refuser un baiser, on salue la patte de l’auteur. Quand on entend une réplique comme ça au cinéma on se dit que la langue est trop belle pour être vraie. C’est le grand mensonge du cinéma, copier la réalité. Tous les personnages ont le sens des mots, de la répartie, ce qui fait que Gérard la grande gueule est encore plus désagréable, parce qu’il parle comme un livre. Le parti pris du réalisme (HD, décors naturels, plans séquences dans la rue) oblige à être réaliste dans tous les aspects, ici les dialogues sont imposés. Dans un film au style clairement affirmé (ambiance, décors, couleurs, costumes) les dialogues peuvent participer du style global et être plus fleuris.
Après un ensemble positif dans le domaine de l’écriture, les défauts apparaissent dans les aspects techniques. D’abord le choix de filmer en HD est étrange. Rien ne justifie l’équipement, et surtout la texture souvent froide de l’image nous met en retrait face à l’action. La scène du repas entre amis en est un exemple. Beaucoup sur Internet ont critiqué l’éclairage, sans doute la partie technique la plus compliquée d’un film, en particulier en décors naturels. Malgré quelques défauts de clarté, il n’y a pas d’erreur de luminosité sur les contrechamps et l’aspect naturel des lumières accentue la réalité de l’histoire.
Je soulignais plus haut la direction des acteurs, cependant l’utilisation des figurants est parfois abusive. Ca circule devant et derrière les acteurs, le cadre se fait manger, l’œil se perd sur des silhouettes inutiles alors que Juliette et Michel se rencontrent au Musée des Beaux-Arts. Et chez les Nancéiens, le jeu consiste à retrouver les gens qu’on connaît.
Contrairement à la littérature, le cinéma impose les images, elles doivent être le plus lisible possible et doivent s’enchaîner logiquement. Et c’est là le problème principal du film. On ne peut pas reprocher à Philippe Claudel d’être classique ; il développe un langage personnel à base de gros plans sur les visages et les mains, des dialogues évitant l’habituel champ / contrechamp (au café avec Fauré, dans la cuisine avec Luc). Ce vocabulaire est justifié, les gros plans nous indiquent ce que Juliette voit et ressent. Malheureusement l’originalité peut gêner parfois, mais il faut bien se détacher pour se faire une place.
Le souci se situe plutôt dans les placements de caméras. Le plus souvent on sent que la caméra est placée là parce qu’elle ne peut pas être ailleurs. Cela engendre des plans et des cadrages illogiques, détonant souvent au montage et cassant la narration. Le plus flagrant est le plan Cluedo en plongée quand Léa fait découvrir sa maison à Juliette. Ce plan est tellement incohérent avec le reste qu’il m’est resté en mémoire dès la première vision. Et ce n’était pas pour ses qualités intrinsèques. Ce que Léa montre, le spectateur ne le voit pas ; il est donc coupé de la narration.
Les problèmes de cadrage apparaissent essentiellement dans la maison. Il est vrai qu’il y a des contraintes techniques dues au lieu, mais il n’est pas logique d’avoir deux fois le même plan de la balustrade à l’étage. La seconde fois c’est d’ailleurs quand Kristin Scott Thomas hurle « vous auriez pu faire quoi ? » ; le rapport avec la caméra (et donc le spectateur) est presque frontal, le fait que l’actrice nous regarde accentue le malaise du public à la fin. Enfin il y a la scène du petit déjeuner entre P’tit Lys et Luc qui fait un peu trop pub Lactel.
Hormis ces défauts, Il y a longtemps que je t’aime contient une série de plans que de nombreux réalisateurs détestent (et confient à leur assistant), et que Philippe Claudel transcende. Il s’agit des scènes de voiture. Au cinéma, la scène de voiture est incontournable ; Hitchcock les affectionnait particulièrement pour leur côté intimiste, la proximité forcée des personnages et l’expression symbolique de leurs sentiments. Ces dernière années, deux réalisateurs ont révolutionné ces scènes en faisant des plans séquences dynamiques (A. Cuaron pour Les fils de l’homme et S. Spielberg pour La guerre des mondes) ; mais il s’agissait de films d’action. Philippe Claudel utilise quant à lui la voiture pour réunir les deux sœurs et faire évoluer leur relation. Pour leur première discussion, Léa et Juliette sont séparées, dans deux cadres opposés, le paysage est très visible, symbolisant la liberté de Juliette. Elles finiront par être ensemble dans le même cadre, dans un plan fixe frontal et hitchcockien, allant toutes deux dans la même direction.
Outre l’image, l’autre dimension du cinéma est le son. Les dialogues ont été abordés plus haut pour leur contenu, mais il faut prendre en compte la musique et l’ambiance. Il y a longtemps que je t’aime offre une lecture intéressante du montage sonore. On n’est pas dans les films multi-oscarisés dont les sons sont tous recréés, ici il s’agit plus de l’utilisation.
Le film s’ouvre sur un écran noir annonçant un générique. Pas de musique. Le spectateur entend des bruits de verrous, des claquements métalliques. Il sait par la bande-annonce et les multiples articles que le personnage principal sort de prison. Il s’attend donc à une ouverture sur Juliette sortant de prison. Et finalement le spectateur est pris à contre-pied puisque Juliette est déjà sortie, elle est à l’aéroport, dans un cadre qui se resserre, symbolisant son emprisonnement. Elle sursaute au moindre bruit, on sait que dans sa tête elle est n’est pas encore libre ; cependant on entend des oiseaux chanter au loin, la liberté est en train de naître. On retrouvera ces « sons de prisons » à différents moments, dans la foule au Blue Note, dans la voiture…
Le coup de maître revient cependant à Jean-Louis Aubert qui signe une bande vraiment originale. Les accord furtifs, les distorsions et saturations, on est dans des textures rugueuses mais pourtant les notes sont douces. La référence à la BO de Dead Man (J. Jarmush) par Neil Young est évidente, avec cette construction progressive, par touches pointillistes, qui nous mène jusqu’au point d’orgue, quand Léa découvre la vérité au téléphone. La guitare se fait lointaine, fine, P’tit Lys chuchote, tout converge vers la larme qui va couler en un riff désespéré. Dans le genre shoegaze, c’est la meilleure musique de film depuis Kevin Shields pour Lost In Translation.
Pour finir l’analyse, le plus intéressant est d’aborder ce dont le film de Philippe Claudel regorge le plus, les symboles. On a appris à l’école que dans les textes il y a toujours plus que ce
l’auteur dit. Ici la transition entre les deux média ne passe pas toujours, mais il faut souligner l’effort fait dans un cinéma actuel qui oublie le symbolisme pour créer des films directs,
faciles à comprendre.
Les premiers symboles se trouvent au sein de la famille, dans l’image qu’on peut avoir du père, de la mère et des enfants. Le père on le voit d’abord à travers Luc, puis à travers son père à lui, devenu muet. Il a l’air joyeux mais il est forcé à se taire. Il y a aussi l’absence du père, le mari de Juliette, celui qui a témoigné contre elle. L’image du père n’est finalement pas très reluisante, Luc apporte la neutralité en n’étant ni bon ni mauvais. Le Capitaine Fauré est aussi père, mais il ne peut plus voir sa fille malgré ses efforts. Le dernier père qu’on croise dans le film, et qui semble le plus parfait, c’est Samir, qui montre son attachement à ses enfants morts, mais qui ne perd pas le courage d’en faire un autre. Mais de manière générale, l’image du père n’est pas idéale.
La mère est plus présente dans le film, les étapes de la maternité sont marquées, on a Kaisha enceinte, Léa qui a adopté ses filles, la mère de Juliette et Léa qui perdu tout aspect de mère avec sa perte de mémoire, et enfin Juliette qui reprend un rôle de mère par procuration ; elle soulage Léa et réapprend à vivre à travers les enfants. Elle s’occupe de la cuisine, de la lecture avant le coucher – où le rôle de la maternité est flagrant, « une lune pleine comme le ventre d’une femme ». Le film parlant de la reconstruction d’une femme, la maternité est un passage obligé pour Juliette. On a plusieurs aspects de la mère, mais ici l’image est plus positive ; seule la grand-mère Fontaine montre le côté négatif (involontairement, comme le père de Luc). On a Juliette, la mère infanticide, le monstre en surface qui s’avère être pleine d’amour pour son fils, et on a Léa, qui refuse la maternité, qui ne voulait pas d’enfant de son ventre, mais qui a adopté deux filles qui répètent le duo d’enfants que devaient former Juliette et Léa.
Et il y a enfin les enfants. Ils vont à l’école, mais surtout ils s’amusent dans la maison d’amis, ils rappellent à Juliette ce qu’elle a perdu, mais ce aussi pour quoi elle se bat ; des enfants qui peuvent vivre pleinement. Le film regorge d’images sur l’enfance et la maternité, et le suicide de Fauré est immédiatement compensé par l’accouchement de Kaisha. Il y a aussi les enfants morts de Samir, mais a-t-on vraiment besoin de savoir cela ? La peine de Juliette est déjà suffisante…
L’autre trame symbolique dans le film, c’est l’enfermement. L’épisode de prison est tu. Le premier à l’aborder frontalement c’est l’employeur, tous les autres sont dans le déni. La métaphore de la prison commence avec le poisson rouge dans son bocal, les singes de la Pépinière sur leur rocher… Et il y a les deux parents : le grand père qui s’enferme sous les escaliers dans ses livres et sa radio polonaise, et il a la mère qui est enfermée dans une maison de soins. Juliette n’est pas la seule à s’enfermer, mais c’est la seule qui se libère vraiment.
En contrepoint on trouve l’évasion par les livres. Les livres il y en a partout, au café, à la maison, on les cite, on les lit, on les utilise comme métaphore, mais ils donnent le désagréable sentiment que Philippe Claudel est à côté de nous et nous donne des coups de coude en disant « eh n’oubliez pas que je suis romancier au départ ». On sait que les personnages évoluent dans un univers littéraire et cultivé (d’ailleurs Juliette est appelée « héroïne de roman » puis référée à l’absente de Giono), mais trop de livres dressent un rempart entre le monde et le film. C’est d’ailleurs quand un livre se ferme sur un banc de la Pépinière que le spectateur se dit que le film est fini. Et que la dernière scène est un épilogue de trop.
La relation de Juliette avec Michel est toujours implicite, jamais évidente et grossière. Ici la subtilité est de rigueur. Le piano chez Michel pourra être celui sur lequel Juliette jouera à quatre avec lui, la main sur l’épaule vaut plus qu’un baiser, le plan en contre-plongée dans les escaliers à côté de l’ange vient souligner la béatitude dans laquelle baigne le couple. Et la dernière réplique « Je suis là » vient contredire le « je suis loin » et détruit l’image de l’absente.
Le dernier symbole se trouve dans le titre du film, qui annonce intrinsèquement : « Jamais je ne t’oublierai ». La Claire Fontaine constitue le fil rouge du film, le repère explicitant l’évolution de la relation entre les deux sœurs qui ne se sont jamais oubliées. Il y a d’abord le capitaine Fauré qui fait le constat désolant des fontaines qui disparaissent des places. Et la famille Fontaine est explosée, le père est mort, la mère a Alzheimer, les deux sœurs se sont perdues de vue ; la source est tarie. Mais c’est sur la place d’Alliance que Juliette et Léa parleront de leurs parents, place avec une fontaine. De la place Stanislas, on ne verra que les grilles et l’arrière d’une fontaine d’angle. Philippe Claudel va jusqu’à mettre une fontaine Culligan dans un arrière-plan.
La comptine de La Claire Fontaine rappelle à Juliette et Léa leur enfance, l’époque où elles étaient unies. Juliette réintègre la famille et reprend son rôle de mère en apprenant à P’tit Lys à jouer au piano. Cet apprentissage à quatre mains qui se profile au fur et à mesure dresse un parallèle avec les liens qui se tissent entre Léa et Juliette. L’aboutissement aura lieu quand les deux joueront côte à côte, s’associant dans un but commun, la beauté d’une comptine, deux mères s’unissant pour une chanson d’enfant.
A la fin, les deux sœurs pleurent l’une dans les bras de l’autre. La caméra s’en va filmer un carreau sur lequel les gouttes de pluie s’écrasent doucement, les larmes s’oubliant dans l’averse qui vient laver la culpabilité et le secret. La vie des Fontaine peut enfin recommencer. Mais comme pour le « merci » de la surprise d’anniversaire, le plan sur les larmes de la fenêtre est coupé trop vite (voir K. Kieslowski pour le temps nécessaire à la contemplation).
Film sur la culpabilité et l’expiation, Il y a longtemps que je t’aime n’est pas centré sur le deuil ou les liens familiaux. C’est avant tout l’histoire d’une femme qui doit répondre de ses actes, mais devant elle seule. C’est le conflit entre l’amour d’une mère pour son fils et l’horrible rationalité d’une médecin qui veut abréger les souffrances de l’être qu’elle aime le plus au monde. Toute cette dualité se résume dans le poème de Pierre. On lit l’amour et la vie écrits en rouge au dos de la science et de la mort écrits en noir.
Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ont connu, mais c'était vraiment des gosses.
L'été 99, la 8ème saison de Summer of Love pour ceux qui ont suivi la série. L'été n'était pas exceptionnel, canicule signifiait encore "pratiquer l'amour anal avec un chien". Au milieu de ça tous les jeunes se faisaient chier sévère avec internet qui tournait à 56kps et une télévision à six chaînes. A cette époque les mp3 restaient sur les ordinateurs, et on voyait encore des livres sur les plages (recueils de blagues compris).
Voilà pour le contexte, dit-il avec sa subtilité proverbiale. Maintenant passons au personnage principal. Il s'appelle Eric ; il est jaune, poilu, il a des yeux en méat, et il a l'apparence d'une serpillère usagée. Flat Eric est le héros d'un clip stupidement ingénieux racontant le quotidien ennuyeux d'un singe (ou un truc comme ça) patron d'entreprise. A l'époque on pouvait se moquer des riches sans se faire licencier. Le petit Flat Eric était la création de Mr. Oizo, Quentin Dupieux de son vrai nom de pornstar. En fait Eric avait une tronche de gant de toilette (usagé également), mais il avait tellement une sale gueule que Biactol n'a jamais voulu de lui pour ses pubs. En revanche Levi's en a bien profiter, alors que Flat Eric ne porte même pas de pantalon. La musique s'appellait Flat Beat. De là à penser que Flat Eric avait une Flat bite, il n'y a qu'un pas. D'ailleurs il roulait en Flat Uno et la mélodie de la chanson était composée de Flat Ulances. Il paraît.
Flat Beat est un morceau que l'on pourrait qualifier de Pop Corn '99 ou de pré Crazy Frog, sauf que la bébête elle était pas numérique. Tout ça pour dire que la jeunesse du temps se faisait telllement chier que tout le monde s'est mis Flat Beat en tête et tous les magasins l'ont en tête de gondole. Ca se vendait comme des écrans plats, tout le monde avait le CD deux titres entre le cabillot qui décongelait et le pain cuit sur filet sous plastique.

La grosse surprise dans toute cette histoire, c'est que derrière cette marionnette se cachait un label techno, the label techno pour n'importe quel chauvin éléctronique. F Communications. France Communications. Euh non merde Fnac Communications. Comme quoi on peut être des vendus et rester indépendants. (enfin non, c'est plus compliqué que ça, mais si ça vous intéresse vous avez qu'à chercher tout seuls. Non mais.)
En 1994, F Com voyait le jour grâce à deux papas, Laurent Garnier et Eric Morand. Tiens, un Eric, Mr. Oizo ne cherchait-il pas à se foutre de la gueule de son patron par hasard ? Quand je pense à Flat Eric, je me demande toujours si Eric Morand avait conscience d'avoir un nounours à son effigie qui traînait dans la chambre de toutes les adolescentes prépubères de France. De la pédophilie par doudou interposé je dis. Bref passons.
Laurent Garnier, tout le monde le connaît, même la reine d'Angleterre (pour qui il a bossé). Il reste l'immortel auteur des célèbres Lard Fris, Ville Coloriée, ou encore l' Homme au visage rouge. Quand on sait qu'à l'origine ce DJ aurait du être forain, on se dit que la face du monde des auto tamponneuses aurait été changée. En fait on aura la musique électronique à la place. On ne peut pas tout avoir.

Tout ça pour dire que Mr. Oizo a rapporté plein d'argent à F Com qui s'est empressé de produire des tonnes de musiciens inconnus qui faisaient de la musique sans instruments (vraiment aucune notion de l'argent ceux là). Ensuite il a fallu sortir un album pour faire du blé sur le dos de Flat Eric. C'est la sortie d' Analog Worms Attack, dont le titre ne joue pas du tout sur le succès du tube et dont la pochette ne reprend même pas la tronche de Flat Eric. C'est dire si le monde de l'underground refuse d'attirer le grand public.
Ironie mise à part, l'album Analog Worms Attack est un album qui ne m'a jamais plus, faut vraiment aimer le hip hop sans parole et sans mélodie pour écouter ça (Jean il faudra que tu m'expliques comment ce disque peut être encore considéré comme un jalon dans l'électro, parce que là, je cale.) D'ailleurs l'album est tellement particulier que quand le dernier morceau arrive, Flat Beat, on a l'impression que c'est une chanson bonus genre remix.
Aujourd'hui Flat Beat est un système de mesure dans les concours de tuning pour savoir qui à les plus grosses basses. Comme quoi tous les héros meurent un jour.
En 2005 tout le monde a oublié Mr. Oizo, les peluches Flat Eric ont perdu leurs yeux en boutons, les poils jaunes sont tombés, et les gamines qui l'avaient dans leur chambre on désormais onze boyfriends chacune. Quentin Dupieux d'ailleurs veut reconquérir cette putafrange de la population en metttant sur la pochette de son nouvel album une poupée gonflable modèle homme. Manque de pot il a oublié qu'à 18 ans les filles n'aiment plus les poils qu'elles affectionnaient tant sur les peluches de leur enfance. Bref l'album Moustache ne plaît pas, d'ailleurs sur la pub il y avait une citation de Laurent Garnier (qui a dépensé de l'argent pour sortir cet album) qui disait : "ce disque est insupportable", c'est dire s'ils ont la notion de marketing chez F Com.

Pourtant, en une seule écoute, Moustache (Half a scissor) lave mieux les oreilles que deux barils de disques ordinaires. Les instrus sont graves au sens propre comme au sale, et en plus d'être très travaillés, ils sont très polis. Par exemple ils nous disent souvent bonjour : "hello hello whoever you are, this is computer music". Merci Mr Oizo pour tant de sollicitude.
Dans Moustache il n'y a pas un seul single sortable puisque tous les morceaux vivent les un avec les autres, se suivent sans se ressembler ; d'ailleurs la musique de Mr. Oizo ne ressemble à rien, on a l'impression qu'il y a 16 disques qui tournent en même temps dans un style hip-pop-glitch-cut-bleep. Si vous ne savez pas ce que c'est tant pis pour vous.
2008, retour inattendu de Quentin Dupieux. On le pensait rangé des disques depuis qu'on l'avait vu (derrière la caméra) de Steak. Steak est un film où Michael Jackson (période 1984) joue le rôle de Ramzy et ou Flat Eric joue son propre rôle. Ce film est un peu Moustache en image, ça part dans tous les sens, tous les codes traditionnels qu'on connaît sont découpés pour faire un style comédie-horreur-science fiction-buddy movie-retro. En fait ouais c'est ça, mais avec des images.

Si la vie de Mr Oizo était d'être assis sur une branche de l'arbre de F Com, on peut dire qu'il a dû se casser la gueule cette année. Moi qui suit l'actualité de la musique électronique avec assiduité, j'ai trouvé plutôt étrange que le nouveau Mr. Oizo sorte chez Ed Banger, label de Pedro Winter, responsable de Justice. Devant ma surprise et derrière mon écran j'ai fait deux trois recherches, et je vois que F Com n'a plus rien sorti depuis mars 2008. Pour un arbre, ça sent le sapin... Sur leur site, rien ne parle de mort, aucun magazine n'en parle, ne s'inquiète, seuls quelques blogs posent la question, sans réponse...
Sauf que cette semaine un F Communiqué (le jeu de mot n'est pas de moi) est tombé :
Lors de la célébration de son 7éme anniversaire, le logo de F Communications s’était transformé en un arbre
bourgeonnant avec de multiples rameaux et bourgeons.
En avance sur son époque, le label avait exploré la diversité des musiques électroniques et aussi une vision ouverte (360° avant l’heure) du rôle d’un label.
7 ans plus tard le label a perdu des feuilles. L’automne est arrivé progressivement. Le label est entré dans un lent engourdissement après avoir poussé pendant 14 ans et écrit les premières pages
de l’histoire des labels électro en France.
L’arbre qui doit affronter l’hiver laisse tomber ses feuilles et les branches mortes. L’arbre, lui-même, n’est pas mort. La sève est toujours dans son tronc et dans les branches les plus fortes.
Un redoux, les rayons du soleil, une nouvelle vigueur et on pourrait voir de nouveaux bourgeons.
Ca fait mal au coeur, ils auraient pû mettre "ni fleurs ni couronnes" tant qu'à rester dans la métaphore naturelle, parce qu'avec le réchauffement climatique, les arbres auront du mal à passer l'hiver.
Lambs Angers est sorti lundi :

Une image vaut plus que mille discours, et ici, Flat Eric Morand se fait massacrer l'oeil dans une torture buñuelesque. Flat Com n'a pas fini de souffrir, il contemple, immobile, le nouveau succès de ce qui a été sa poule aux oeufs d'or, poule qui est tournée en ridicule dans le titre Lambs Anger. Tout ça sent l'amertume. Le morceau Positif nous offre ces paroles lues par un ordinateur : "Arrêtez de vous reproduire. Vous êtes des animaux". L'interview de Mr Oizo dans le Trax de novembre est éloquente ; il crache à la gueule de tout le monde, ceux qui réussissent, ceux qui ratent, il descend Ed Banger et Justice, il descend le monde de la techno, il parle comme un vieux con qui écrit pourtant la musique d'aujourd'hui. Car à ce jour Mr. Oizo signe son meilleur album, dance-house-funk-glitch-bleep ; il relègue Justice au rang de groupe rock FM 80's avec permanentes et baskets montantes.
Des titres comme Positif, Two takes it et Gay Dentists sont des tueries dancefloor, les autres sont des hits R&B funk en puissance. Mais comme ya pas de meuf à gros seins pour chanter, Mr Oizo ne retrouvera pas le succès des supermarchés.
Alors qu'un ordinateur répète sans cesse Bruce Willis is dead, on se surprend à penser à la musique d'aujourd'hui et on se dit :
"F Com is dead".
Myspace pour écouter : Mr Oizo
Je n'ai pas oublié ce blog. Il flotte dans ma tête comme l'écume de mes jours trop brefs.
Je suis officiellement installé avec ma moitié depuis un mois, tout se passe bien, mais tout passe trop vite. Les jours deviennent des heures, les heures des minutes etc. etc. je ne sais plus qui
a dit ça, Lamartine ou Christophe Maé, mais je trouve ça très juste. Le temps pax trop vite, et je me retrouve à ne plus savoir par quel bout commencer, c'est la saucisse de la vie, il y a deux
débuts possibles, mais toujours qu'une faim. Mais qui disait ça, Jackie Gelin ou Hugo Frais ?
Je ne veux pas être réduit à néant, ne citant que les phrases des autres, je veux être 100% moi comme on lit sur les t-shirts des anorexiques adolescentes peuplant nos rues
d'élucubrations identitaires anonymes.
Je dois écrire deux livres. Plus exactement prendre des photos de photos, remanier des textes que j'ai écrit il y a trois ans (en somme, faire de l'auto-citation et de la
paraphrase), essayer de coller à une ligne éditoriale, un public, une région... Je dois écrire aussi les aventures d'Arnaud, verlan de noir, dont le destin devrait le faire sombrer dans les
tourments de la culpabilité, mais c'est quand même très dur d'inventer des vies qui n'existent pas quand je n'arrive même à vivre correctement la mienne (une phrase comme ça, un écrivain de
talent l'a forcément écrite quelque part).
Ecrire un blog, c'est un peu comme se débarasser d'un poids en se disant : "je suis insignifiant, peut-être que je peux intéresser quelqu'un dont la vie est passionnante et qui
trouvera dans la platitude des récits de ma misérable vie le dépaysement tragique que sa vie de rêve n'offre pas. Un peu comme les riches lisant Zola en trouvant la pauvreté fascinante,
pleine de dignité et de terre sous les ongles.
Sur ma petite vie de pion parmi les échecs scolaires je pourrais écrire des tas de choses, des permanences en permanence, des billets de colle à coller, des élèves à élever
intellectuellement, la cour à courir... Bref, tout faire pour plaire aux nasmes.
En musique il n'y a aucune sortie qui me tente depuis cet été, j'en suis réduit à trouver que Yelle a fait une super chanson avec Ce Jeu, tellement c'est 80's et que ça sent la sortie mensuelle au Mc Do, avec maman qui me paie un happy meal que je ne finirai pas tellement la voiture du Hamburglar a l'air trop
cool à frictionner.
Pour des raisons de fuseaux horaires dont j'ai horreur, mes contacts avec mon futur marié de meilleur ami numéro deux sont plus que limités, j'ai de ses nouvelles grâce à ses
surnoms MSN. Ainsi ai-je appris qu'il aimait le deutérium et qu'il avait un nouvel ordinateur portable (laptop comme des branchés) et qu'il allait faire de la musique répétitive à nouvel an, soit
quelques jours après son mariage néo calédonien. Mariage auquel j'étais convié, durant lequel j'aurais dû signer des papiers disant en substance : ouais je suis témoin de J.B. je sais qu'il
surkiffe G.P. future G.B. depuis pas mal de temps, je sais qu'il a pleuré pour elle, je sais qu'il s'est donné du mal pour elle, je sais même qu'il l'a attendu longtemps et qu'il est prêt à la
suivre à l'autre bout du monde s'il le faut (genre pour revenir en France, hein ;-).
Si le temps passe trop vite, c'est aussi parce que je vieillis. Enfin, pas moi, plutôt les gens qui ont vieilli avec moi. Deux cousines qui annoncent qu'elles se marient, et
meilleur ami numéro un qui vient de donner naissance (enfin, pas lui, sa femme, enfin, qui n'est pas sa femme parce que techniquement ils ne sont pas mariés.) donc meilleur ami numéro un je
disais, qui non content de se mettre en ménage, de devenir propriétaire et de travailler avec des paysans traditionnalistes, est papa depuis maintenant un mois ; et quand je pense que je
l'ai connu la morve au nez, je me dis (comme le général de Gaulle en son temps) : vieillir est un putain de naufrage.
J'ai devant moi une colline de choses à faire, derrière il y a une vallée, et au milieu coule une rivière... le cours de ma vie qui s'épanche.
Mon dieu c'est nul ce que j'écris, ça me fait penser à Victor Hugo. Non pas qu'il soit nul, au contraire, mais la légende dit qué s'appelorio quezac qu'il écrivait cent vers le matin au réveil et qu'il les jetait à la poubelle tout de suite après et allait boire
ensuite un grand bol de Nesquik. J'aimerais que mon blog eût été du même acabit que la corbeille de Victor. Car Hugo c'est un boss.
Tant qu'à citer, autant parler de ma cité, Metz, qui a organisé sa première nuit blanche de l'art content pour rien, le principe étant de se satisfaire de pas grand
chose. exemple : Jean Clair est invité à Géronimo, célèbre librairie messine. Je suis allé le voir, enfin plutôt l'écouter, parce que voyez-vous, je ne le voyais pas. Il était à l'étage, et le
public ayant accès à l'étage, ben c'était les gens qui avaient les badges orga ou qui faisaient partie de la mairie de gauche. Vous auriez dû
voir la plèbe entassée au milieu des livres... j'espère que l'intelligentsia messine a pu profiter confortablement d'un événement qu'ils avaient organisés pour eux.
Et après ça je n'ai toujours pas de réponse. Mon blog, c'est stop ou encore
?
Plus personne ne s’intéresse à nous. D’après les journaux c’est déjà beau d’être en quart de finale. Il est loin le souvenir de la coupe du monde, l’équipe survit sur des acquis vieillissants et elle mise sur des jeunes qui voudraient vivre leur rêve. Et je suis au milieu de tout ça, je suis sept sur le terrain et seule dans ma tête. L’euphorie de 2003, je m’en souviens encore, la dureté de la finale, le relâchement de la fin, et toutes les larmes, ces larmes qui m’ont cachées le monde pendant près d’une heure, j’ai dû regarder les vidéos parce que je n’avais rien vu.
La pression dans les vestiaires est si forte que mes épaules ne bougent plus, mon maillot bleu pousse mon corps au sol. Les copines me soutiennent, j’ai sept cœurs qui battent pour moi, mon énergie revient enfin. Olivier me donnent quelques consignes que j’entends à peine, j’ai beau écouter, je n’entends pas, le sang tape dans mes oreilles.
Sur le terrain j’aperçois mes adversaires, les Russes, j’ai longtemps perdu contre elles. Dans les tribunes je vois des drapeaux tricolores, quelques visages peints, comment peut-il y avoir autant de places vides pour un quart de finale des J.O. ? Dans mon dos j’entends Valérie crier, c’est une guerrière, ses cheveux tressés remplacent ses peintures de guerre. Premier coup de sifflet, le match commence, me voilà partie pour soixante minutes de lutte, d’attaque et de défense, à parcourir le terrain pour chercher le centimètre libre qui me permettra de survoler la zone.
Je n’ai plus de stress, je mène ma barque ; première balle, un rebond, une passe. La balle me paraît plus petite que d’habitude, elle ne glisse pas. On monte déjà, première attaque, un but. Je sens que j’ai la partie en main, les Russes jouent sur leur physique, elles sont impressionnantes, de vraies tours d’ivoire. Je suis déjà bousculée, au sol tout me semble plus calme, je glisse et tout s’arrête. Mariama me relève, je sens qu’elle transpire déjà beaucoup. On marque sur le jet franc. Le match est à nous, je le sens. Les Russes ont peur, je le vois dans les yeux de Maria Sidirova. On mène à la marque et on creuse l’écart, j’ai déjà marqué deux buts et je me sens en forme. Valérie a déjà sorti deux penalties, elle hurle, elle en veut, elle me donne vraiment envie de me battre, je sens sa force sur tout le terrain. Les Russes nous tournent autour nous rentrent dedans mais elles ne passent pas. Je prends un sacré coup dans les côtes mais personne ne siffle. Souffle coupé, je retourne en défense. Olivier râle sur le banc, je prie pour qu’il se taise, les arbitres laissent passer trop de choses, ça l’énerve et je le comprends, les soi-disant passages en force nous font plus de mal qu’aux Russes qui se relèvent toujours plus vite pour revenir au score.
Ca siffle, je ne comprends pas pourquoi. Je demande à Véronique qui semble aussi perdue que moi. Olivier se prend un carton jaune, putain je comprends pas. On mène toujours et l’arbitre siffle la mi-temps.
Dans les vestiaires, tout résonne, j’ai la tête sous l’eau pendant qu’un préparateur me masse les épaules. Un coup de froid sur mes côtes, l’hématome commence déjà à se faire voir. Les copines ont l’air plus détendues que moi, je ne sais pas comment elles font, moi j’ai le cœur à l’envers, encore une fois, je l’entends, il me dit stop et je le fais taire en soufflant un bon coup.
Merde, les Russes nous remontent, Olivier décide de me sortir et il a raison, je ne le sens pas. Je ne marque plus, je me traîne, mais pas de fatigue. Je m’énerve, j’ai peur. Je veux agir sur le jeu, je le vois mieux d’où je suis mais quand je suis le terrain le parquet se dérobe sous mes pieds.
Temps mort. Olivier me fait rentrer à nouveau, cette fois je n’ai plus de panique, j’ai oublié la Russie, le quart de finale, les arbitres, je vais jouer. On n’a qu’un but d’avance, mais après tout c’est un classique dans le hand. Maintenant on va avancer à pas de souris, sans laisser marquer Irina Poloratskaya. Ce match ne me plaît plus. Je sens que je ne suis pas pour lui, trop de contact, trop d’arrêts de jeu que je ne comprends pas, trop de sept mètres qui nous échappent, Irina qui commence sérieusement à m’énerver mais je tiens bon.
Il reste moins d’une minute et on mène, je dois tenir bon. Merde elles marquent. Putain on fait quoi ? Je hurle, du plomb en fusion coule dans mes veines, j’ai la rage. Je dois marquer, je dois marquer. Me démarquer avant. Courir, tourner. J’ai un mur russe dans le dos je ne peux pas tirer. Je passe. L’arbitre siffle. Fin du match. Nul.
On doit encore jouer dix minutes alors qu’on a mené tout le match. Putain je veux que ça s’arrête et c’est en gagnant que tout s’arrêtera. Et tout pourra continuer. Valérie nous motive encore une fois, elle sait toujours comment nous parler.
On laisse les Russes prendre la balle pour les premières cinq minutes. J’ai tout le courage du monde dans mon corps, les muscles à fond, j’en veux. Le terrain nous appartient, on va leur montrer. On mène toujours. Les Russes reviennent. On mène encore, on se démène. Je marque. Il reste trente secondes et il y a toujours égalité. Alexandra est devant leur zone, elle fait le pressing, elle obtient la faute ! Et pourquoi on ne tire pas ? Il nous reste du temps encore, merde on doit tirer ! Le match est fini ? je comprends rien, même les Russes ne savent pas s’il faut quitter le terrain. Je sers les dents, je sens une goutte de sueur perler le long de mon dos. Les arbitres nous accordent enfin deux secondes pour un G franc. Ridicule. Je tire sans illusion.
Le combat ne finira jamais, j’ai du feu dans les yeux, il faut brûler encore dix minutes. Deuxième prolongation, je ne sais même plus si sur toute ma carrière ça m’est déjà arrivé. Mais il faut jouer, j’ai ça dans le sang. On mène toujours, on le tient ce putain match ! Nina se fait exclure, j’ai une boule dans la gorge, j’ai le mot « injustice » qui rebondit dans ma tête, des milliers de balles d’injustice qui dansent autour de moi, sur un parquet que des Chinoises essuient avec des serviettes bleues. Notre bleu qui sert à éponger la sueur des Russes, ça me tue. Au loin, j’entends la Marseillaise.
28-28, je suis le long de la zone, bien placée, on continue de jouer à six, et on n’a presque plus d’occasion de tir. Sophie me passe la balle alors que j’ai deux Russes sur moi ; sans élan, sans espace, je tire. A trente secondes de la fin je fais la différence, j’ai tenu. L’arbitre lève la main. Mon but est refusé. Les larmes qui coulent me cachent à nouveau le monde. Je suis perdue, ai-je perdu ? J’entends les filles qui crient, Olivier court près du banc. Tout est ralenti, je ne suis plus. Ne pas craquer. Tenir, encore un peu.
Et le match recommence encore une fois. L'enfer est dans la répétition. Les Russes mènent et il nous reste trente secondes. Les trente secondes les plus longues de ma vie s’égrainent à chaque passe, à chaque rebond, on vise une dernière prolongation, ce serait de la folie d’accélérer le jeu maintenant, mais il faut qu’on le marque ce putain de but. Même Valérie est montée, on a l’avantage numérique, j’ai la rage, je…
Faute.
Au compteur il ne nous reste que quatre secondes. Je ne sais plus quoi faire, mon cœur s’est tu depuis bien longtemps. Les filles me regardent en attendant une solution que je n’ai pas, même après sept ans de réflexion je n’aurais pas trouvé de réponse. Mes dents se serrent, les muscles de mon bras se mettent à taper. Quatre secondes, une passe, un tir. La Russie a monté son mur, protégeant sa zone comme son dernier trésor. La décision fut prise simplement. Je vais passer la balle à Véro qui tirera. Tout notre destin se retrouve propulsé entre ses mains. Mais elle a l’expérience, elle a le cran, je sais qu’elle y arrivera.
J’oublie mes larmes, j’oublie mon cœur, j’oublie le feu dans mon corps. Coup de sifflet, je passe la balle, Véro se débat comme elle peut, les secondes tombent, je les sens me frapper les tempes à chaque pas de Véronique. Et l’arbitre siffle la fin.
Mon corps se vide et mes membres disparaissent. J’ai une balle de hand qui remonte dans ma gorge, je veux la vomir mais ma tristesse sort par les yeux. Le monde s’écroule sous moi, les lattes du parquet sont autant d’échardes qui viennent déchirer ma fierté. Je me réveille en pleurs dans les bras de Nina, mais le cauchemar est toujours là.
Sous la douche mes larmes se noient dans le flot qui s’écoule. Dans les vestiaires, je retourne mon sac sur le banc, je ne trouve plus ma montre. Je n’ai pas le temps de la chercher, je l’ai perdue.